Une soirée comme dans le bon vieux temps avec TTC, Poirier et Omnikrom

Jeanbart d'Omnikrom et Ghislain Poirier
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Jeanbart d'Omnikrom et Ghislain Poirier

« Si t’es un vrai Montréalais, saute en l’air pour te réchauffer ! » martelait en 2006 le titre Pour te réchauffer. Plus de douze ans plus tard, la bombe rap rebondissante enregistrée par le groupe français TTC, le fabricant de beats Ghislain Poirier et la formation phare de l’époque Omnikrom résonne encore comme le symbole d’une époque unique de la scène musicale d’ici.

Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les Francos ont proposé à Poirier et à Omnikrom de terminer ce vendredi au MTelus la soirée célébrant les 20 ans de TTC. « Ça ne pouvait pas être autre chose, honnêtement », lance Poirier.

Pour te réchauffer ainsi que le titre Danse la poutine — une autre collaboration Omnikrom et TTC — ramènent les vieux trentenaires d’aujourd’hui à une époque où les soirées, si on caricature un brin, s’ébranlaient bien souvent dans la grotte du Zoobizarre pour se terminer avec un plat de frites, de sauce et de fromage « scouic-scouic » au classique restaurant La Banquise.

« Il y a forcément un petit peu de nostalgie », confie au téléphone Cuizinier, un des membres de TTC avec Tido Berman et Teki Latex. Ses souvenirs sont un peu brouillés par des nuages d’une fumée bientôt légale au Canada, mais l’amitié des trois entités était bien réelle, et l’est encore.

« En remettant les pieds à La Banquise, où dans les rues de Montréal, ça va être quand même assez vif pour nous », ajoute Cuizinier, dont le groupe est réputé pour avoir brassé la scène rap française avec un apport électro fort et une attitude plutôt libidinale.

Jeanbart, qui formait Omnikrom avec son collègue Linso Gabbo et le DJ Figure8, se souvient de ces années où son groupe a connu le succès alors que la scène rap québécoise se cherchait un peu.

« Ce n’était pas juste au Zoobizarre, c’était comme si tous les groupes qui faisaient de la musique un peu club, de plein de genres différents — rock, trash, électro ou plus rap —, tout le monde était dans les mêmes soirées. Ça s’est fait tout seul, les gens qui sortaient tout le temps formaient une grosse famille. »

Collaboration

Pour la création de Pour te réchauffer, c’est Poirier qui a servi d’intermédiaire entre tous les musiciens, lui qui avait déjà croisé TTC sur une scène du festival MEG et qui connaissait aussi Jeanbart, pour avoir entre autres déjà fait la pièce Rivière de diamants — pour la défunte branche radiocanadienne Bande à part — avec Omnikrom.

« En fait, l’histoire commence en 2005 », dit Poirier. TTC jouait cet été-là aux Francos, et Alex Lemieux du Zoobizarre, situé rue Saint-Hubert dans Rosemont, voulait que les Français tiennent leur after party dans sa nouvelle salle. Ce qui fut fait lors de la toute première soirée Bounce le gros, organisée par Poirier. « C’est là qu’on s’est tous réunis pour la première fois », dit Jeanbart.

Quelques mois plus tard, Teki Latex, Tido et Cuizinier revenaient en ville, et à la fois Poirier et Omnikrom avaient signifié leur intention d’enregistrer quelque chose avec les rappeurs français.

« Finalement, quand ils sont venus, on n’avait pas beaucoup de temps, alors on s’est dit qu’on était ben mieux de faire une toune la gang ensemble, pour que ça soit plus simple et pour que ça se réalise pour vrai, raconte Jeanbart. On avait fait ça dans la chambre d’hôtel de TTC, sur René-Lévesque, là où ils allaient toujours chaque fois qu’ils venaient à Montréal. »

Des portes qui s’ouvrent

Les bases de Pour te réchauffer étaient alors posées. Poirier et Omnikrom l’avaient mis sur leur EP subséquent, tout comme Cuizinier l’avait fait sur un de ses mixtapes.

« Honnêtement, ç’a été une très grosse track pour tout le monde, dit Poirier. On la jouait et les gens connaissaient toutes les paroles. »

Jeanbart souligne que la pièce a été une belle vitrine pour TTC au Québec. « Et pour nous, c’était super gros, ajoute Jeanbart. TTC, c’était le seul band français ou presque qu’on écoutait à cette époque-là et qu’on admirait. Le printemps d’après, on jouait en France pour la première fois. On avait été invité par TEPR, qui était le beatmaker de Yelle, qui nous avait découverts grâce à ça. Le mois d’après, on faisait des festivals là-bas, dont les Eurockéennes et Dour. »

Entre nostalgie et aujourd’hui

Omnikrom a été invité aux Francos de Montréal l’année dernière pour souligner les dix ans de son disque Trop banane !, mais le groupe n’a pas vraiment fait de nouvelle musique depuis 2012. La soirée de vendredi sera donc nécessairement plus nostalgique.

Poirier compte bien jouer le jeu, mais des artistes de la soirée, il est le seul qui a continué à endisquer et à tourner régulièrement. « Je n’ai pas le choix de faire un clin d’oeil au passé, il y a un concept, c’est logique. Mais ça serait poche de mettre de côté tout ce que j’ai fait récemment. Je ne peux pas ignorer ça. »

Les vrais Montréalais n’en sauteront pas moins en l’air pour se réchauffer.

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TTC en tournée, format «soirée»

TTC terminera aux Francos de Montréal une tournée anniversaire qui a permis aux membres du groupe de se retrouver après quelques années consacrées aux projets solos de chacun. La soirée est davantage un DJ set qu’un concert classique du groupe, précise Cuizinier. « À vrai dire, à la base, c’est ce qu’on nous a proposé, mais étant donné qu’on dirait que tous les groupes des années 1990 se reforment pour faire de la scène, et comme on est TTC, on a voulu faire chier et trouver une formule différente pour ne pas faire comme les autres ! On veut vivre une soirée et pas seulement faire un concert. Mais on incorpore plein de morceaux du groupe, sur lesquels on rappe, et il y aura plein de surprises. »

TTC, Poirier et Omnikrom

Au MTelus, 21 h