Chant 2018 double la mise

La chanteuse Rihab Chaieb est l’une des rares à avoir été acceptée dans les deux volets du concours. Elle est également l’une des deux Canadiennes sélectionnées pour Operalia 2018, qui aura lieu à Lisbonne en septembre.
Photo: Fay Fox La chanteuse Rihab Chaieb est l’une des rares à avoir été acceptée dans les deux volets du concours. Elle est également l’une des deux Canadiennes sélectionnées pour Operalia 2018, qui aura lieu à Lisbonne en septembre.

Le Concours musical international de Montréal qui débutera mardi sera consacré au chant. Il prend cette année un relief très particulier avec l’ajout d’un volet consacré à la mélodie.

Difficile de ne pas penser au cofondateur et président du jury du Concours musical international de Montréal (CMIM), André Bourbeau, décédé le 25 mars dernier, en voyant cette édition de tous les records qui se tiendra à Montréal jusqu’au 7 juin.

En attirant l’attention de 358 chanteurs de 52 pays (contre 123 il y a trois ans) le concours montréalais franchit en 2018 une étape décisive en matière de notoriété et de pouvoir d’attraction.

Christiane LeBlanc, directrice générale et artistique du CMIM, interrogée par Le Devoir, le résume en une image parlante : « Tous les prix et bourses sont commandités. Pas un prix ne sort du budget opérationnel du concours. Nous avons trouvé des donateurs pour 265 000 $ de prix et bourses. C’est énorme ! De ce côté-là, nous sommes certainement cette année le concours de chant le plus riche au monde. »

Quand Montréal attire Toronto !

Cette manne résulte du fait que Chant 2018 est scindé en deux volets : Aria et Mélodie. Montréal a, en effet, su accomplir le rêve du mécène et amateur torontois James Norcop : « Quand nous avons été approchés par James Norcop, il cherchait depuis 10 ans à organiser un concours de mélodies à Toronto et m’a dit : “Comme j’ai 85 ans, mes amis m’ont convaincu de me joindre à un concours qui existait déjà plutôt que de chercher à en créer un.” »

Fanatique de mélodie, Norcop n’avait qu’une condition : que la mélodie ne soit pas le parent pauvre de l’opéra. « Il fallait que les prix remis aux lauréats soient les mêmes. Cela voulait dire que s’il y avait un 1er prix de 30 000 $ et une bourse de carrière de 50 000 $ d’un côté, il fallait trouver la même chose de l’autre. » James Norcop est finalement parvenu à rassembler lui-même 100 % des fonds additionnels à Toronto. Plusieurs de ces mécènes torontois passeront la semaine à Montréal.

Ce volet Mélodie a été particulièrement peaufiné. Dans le but d’attirer les meilleurs jeunes spécialistes du genre, il leur a été proposé de venir à Montréal avec leur propre pianiste accompagnateur. « Un prix de 10 000 $ sera offert au meilleur », souligne Christiane LeBlanc, soucieuse « d’attirer de vrais duos ». Résultat : les trois quart des candidats viendront avec leur accompagnateur attitré.

Dans les faits, 469 inscriptions à Chant 2018 ont été enregistrées, puisque 111 des 358 candidats se sont inscrits aux deux volets. Mais seuls deux chanteurs ont été retenus dans les deux disciplines : la mezzo-soprano canado-tunisienne Rihab Chaieb et le baryton américain John Brancy, un récidiviste, déjà lauréat du 3e prix à Montréal en 2012.

« Nous savions que nous accepterions un maximum de 40 chanteurs en tout. Nous nous doutions qu’il y aurait plus de candidats dans le volet Aria [d’où les chiffres de 24 concurents en Aria et 16 en Mélodie]. Ce que nous ne savions pas, c’est le nombre de chanteurs qui seraient admis à la fois en Aria et en Mélodie. » Avec deux candidats seulement admis dans les deux disciplines, ce sont 38 chanteurs différents de 24 à 35 ans et de 22 pays qui pourront donc être entendus lors du concours. On est très loin de l’aspect bipolaire de duel Canada-Corée du Sud pris par certaines éditions antérieures.

