Feu! Chatterton, entre la transe et la danse

Les comparses de Feu! Chatterton étaient de retour aux Francos de Montréal, trois ans après leur dernier passage.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les comparses de Feu! Chatterton étaient de retour aux Francos de Montréal, trois ans après leur dernier passage.

C’était un jeu de jonglerie difficile, mais bien exécuté. Feu ! Chatterton, un des groupes français les plus intéressants de par son approche lettrée mais musicalement stimulante, était de retour aux Francos de Montréal trois ans après leur dernier passage. Devant un Métropolis — comment s’habituer à sa nouvelle appellation MTelus ? — bien plein, les cinq garçons ont réussi à créer une soirée intéressante et cohérente avec un répertoire pourtant un peu bipolaire, qui oscille entre la transe et la danse.

C’est beaucoup grâce à l’art maîtrisé du choix des titres et de leur ordre d’apparition que ce mélange de pièces ici intérieures, ici exultantes a frappé fort. L’exercice demandait du doigté, car L’oiseleur, leur dernier disque, est bien ficelé, mais globalement davantage dans les textures, moins frénétique que leur précédent Ici le jour (a tout enseveli).

Pour une grouillante Ginger en ouverture, il y avait mercredi une profonde Côte Concorde, qui se dépliait comme les chapitres d’une histoire. Pour une Ophélie livrée plus swingée que sur disque, il y avait une Zone libre dans la tension.

Après que le chanteur Arthur Teboul a interpellé la foule en lui disant « Nous allons tous faire l’amour, debout Métropolis » — voyez, lui aussi a du mal —, Feu ! Chatterton a pesé sur l’accélérateur avant le rappel avec un doublé plus qu’efficace, soit La mort dans la pinède et Boeing. Le chanteur à la chemise blanche aux manches roulées a multiplié les pas de danse et les battements de bras.

Mais encore là, après les bravos, les Français ont relancé la soirée somme toute statique dans la lenteur et les boucles de claviers de Souvenir, puis dans le superbe récit de Porte Z, qui porte en elle et la transe et la danse. Et au moment où ces lignes étaient écrites, Feu ! Chatterton entonne La malinche et son riff de guitare obsédant. Bref, le balancier des intensités a battu la mesure toute la soirée.

L’impératrice épate

En ouverture, la formation L’impératrice, également parisienne, avait déjà des fans dans la salle même si elle est méconnue au Québec. Les cinq musiciens — qu’on pourrait décrire comme des cousins pas si lointains de Valaire — et la chanteuse Flore Benguigui ont offert un mélange hétéroclite mais très cohérent de sonorités synthétiques et dansantes.

Disco ? Certainement, mais avec des lignes de claviers arpégés, rétrofuturistes, à la Vangelis. Dans l’esprit funk, on retrouvait le Daft Punk de l’époque Random Access Memory, mais avec des lignes mélodiques chantées à la Lio ou à la Gall. Chez nous, c’est peut-être avec Le Couleur qu’on associerait L’impératrice. Toutes ces comparaisons pour camper le décor sonore rebondissant, entrecoupé de longues mais dynamiques instrumentales. Chose certaine, il y aurait certainement ici un terreau fertile pour cette musique de fête jazzée et contagieuse, la preuve en est l’ovation digne des têtes d’affiche reçue à la fin de leur heure de prestation.