Claude Bégin, l’été, la pause et la réflexion

Le chanteur aux allures de mannequin musclé compte bien profiter de quelques semaines de répit forcé par des enjeux familiaux pour se questionner sur sa création.
Photo: Romane M-B Le chanteur aux allures de mannequin musclé compte bien profiter de quelques semaines de répit forcé par des enjeux familiaux pour se questionner sur sa création.

« On dirait que j’ai un petit peu besoin d’un reset après cet album-là. » Quelques semaines après avoir lancé son deuxième disque solo intitulé Bleu nuit, le chanteur et réalisateur Claude Bégin, aussi membre du groupe rap Alaclair Ensemble, se pose des questions, sur le fond et sur la forme de son travail musical.

Ce n’est pas qu’il n’est pas fier du travail accompli sur son plus récent effort, bien au contraire. Claude Bégin explique avoir poussé très loin chaque titre de son très personnel Bleu nuit, fait d’une chanson pop rebondissante et orchestrale.

Il s’était donné « une mission musicale, d’aller encore plus loin, dans les orchestrations qui nouent chaque chanson ensemble », explique celui qui a imprimé sa touche sur les deux derniers disques de Karim Ouellet. « Dans chaque branche de la réalisation, j’ai essayé d’aller le plus loin possible. J’écoute ça de l’extérieur et je suis très content de ce que j’ai fait, franchement. »

Mais après ses spectacles pendant les festivals d’été — dont celui aux Francos de Montréal —, le chanteur aux allures de mannequin musclé compte bien profiter de quelques semaines de répit forcé par des enjeux familiaux pour se questionner sur sa création.

D’abord, sur le fond, « ça fait longtemps que je fais la même chose, même si les styles de musique et les groupes sont très variés, juge-t-il. J’ai quand même besoin de faire le point. »

Et il y a aussi ce qu’on pourrait appeler l’enrobage de l’univers de Claude Bégin, qui cultive d’une certaine façon l’ambiguïté sur son sérieux, à coups de regards insaisissables et de photos de lui « en chest ». Mais qui est vraiment celui qui a récemment interprété un des danseurs nus dans la série Cheval-Serpent ?

« Quand tu mélanges ça, l’esthétique, l’humour pas toujours compris, on ne sait pas toujours je suis à quel niveau. Je suis en grand questionnement ces temps-ci », confie-t-il.

Certaines personnes l’encouragent à continuer dans cette voie, « parce que c’est vraiment surprenant, et quand les gens ne comprennent pas, ce n’est pas nécessairement négatif ». Mais l’imagerie brouille par ailleurs les pistes sur ses chansons. Dans Bleu nuit, « effectivement, il n’y a rien qui ressemble à l’emballage finalement ».

Bleu comme le piano

Sur l’album, où on peut entendre des invités comme Marie-Mai, Laurence Nerbonne et sa copine Clodelle, Claude Bégin raconte en quelque sorte le quotidien d’un amoureux fort occupé, sur la route, avec ses hauts et ses bas et sa communication au bout du téléphone. En trame de fond, le bleu du titre, que l’on retrouve sur quelques titres.

« J’ai nommé l’album avant de commencer les tounes justement pour que ça se suive plus, pour que dans les sujets il y ait des rappels, des mots », dit le musicien.

Cet album, son premier composé entièrement au clavier, a également été fait en utilisant un son de piano appelé Blue Piano, « le meilleur son de piano [en format] midi du monde », résume-t-il.

Avec le piano, Bégin avait « le goût de partir dans une autre direction plus soulfull, et de renouer avec les racines afro-américaines en musique ».

L’âme du disque passe beaucoup par les cordes — il a travaillé avec une violoncelliste — et par le chant, souvent à fleur de peau chez Bégin. Celui qu’on a découvert avec son groupe Accrophone et qui a aussi fait partie du collectif Movèzerbe s’accompagne lui-même, jouant à la fois le chanteur et le choriste, comme un dialogue.

« J’aime beaucoup les harmonies vocales, ç’a été ma force depuis le début. J’ai même l’impression de parler au “on”, en parlant de moi-même. Je suis tellement en équipe dans ma vie, avec ma blonde, mon fils, avec Alaclair, avec ma mère… je parle souvent de moi au “on” à cause de mon entourage serré. »

Travailler avec d’autres ?

Après le succès qu’a connu Karim Ouellet, Claude Bégin a reçu plusieurs coups de fil pour travailler avec d’autres musiciens québécois. Mais le réalisateur de 34 ans était plutôt réticent.

« Je peux aller ailleurs volontairement, je suis capable, j’ai fait plein de styles différents, mais on dirait que j’ai tendance, du moins en pop, à ajuster les choses d’une façon qui colore beaucoup le son, dit-il. Et est-ce que j’ai envie de “donner” mon style à une autre personne juste pour avoir du travail ? »

Il gardera en tout cas quelques idées pour le prochain disque de son groupe rap Alaclair Ensemble, qui arrivera « un moment donné », rigole-t-il. Alors que Bégin montera sur les planches de la place des Festivals dimanche, sa formation sera sur la même scène vendredi soir.

« À chaque spectacle, on essaie d’avoir de nouveaux punchlines, de nouveaux éléments, surtout pour les gros shows comme les Francos. On va essayer d’arriver en parachute ou quelque chose ! »

Claude Bégin

Dimanche 10 juin, à 19 h, à la place des Festivals. Avec Alaclair Ensemble vendredi 8 juin, à 21 h, à la place des Festivals.