Étoffé mais plus limpide

En menant deux concours en un et en augmentant le nombre de candidats de 24 à 38, l’équipe du CMIM ne se facilite pas la tâche. Mais certaines recettes simples ont eu de gros effets, comme le tirage au sort de l’ordre de passage en amont de l’arrivée des candidats. Mais si l’organisation est plus complexe, le concours est aussi nettement plus limpide.

En isolant le volet Mélodie, la direction du concours a pu se pencher sur ce qu’elle exigeait de ses candidats. De ce point de vue, le défaut du CMIM était d’être un concours trop lourd qui demandait aux jeunes chanteurs d’être performants dans des répertoires trop vastes et des genres trop divers : opéra, oratorio et mélodie.

Avec un volet Aria « pur » (airs d’opéras et d’oratorios essentiellement), le piano n’est plus nécessaire en demi-finale, comme jadis, pour juger des capacités des candidats dans le domaine de la mélodie, ce volet étant désormais traité comme une discipline en soi.

La demi-finale Aria (12 candidats) pourra donc avoir lieu — grande nouveauté ! — avec l’OSM, les 4 et 5 juin à la Maison symphonique, et permettra à un public plus large d’entendre davantage de chanteurs. Les 6 finalistes se mesureront le 7 juin au même endroit.

Cette cascade naturelle d’événements résout de facto un casse-tête pour les organisateurs : « Cela élimine le gala, qui posait problème puisqu’il s’agissait pour nous de vendre des billets pour un concert de trois finalistes qui reprenaient le même répertoire », nous confie Christiane LeBlanc. Tous les lauréats seront donc proclamés le 7 juin, y compris ceux du volet Mélodie, dont la finale se tiendra le dimanche 3 juin à la salle Bourgie.

Autre conséquence logique de la refonte des programmes, une simplification et un allègement de l’ensemble : « En 2015, c’était ma première édition de Chant et j’ai trouvé qu’on en demandait beaucoup trop aux chanteurs en longueur et en variété. Dans le volet Aria, les programmes dureront désormais autour de 15 minutes », précise Christiane LeBlanc.

Le CMIM, qui a établi un partenariat avec l’Opéra de Montréal pour la présentation de classes de maître de membres du jury, a aussi renforcé son association avec Radio Canada. Non seulement toutes les épreuves seront webdiffusées, mais la finale Aria et l’annonce des résultats seront retransmises en direct. Zarin Mehta a accepté de présider le jury en remplacement d’André Bourbeau. Ce jury comprendra Kiri Te Kanawa, Ben Heppner, François Le Roux, Soile Isokoski, Joseph Rouleau, Warren Jones, Felicity Lott, Edith Bers et Richard Rodzinksi.

Concerts de la semaine

Beethoven-Nagano. L’Orchestre symphonique de Montréal boucle sa saison avec une intégrale des symphonies de Beethoven sous la direction de Kent Nagano. Le concert d’ouverture du cycle aura lieu dimanche à 14 h 30 et sera redonné le lendemain à 20 h. Kent Nagano a choisi de débuter l’intégrale avec les symphonies nos 4 et 5. Il associera ensuite les nos 2 et 6 mardi, les nos 7 et 8 mercredi, les nos 1 et 3 jeudi et bouclera avec la Neuvième vendredi et samedi soir. Erin Wall, Allyson McHardy et Petri Lindroos en seront les solistes. Du dimanche 27 mai au samedi 2 juin, à la Maison symphonique de Montréal.

Hamelin-Gabel. Programme modèle de musique française pour la clôture de la saison de l’Orchestre symphonique de Québec, qui associe Marc-André Hamelin et Fabien Gabel dans le Concerto pour la main gauche de Maurice Ravel. Le concerto sera précédé des Valses nobles et sentimentales du même compositeur. Après la pause, tout se déride avec la suite Les biches de Poulenc et Gaîté parisienne d’Offenbach pour une fin de saison avec le sourire. Mercredi 30 mai à 20 h, au Grand Théâtre de Québec. Reprise jeudi matin.

Chant 2018

29, 30 et 31 mai : premier tour, « Mélodie et Aria », 38 candidats, salle Bourgie. 1er juin : demi-finale « Mélodie », 8 candidats, salle Bourgie. 3 juin : finale, 4 candidats, salle Bourgie. 4 et 5 juin : demi-finale « Aria », 12 candidats, Maison symphonique de Montréal. 7 juin : finale « Aria », 6 candidats, Maison symphonique de Montréal.