Eddy de Pretto et Clara Luciani: doublement uniques, doublement formidables!

Cet Eddy, c’est l’espoir exprimé et partagé d’une société «sans cloisons».
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Cet Eddy, c’est l’espoir exprimé et partagé d’une société «sans cloisons».

Eddy. C’est le titre de la deuxième chanson proposée ce dimanche soir au MTelus par Clara Luciani, que les Francos ont eu la riche idée de programmer en première partie du très, très attendu… Eddy. De Pretto. Non, ce n’est pas le même Eddy. Et, non, ce n’est pas Eddy Mitchell non plus. C’est l’Eddy à qui Clara dit : « Non ne dis rien de plus, Eddy… »

La mélodie d’Eddy est plus que prenante : ce refrain se retient pour l’éternité. Elle a quelque chose d’instantanément mémorable, cette Clara Luciani. Cela se vérifiait à chaque chanson de Sainte-Victoire, l’album qui l’a révélée en France. C’était vrai hier sur le site des Francos, où elle avait une heure pour se faire connaître ; c’est vrai ici, même si cette foule est là — et très là ! — pour de Pretto.

C’est tellement évident quand tout fonctionne : ce timbre voilé au registre grave, cette grande femme filiforme qui fait penser à Françoise Hardy, la guitare électrique qu’elle gratte nonchalamment, et ces mélodies qui n’évitent rien, ni la confrontation, ni la tristesse, ni les fins du monde toutes personnelles… « C’est la dernière fois que tu me vois… », répète-t-elle jusqu’à y croire. On y croit, nous.

Et plus sa portion de spectacle avance, plus elle prend sa place, et plus la réaction du public d’Eddy de Pretto est enthousiaste. Et ça se met à cartonner encore plus manifestement quand elle en vient à ses chansons les plus agressivement assumées et joyeusement assénées. Le triplé On ne meurt pas d’amour, La baie et La grenade est dûment dansant et explosif. Pretto pas Pretto, on se souviendra tous de l’épatante et singulière Clara Luciani. Vivement la revoyure, en tête d’affiche.

Vous avez dit attendu, Eddy ?

Et voilà Eddy. De Pretto. Tout seul. Presque tout seul. Il y a aussi un batteur. Et il y a nous, qui faisons du bruit comme un plein MTelus décuplé, ce qui fait beaucoup de bruit. Eddy de Pretto le démontre d’entrée de jeu : des mots, des mélodies, une voix, du rythme, on n’a pas besoin de grand-chose de plus. Comme promis en entrevue au Devoir, on entend tout. Pas une syllabe ne nous échappe. « On va cesser de se connecter, on va essayer de se parler… » Il a piétiné son « smartphone », qui traîne sur les planches. Pas besoin.

On dirait un Tintin à casquette, avec ses pantalons camouflage qui lui montent sur les chevilles, et cette tête à la fois improbable et parfaitement reconnaissable. Il ne bouge pas plus qu’il ne le faut ; plutôt moins : ça accentue l’attention (Clara était pareillement économe : une autre grande qualité). On ne demande pas quoi regarder, quoi privilégier : Eddy de Pretto ne laisse pas le choix. C’est lui ou rien. C’est nous et lui et c’est amplement suffisant.

Arrive Random et le plafond lève. Le MTelus scande à tue-tête le refrain. C’est toute la force de ce gars : aussi différent que rassembleur  ; on se sent inclus, en sa compagnie. Unis dans nos différences, dans une volonté commune de vivre sans concession. « Est-ce qu’il y a des kids à Montréal ? », demande-t-il. Véritable cri d’affirmation de soi que cette chanson intitulée Kid : non aux vieux codes de la virilité à tout prix.

Cet Eddy, c’est l’espoir exprimé et partagé d’une société « sans cloisons », comme il le disait dans la même entrevue. Me voici, me voilà, tel quel, à prendre ou à laisser : on prend. Et, ce faisant, chacun dans ce MTelus se choisit, et tous ces individus distincts, en toute connaissance de cause, deviennent collectivité, communauté. Tous les téléphones sont brandis, lumière au maximum, éclairent au lieu d’isoler. « Je promets de chanter toute la nuit si vous le demandez », lâche-t-il.

Le chanteur-rappeur se dénonce lui-même dans Normal, puis dans Ego : pas facile d’être une mégavedette élevée aux nues si rapidement ; il y a des périls et des responsabilités. « Je suis complètement normal, complètement banal, complètement malaaaaaaade ! » Ce qui n’empêche pas de danser. Au contraire : il faut danser pour passer à travers. Il faut ouvrir les canaux de communication. Déclaration finale : « Je m’appelle Eddy de Pretto et je suis sur TOUS les réseaux sociaux. » Que ça se sache.