Lucienne Renaudin Vary: un concerto sur deux

La jeune trompettiste française de 19 ans Lucienne Renaudin Vary
Photo: Lebon Harrison Parrott La jeune trompettiste française de 19 ans Lucienne Renaudin Vary

La jeune trompettiste française de 19 ans Lucienne Renaudin Vary a beaucoup de chance : elle éclot à une époque où, désormais, il y a un engouement soudain pour les trompettistes féminines. En dix ans, Alison Balsom, Tine Thing Helseth et la nouvelle venue ont balayé un siècle de domination masculine.

L’explosion médiatique de Lucienne Renaudin Vary, orchestrée en France depuis 2015, avec les Victoires de la musique en février 2016 et un contrat de disque chez Warner la même année, nous a gagnés inhabituellement vite, mais pas au point de remplir la Maison symphonique.

À vrai dire, je comprends que le marketing de la demoiselle en ballerines sur fond jaune (couverture d’un disque dont l’éditeur n’avait pas livré assez d’exemplaires pour assurer une séance de signatures !) attire l’oeil. Je conçois aussi que de voir une menue jeune femme sortir des sons cuivrés avec une mâle assurance peut impressionner certains.

Quelle plus-value ?

Par contre je ne vois pas, sur la forme, en quoi il est fascinant d’endurer visuellement, en concert, de telles séances de « stépettes » et cabrioles façon Saint-Guy et, sur le fond, quelle est la plus-value de ce que j’ai entendu par rapport à ce que nous auraient joué Benjamin Raymond, le remarquable trompettiste de l’orchestre, ou Stéphane Beaulac.

Bref, Lucienne Renaudin Vary est une très bonne jeune trompettiste que l’air du temps et les forces marketing transforment en « soliste internationale » à 19 ans. On imagine qu’en voyant cela, l’immense Sergeï Nakariakov, vrai génie de la trompette, mais vieux has been (marketing évidemment) de 41 ans, se tape la tête contre les murs et que Timofeï Dokchitser, la légende des légendes, le trompettiste du Bolchoï qui n’a jamais eu, en fait, de carrière de soliste mondial, se transforme en ventilateur dans sa tombe. En pratique, alors que le concerto de Hummel était fort convaincant, le Haydn était tout juste passable avec un manque de ligne et de petits sons secs.

La partie symphonique du programme était bien conçue autour des deux « tubes » du répertoire. La connivence entre Mathieu Lussier et Les Violons du Roy est excellente, ce qui nous a valu une Symphonie no 96 à la fois dynamique et détendue et une découverte fort intéressante : une symphonie commémorant la prise de la Bastille, composée par Othon Joseph Vandenbroeck (1758-1832). En trois mouvements, elle comporte un premier volet aux accents furieux et un Finale plutôt populaire.

Une trompette prodigieuse

Mozart : Ouverture de Così fan tutte. Haydn : Concerto pour trompette et Symphonie no 96 « Le miracle ». Vandenbroeck : Symphonie « La prise de la Bastille ». Hummel : Concerto pour trompette. Lucienne Renaudin Vary (trompette), Les Violons du Roy, Mathieu Lussier. Maison symphonique de Montréal, vendredi 25 mai 2018.