Leonard Bernstein, compositeur et interprète

Le compositeur et chef Leonard Berstein aurait célébré son centième anniversaire le 25 août prochain.
Photo: Janek Skarzynski Agence France-Presse Le compositeur et chef Leonard Berstein aurait célébré son centième anniversaire le 25 août prochain.

C’est vendredi que paraît au Canada le nouveau disque de l’OSM, A Quiet Place de Bernstein dans une révision de Garth Edwin Sunderland.

Le centenaire de Leonard Bernstein, le 25 août, approchant, les parutions se multiplient. A Quiet Place, dirigé par Kent Nagano, restera assurément longtemps sans concurrence. L’album, qui fait suite, chez Decca, au programme symphonique Halloween et surtout à L’Aiglon explore une niche très pointue puisqu’il s’agit de l’adaptation et de la réduction post mortem par un tiers (Garth Edwin Sunderland) de la dernière oeuvre scénique de Bernstein (1983, révisée en 1986). Grosse partition, A Quiet Place était un peu conçue comme un cocon à Trouble in Tahiti (opéra en un acte de 1952), placé au coeur de l’acte II, mais la mayonnaise ne prenait pas.

Tout changer

Les solutions ? Continuer à jouer Trouble in Tahiti isolément (ce qui se fait) ou en tirer une suite orchestrale, ce que Bernstein avait compris. Vingt-cinq ans après, Garth Edwin Sunderland a eu l’idée de brasser les cartes pour tenter de donner une nouvelle vie à une oeuvre qui aborde notamment la question de l’identité sexuelle.

Kent Nagano a créé la nouvelle partition à Berlin en 2013 et l’a enregistrée en 2016 à Montréal. Sans doute aurait-il été fair-play d’annoncer « version de chambre » en façade, car l’adaptation est assez radicale avec réduction draconienne de l’orchestration, éradication totale de Trouble in Tahiti, élagage généralisé du livret, malgré une réhabilitation de certains passages du 3e acte, le meilleur, d’ailleurs !

Oeuvre la plus avant-gardiste de Bernstein, A Quiet Place selon Sunderland reste obtus car tenant essentiellement du théâtre psychologique américain coloré par des interventions orchestrales. Le concert de la série de trois lors desquels l’OSM avait permis à Decca de placer ses micros avait été marqué par un exode de spectateurs comme je n’en avais jamais vu dans une salle symphonique. Des témoignages des deux soirées subséquentes m’indiquaient que le phénomène s’était reproduit.

Ce fait n’est en rien lié avec l’excellente qualité de la réalisation musicale par l’orchestre, les chanteurs, très bien choisis, et le chef. C’est juste qu’il est difficile de se sentir concerné par ces litanies de palabres ponctuées de sons. Il est donc tentant, de la même manière, d’arrêter son lecteur CD. Dommage pour le postlude de l’acte I, le prélude du III et quelques moments marrants du III avec citations d’oeuvres diverses, de Mendelssohn à Bernstein lui-même. La suite tirant le nectar de A Quiet Place est donc, probablement, la solution raisonnable.

L’interprète

Naxos distribution publie en même temps plusieurs rares archives de Bernstein interprète. La 9e Symphonie de Mahler avec le Philharmonique d’Israël est un concert de Tel-Aviv en 1985, le dernier, donc, documentant Bernstein dans cette oeuvre. C’est toujours un événement vibrant, mais cette bande n’apporte rien par rapport à l’enregistrement DG réalisé à Amsterdam quelques mois plus tôt, mieux en place et plus accompli.

Par contre, deux Blu-ray CMajor nous rendent des vidéos d’un intérêt exceptionnel. D’abord trois symphonies de Haydn (no 88, 92, 94) avec le Philharmonique de Vienne, moments de sublime complicité. Le fabuleux finale de la 88e, que Bernstein dirige des yeux, fait régulièrement le tour des réseaux sociaux.

L’immense surprise est cependant l’existence d’un film des concerts nous ayant valu le Tristan et Isolde audio (Philips) de 1981 à Munich. Trois actes, trois concerts (pas de mise en scène) et un témoignage dont atteste une lettre : Karl Böhm, très malade, venant voir son collègue après le concert de l’acte I et lui disant : « Eh bien, Bernstein, je viens d’entendre Tristan pour la première fois de ma vie. » Après tel éloge du plus grand interprète de ce chef-d’oeuvre, je n’ai évidemment rien à ajouter.


A Quiet Place
Solistes, Chœur et Orchestre symphonie de Montréal, Kent Nagano. Decca 483 3895

Mahler : Symphonie no 9
Orchestre philharmonique d’Israël, Leonard Bernstein (1985). Helicon 02-9656.

Haydn : Symphonies nos 88, 92, 94
Orchestre philharmonique de Vienne, Leonard Bernstein (1984 et 1985). CMajor Blu-ray 746504.

Wagner : Tristan et Isolde
Behrens, Hofmann, Minton, Weikl, Sotin. Chœur et Orchestre de la Radio bavaroise, Leonard Bernstein (1981). CMajor Blu-ray 746304.