Se nourrir du chaos pour créer

«Partout dans le monde on pouvait sentir ces turbulences, et ça a eu cette influence sur mon projet», explique le guitariste israélien Gilad Hekselman.
Photo: Josh Goleman «Partout dans le monde on pouvait sentir ces turbulences, et ça a eu cette influence sur mon projet», explique le guitariste israélien Gilad Hekselman.

C’est l’un des heureux paradoxes du jazz instrumental : sans dire quoi que ce soit avec des mots, c’est une musique qui peut en dire beaucoup. Sur l’époque, la vie, tout le palpable et l’impalpable.

Ainsi du nouvel album du guitariste israélien Gilad Hekselman, désormais implanté à New York. Intitulé Ask for Chaos, il s’inspire de… l’air du temps. De cette impression d’un monde désorganisé — notamment pour quelqu’un qui vit aux États-Unis en 2018.

« Plusieurs événements qui se déroulaient en même temps ont alimenté ma réflexion, disait Hekselman en entretien la semaine dernière. L’élection de Trump ; les tensions raciales ; le sexisme ; le racisme. Partout dans le monde on pouvait sentir ces turbulences, et ça a eu cette influence sur mon projet. »

Le musicien observait — ressentait — donc ces éléments. Mais ensuite ? En faire quoi ? Traduire en musique, voilà. « La manière dont nous avons joué a été de chercher à nous éloigner de notre zone de confort, de ce qu’on fait souvent. L’idée était d’aller vers l’inconnu, l’inconfort, avec la volonté de créer quelque chose de nouveau sur le plan musical. »

Une autre observation de Helselman a alimenté le travail autour du disque : l’idée que le chaos ambiant amène parfois du bon. « C’est comme si la volonté de résister à ça permettait de rassembler les bonnes personnes au sein de communautés qui se trouvent du coup renforcées, pense le guitariste de 35 ans, l’un des plus réputés de sa génération. Et c’est un peu aussi la manière dont la musique fonctionne, surtout dans la communauté jazz. »

« Je sens bien la volonté autour de moi de faire de la musique un véhicule qui éclaire, qui amène un message de paix et d’unité. »

Nouveau groupe

Gilad Hekselman se présente cette année à Montréal avec un nouveau groupe. Après une décennie à se produire avec le même trio, des conflits d’horaire l’ont incité à rebrasser les cartes. Mais pas seulement ça. « Nous avions un tel niveau de communication que ça devenait presque pas assez exigeant ! D’une certaine manière, nous étions trop familiers. Et changer le groupe était aussi une manière personnelle d’explorer le chaos. »

Le nouveau power trio dirigé par Hekselman est donc composé de Rick Rosato (basse) et de Jonathan Pinson (batterie), qui seront à Montréal lundi — avec également l’excellent saxophoniste Mark Turner.

Hekselman en profitera pour offrir Ask for Chaos en CD (oui, ça existe toujours !), même si l’album ne sera lancé qu’en septembre.

En spectacle au Gesù le 2 juillet, à 22 h 30