Arthur H au Club Soda: un passionnant périple de plus

Le chanteur français a présenté treize nouveaux titres sur les dix-huit prévus.
Photo: Guillaume Levasseur Le Devoir Le chanteur français a présenté treize nouveaux titres sur les dix-huit prévus.
Droit devant: ç’aura été le mot d’ordre de ces Francos, premières du nom, puisque les 29 fois d’avant, c’était les FrancoFolies. En vérité, le festival aura été vécu dans la continuité: on proposait à peu près autant d’artistes consacrés que d’artistes à découvrir, et même les connus, pour la plupart, n’avaient pas que des succès fédérateurs au programme. 

C’était frappant sur la place des Festivals, quand Daran a donné tout son nouvel album Endorphine, avec son hymne Dormir dehors à la fin. Et ce samedi soir au Club Soda, Arthur H professe la même volonté d’avancer: son spectacle est majoritairement celui de son double album Amour chien fou. La suite des aventures de notre Bachibouzouk préféré: c’est ça qu’on attend. Chacun de ses (nombreux) spectacles aux Francos a été un grand saut dans le fantastique univers de tous les possibles, et la seule familiarité — outre l’humour caustique et l’affection depuis longtemps réciproque — consiste justement à lui faire confiance sans tout savoir à l’avance. 

Au pays de la chemise hawaïenne 
Ce soir, c’est formule trio. Guitare, piano, batterie. Très combo jazzy. Ça change la donne, en soi. Brigade légère a déjà été au front, cela s’entend. On est déjà loin de la version du nouvel album. Ça promet. Arthur semble déjà content, même s’il s’excuse à sa première intervention. « Je suis vraiment désolé, on arrive de Palm Beach, on n’a pas eu le temps de se changer », ironise-t-il pour justifier sa chemise hawaïenne. On rit franchement: le pince-sans-rire se contente de sourire légèrement. « Montréal est un lieu très important pour moi, ajoute-t-il. Ce spectacle, je le dédie à l’esprit de Lhasa et de mon père... » 

Et c’est parti. Il-elle résout illico la question de l’heure: le genre chez les humains et dans la grammaire. « Elle est belle elle est beau... » Tout le monde chante, elles et ils. La chanson suivante, Avanti, suscite également un sing-along festif. Arthur H a l’humeur participative. C’est peut-être la chemise, qui détend tellement: c’est un peu la récré, presque les vacances.   

Arthur est très, très libre de ses mouvements ce soir. Il est chez lui. Il peut redevenir très sérieux s’il veut. Ce qu’il fait. Derrière ses lunettes fumées, on le devine changeant de regard. Voilà l’émouvante Sous les étoiles à Montréal, ballade pour Lhasa l’amie, et Leonard Cohen le géant aux deux murales. La dame du lac, ballade blues, raconte une histoire trouble, que le solo de guitare de Nicolas-Repac-l’indispensable rend plus trouble encore. Pour Lily Dale symphonie, le clavier se costume en Fender Rhodes, ça confère de la chaleur, et de l’épaisseur au mystère. Fascinante histoire impossible à résumer. Fabuleux sons impossibles à décrire vraiment. 

Le passage, pour Jacques Higelin 
C’est ça un spectacle d’Arthur H: il faut être là. Prêt à lui, prêt à tout. J’ai fait le calcul à partir de la liste fournie: il y a treize nouveaux titres sur les dix-huit prévus. C’est beaucoup. Avec d’autres artistes, ce serait trop. Avec notre Arthur, c’est un périple de plus. « La poésie, ou c’est très abstrait, ou c’est très concret... » Il récite Le passage, comme il l’a récitée à son Jacques Higelin de père, « en lui tenant la main ». Extrait: « Une larme, un soupir, un cœur qui s’apaise, c’est le passage... » 

Et ça continue. La boxeuse amoureuse — belle image! — parle de toutes ces femmes qui, plus que jamais, se battent... et gagnent des rounds. « Mais jamais elle ne cesse de danser, de danser... » Ovation. De quoi signifier qu’on le suit, à la machette, dans toutes les jungles qu’il a envie d’explorer. L’aventure amoureuse, l’aventure folle, l’aventure, c’est vraiment l’aventure avec lui. Inversion mélancolique, Reine de cœur nous mène encore plus loin, en dedans et au-dehors. 

Le triplé de titres familiers — Est-ce que tu aimes?, La Lune, Ma dernière nuit à New York City — permet de s’arrêter un moment, de se lover les uns contre les autres, de se reconnaître, de jubiler ensemble. Et puis on repart. Pour ne plus s’arrêter vraiment jusqu’à destination. Le périple à travers le nouvel album se poursuit: que de chemin parcouru jusqu’au bout de soi, jusqu’au bout de l’amour! Pour comprendre quoi? Que le bout n’est jamais le bout. Et que trois décennies d’aventures partagées donnent seulement envie de vivre d’autres aventures. À bientôt, Arthur H.