La «Pastorale» de «l’autre OSM»

Kent Nagano a séparé l’orchestre en deux formations d’une cinquantaine de musiciens.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Kent Nagano a séparé l’orchestre en deux formations d’une cinquantaine de musiciens.

L’articulation qui se dessinait dimanche, lors du premier concert de l’intégrale Beethoven de l’OSM, se confirme : Kent Nagano a séparé l’orchestre en deux formations d’une cinquantaine de musiciens. Celle responsable du concert des Symphonies nos 2 et 6, capté par Medici.tv, n’a pour points communs avec celle de dimanche que deux hautboïstes et les deux bassonistes. Intéressant à propos de la diffusion Internet : sur les sites Facebook de Medici et de l’OSM, le décompte de visionnements, deux heures après la fin du concert, montrait 15 000 connexions, soit une multiplication par sept ou huit de l’audience en salle.

La formation présente sur scène peut être qualifiée d’orchestre « A », puisque comprenant tous les titulaires (Wan, Read, Gripp, Manker, Yazdanfar s’agissant des cordes). La première constatation fascinante est la différence entre cette formation et l’orchestre de dimanche, avec pour signe distinctif majeur, un pupitre de seconds violons éblouissant, induisant un rapport différent de l’équilibre entre violons I et II.

Les huit musiciens des violons II n’accusent non seulement pas de moins value volumétrique par rapport à leurs dix collègues violons I d’en face, mais ils leur en remontrent en présence, en rondeur, en personnalité et en tonicité. La continuité sonore violons II, altos, violoncelles est très belle dans cet « orchestre A ».

L’autre différence est aux cuivres, puisque nous revenons, ici, à des couleurs et à des volumes très différenciés entre les pupitres, avec des trompettes (par exemple dans le Chant de louanges de la Pastorale…) qui transpercent le tissu orchestral. Enfin, le retour aux timbales d’Andrei Malachenko nous vaut un Orage rond et peu effrayant. D’ailleurs, sont-ce vraiment ces timbales modernes lourdingues et centrées qui conviennent à Beethoven ? Je ne pense pas, ni en nature ni en placement sur scène. Paavo Järvi, Jean-Marie Zeitouni et Bernard Labadie nous ont prouvé le bien-fondé d’options historiquement mieux informées.

Assoupli et relaxé

Musicalement, les Symphonies nos 2 et 6 montrent que le Beethoven de Kent Nagano s’est assoupli et un peu relaxé par rapport à celui de l’intégrale discographique, plus véloce et plus athlétique. Dans la 2e Symphonie, cela se manifeste par quelques secondes de plus prises pour chaque mouvement. Dans la Pastorale, c’est surtout un changement d’optique du 1er mouvement (12 minutes 38 secondes, contre 11 minutes 52 secondes au disque) qui devient un peu plus contemplatif, alors que le 2e volet et le finale restent très fluides mais gagnent en transparence, avec un caractère aérien.

Les idées propres à Kent Nagano, comme les jeux de crescendo dans le 3e mouvement de la 2e ou l’effacement artificiel des violons pour laisser passer les flûtes dans le passage de bourrée rustique de l’assemblée des paysans de la Pastorale, sont rendues avec plus de creusement et de relief.

Quant aux applaudissements épars hors de propos déplorés dimanche, ils ont diminué mais perduré mardi, puisque dans les annonces d’avant concert, aucune ne fut faite pour les éviter. Ils furent accueillis avec le même petit sourire complaisant par un Kent Nagano déconcertant en la matière. Conforter l’ignorant dans son ignorance pour l’y cantonner, est-il vraiment un geste d’humanisme et de mansuétude ?

Réveil de la nature : la Pastorale de Beethoven

Beethoven : Symphonies nos 2 et 6. Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, mardi 29 mai 2018. Visible pendant trois mois sur osm.ca et Medici.tv.