Coup de pouce pour les vidéoclips de l'ADISQ et Stingray

L’ADISQ et Stingray sont en ce moment en discussion avec différents acteurs du monde du vidéoclip pour trouver la meilleure façon de redistribuer ces nouvelles sommes aux créateurs de vidéoclips.
Photo: DTO L’ADISQ et Stingray sont en ce moment en discussion avec différents acteurs du monde du vidéoclip pour trouver la meilleure façon de redistribuer ces nouvelles sommes aux créateurs de vidéoclips.

Alors que la diffusion et le financement du vidéoclip vont mal au Québec depuis le retrait de MusiquePlus de ce domaine en mai dernier, l’ADISQ et le service télé de diffusion musicale Stingray ont décidé de reprendre le flambeau et de donner un coup de pouce à cet objet culturel en créant une nouvelle chaîne télé de vidéoclips, dont la moitié des profits sera réinvestie dans la production. Et le montant pourrait atteindre un million de dollars.

En ondes 24 heures sur 24, mais sans animateur, le poste PalmarèsADISQ par Stingray est pour l’instant diffusé chez quelque dix millions d’abonnés de Bell, Vidéotron, Cogeco et Telus. Mais le président de l’entreprise montréalaise Stingray, Eric Boyko, a comme objectif de rejoindre les dix millions de francophones au pays.

La programmation divisée en six thèmes misera « principalement » sur les clips québécois et canadiens en français. Les documents de Stingray indiquent que 85 % des vidéoclips diffusés seront de la francophonie (dont 70 % du Canada) et 15 % seront en anglais.

« On va se le dire, depuis quelques années, les vidéoclips d’ici ont eu la vie dure, a affirmé Solange Drouin, la directrice générale de l’ADISQ. Pourtant, tous les artistes ici présents et ceux que vous rencontrerez vous le confirmeront, les vidéos sont plus importantes que jamais. »

En mai dernier, le CRTC, dans le cadre de renouvellements de licence de certains diffuseurs, a décidé que MAX et MusiquePlus n’avaient désormais plus l’obligation de diffuser et de financer les vidéoclips, ce qu’ils faisaient au moyen du Fonds Remstar.

Une décision que Mme Drouin a qualifiée vendredi de « malheureuse ». Cette dernière a ajouté qu’« à cetégard, le geste de Stingray […] est un symbole fort qui, espérons-le, encouragera le CRTC à rendre une décision dans le sens des propositions présentées par l’ADISQ ».

Un million

Au coeur de cette initiative se retrouve le financement du clip. Le patron de Stingray, Eric Boyko, a assuré que la moitié des profits générés par cette chaîne — financée par la publicité — va être versée dans un fonds voué à la production de clips.

« On s’attend à un million par année, c’est ça notre objectif, a-t-il dit. On croit que les revenus de la chaîne dans une période de deux à trois ans seront de trois à quatre millions par année. On s’attend facilement à donner plus qu’un million. »

Par contre, il n’y a pas de montant plancher, a concédé M. Boyko, qui dit toutefois que la chaîne sera profitable « au jour un », car elle ne demande pas de nouvelles infrastructures, mais uniquement de l’investissement de temps du personnel déjà en place.

L’ADISQ et Stingray sont en ce moment en discussion avec différents acteurs du monde du vidéoclip pour trouver la meilleure façon de redistribuer ces nouvelles sommes aux créateurs. « On ne veut pas multiplier les places où les producteurs ont à cogner pour avoir du financement, a dit Solange Drouin. Stingray est très ouvert à ce que ce soit géré par des organismes existants et il y a des discussions qui ont commencé avec ces acteurs-là, comme Musicaction, RadioStar, tout ce beau monde-là. »

Pourquoi à la télévision ?

Alors que les abonnements à la télévision câblée sont en lente chute depuis quelques années au profit de l’écoute en ligne, remettre les vidéoclips à la télévision est-il une bonne stratégie ? Oui, concluent l’ADISQ et Stingray.

« C’est un marché mature, on ne va pas le cacher, mais c’est un marché très stable », a expliqué Eric Boyko, évoquant une perte d’environ 100 000 abonnés sur un total 12 millions.

« Et on réajustera ! de lancer Solange Drouin. On suit le courant, mais c’est encore pertinent de le faire aujourd’hui. On a besoin de toutes ces vitrines-là et c’est l’ensemble des vitrines qui sont importantes. Le tout va peut-être faire en sorte qu’on va pouvoir sortir la tête de l’eau. »

Réactions

David Bussières, membre d’Alfa Rococo et aussi cofondateur du Regroupement des artisans de la musique, s’est réjoui de cette nouvelle plateforme, ajoutant que la redistribution des profits était « très louable ». « Ça devrait d’ailleurs s’appliquer dans toute la chaîne de l’industrie, comme avec les fournisseurs d’accès Internet et les fabricants d’appareils. »

Son groupe est d’ailleurs en tournage d’un vidéoclip, et a dû pour le payer piger dans le budget de commercialisation de son récent disque. « La réalité, c’est qu’on s’en sort rarement en bas de 15 000 $. C’est de la location d’équipement, c’est des grosses équipes. L’audiovisuel, c’est lourd. »

Le président de la Guilde des musiciens, Luc Fortin, s’est aussi réjoui de la démarche et de la redistribution des profits. Le musicien, réalisateur et travailleur de la télé Karlof Galovsky, qui a travaillé à Musique Plus jusqu’à l’année dernière, estime que la nouvelle chaîne a des avantages sur les plateformes numériques de ce monde. « Sur YouTube, tu n’as pas de DJ, il faut que tu ailles chercher les clips à la pièce, tu dois chercher quelque chose de précis. Là c’est le fun, c’est le même feeling que la radio. »