Une «traversée» à géométrie variable

Dès le départ, tous étaient sur scène, et dès les premières notes de guitare pleines de réverbération de Laura Cahen, les sept autres entonnaient les «ah ah» d’une même voix.
Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Dès le départ, tous étaient sur scène, et dès les premières notes de guitare pleines de réverbération de Laura Cahen, les sept autres entonnaient les «ah ah» d’une même voix.

Aux Francos, lundi soir, ils étaient huit sur scène en tout temps, sauf erreur. Quatre Québécois et autant de Français ayant monté un spectacle lors de deux étapes de création, une ici et l’autre à Reims, de l’autre côté de l’Atlantique. D’où le nom, La traversée.

Et si le voyage s’est révélé mi-« fleuve tranquille » mi-« vent dans les voiles » — soyons indulgents ; c’est un spectacle unique, dans le sens où il n’a lieu qu’une fois —, la grande collaboration entre tous ces musiciens aux approches distinctes s’est révélée surprenante.

Des grands remous du coeur, on n’en a pas vraiment vécu. Le contexte extérieur de la grande place des Festivals, à 19 h, n’a peut-être pas aidé à créer la bulle nécessaire à l’approche de la proposition. Mais le choeur, lui, a par contre frappé souvent.

Photo: Valerian Mazataud Le Devoir Pomme, aux Francos, lundi soir

Visiblement, la sauce a pris entre plusieurs des artisans de la soirée. Il faut bien les nommer : les visiteurs Pomme, Adrien Soleiman, Laura Cahen et Marvin Jouno ainsi que les locaux Sara Dufour, Antoine Corriveau, Sophie Pelletier et Shawn Jobin — un natif de Saskatoon.

Dès le départ, tous étaient sur scène, et dès les premières notes de guitare pleines de réverbération de Laura Cahen, les sept autres entonnaient les « ah ah » d’une même voix. La collaboration commençait, et ne s’arrêterait pas, même si elle fut à géométrie variable.

Parce que chaque titre avait sa formule. Duo ici, trio là, gros jam commun ensuite, ou alors crescendo délicat à coup d’ajout d’instrument.

On a bien commencé à noter les formules. Pomme à l’autoharpe qui rejoint la guitare d’Antoine Corriveau sur une pièce de Sarah Dufour. La même Pomme qui rappe avec Shawn Jobin alors que les autres chanteuses jouent les choristes. Antoine Corriveau qui chante une très belle nouvelle pièce, Feu de forêt, en crescendo, avec le saxophone de Soleiman.

Mais à quoi bon tout raconter le détail ? Ce qui compte, et ce qui était beau dans La traversée, c’est justement la possibilité de ces rencontres, et leur existence concrète, faisable, et belle. Au-delà du manque de frissons, c’est la fluidité de l’exercice et le constat d’un métier commun au-delà des accents qui réchauffait. Et aussi les sourires de tout ce monde sur scène.

Il fallait voir Sarah Dufour, du Lac-Saint-Jean, sauter toutes dents déployées dans les bras du Français Adrien Soleiman après un duo vocal réussi. « Vous êtes-tu prêts, ma gang de nouveaux amis ? », a-t-elle lancé en finale. Visiblement, tout le monde était prêt à ramer ensemble. Ou du moins dans la même direction.

Post Script

Avant La traversée, on a attrapé au passage le duo Post Script, venu d’Edmonton. Une traversée venue de l’Ouest, cette fois, offerte en formule à quatre. La chanteuse Stéphanie Blais et le contrebassiste Paul Cournoyer ont livré une musique country-folk bien faite et poussée par deux musiciens plus rock.

Dans les mélodies et l’approche musicale, Post Script avait des airs de Saratoga en version mustang. Les Franco-Albertains nous ont surpris en reprenant à leur sauce country la pièce Partir maintenant, de Salomé Leclerc.

Zen Bamboo

Lundi soir, il ne fallait pas chercher la jeunesse francophile ailleurs qu’au concert du groupe rock Zen Bamboo. Devant les quatre musiciens vingtenaires étonnants et amusants, le public aux yeux pétillants était beau à voir. Ceux-là n’étaient manifestement pas venus pour les Respectables qui jouaient au même moment.

Zen Bamboo a livré prestement ses pièces fébriles, aux mélodies fluides. On était ici quelque part entre l’énergie du vieux Malajube et l’approche vocale lancinante d’un Simon Kingsbury. Leur plaisir sur scène était contagieux, et on est parti de là avec un sourire qui nous traversait le visage, ravi de voir cette nouvelle génération aux Francos.