Christa Ludwig, le parfait hommage

Dans le coffret, la grande chanteuse d’opéra Christa Ludwig revient au noyau le plus essentiel de son art.
Photo: Rob Kim Getty Images/AFP Dans le coffret, la grande chanteuse d’opéra Christa Ludwig revient au noyau le plus essentiel de son art.

La mezzo-soprano Christa Ludwig, qui a fêté ses 90 ans à Vienne en mars dernier, se voit consacrer par l’un de ses deux éditeurs principaux un coffret essentiel.


Tant Deutsche Grammophon que Warner, qui exploite le fonds EMI Classics, y sont allés de la publication de coffrets commémoratifs pour les 90 ans de Christa Ludwig, qui s’est récemment définie dans une entrevue à Opéra Magazine comme une « vache sacrée » à Vienne, où elle vit désormais.

Elle a bien raison de savourer sa notoriété, cette grande dame du chant qui a marqué l’après-guerre et qui écoute désormais « très peu de musique », un saint des saints où figure Pelléas et Mélisande de Debussy, choix admirable et surprenant pour une chanteuse à la carrière marquée par Mozart, Strauss, Wagner et, peut-être par-dessus tout, par le rôle de Léonore dans Fidelio de Beethoven.

Christa Ludwig, c’est une carrière de près de 50 ans — de 1946 au sein de la troupe de l’Opéra de Francfort à 1994 à l’Opéra de Vienne dans le rôle de Clytemnestre d’Elektra de Strauss. Regarder la liste des chefs de sa discographie, c’est contempler le panthéon des légendes de la direction d’orchestre.

Dans Wagner, on la croise autant dans le Ring de Solti que de Karajan ou de James Levine. Elle chante Brangänge dans le Tristan de Böhm et celui de Karajan, alors que Solti et Karajan se la partagent en Vénus dans leur Tannhäuser respectif.

Dans le Chevalier à la rose de Strauss, celle qui fut en 1956, à 28 ans, le fabuleux Octavian face à la Maréchale de Schwarzkopf sous la direction de Karajan, devient elle-même Maréchale pour Böhm à Salzbourg en 1969 (une représentation de légende publiée ensuite par DG) puis pour Bernstein, au disque, en 1971. Dans Mozart et Beethoven, ce sont surtout Karl Böhm et Otto Klemperer qui se la disputent.

Si Christa Ludwig est restée si populaire, c’est parce qu’elle fut accessible, malgré son statut de vedette, présente aux concerts de ses collègues après sa retraite et jamais avare de conseils pour les jeunes chanteurs.
 


Le coffret que publie Warner est aujourd’hui notre très chaleureuse recommandation, surtout à la veille d’un concours de chant, à Montréal, qui va comporter un volet de haut calibre consacré à la mélodie. Ces « Complete Recitals on Warner Classics », qui sont en fait les récitals enregistrés pour EMI de 1957 à 1969, nous montrent Christa Ludwig dans l’exercice intimiste et absolu du Lied.

La redécouverte de ces disques me replonge dans le bonheur du récital récent de Gerald Finley : une grande chanteuse d’opéra revient au noyau le plus essentiel de son art. Contrairement à l’art apprêté de Schwarzkopf, érudit et délicat, mais qui m’irrite parfois par un côté pincé, Christa Ludwig possède cette matière, cette humanité, ces pieds sur terre qui font tout simplement du bien à l’âme.

Il y a dans ces onze CD essentiellement des disques avec piano et trois CD avec orchestre (Mahler, Wagner et la Rhapsodie pour contralto). La boîte a tout pour intéresser également les collectionneurs chevronnés, puisqu’elle contient dix-sept plages inédites (surtout des Lieder rejetés lors de la composition finale du programme des microsillons), parmi lesquels une prestation avec orchestre, Im Teibhaus (le plus beau des Wesendonck-Lieder de Wagner) avec Boult, gravé en même temps que les Fahrenden gesellen de Mahler. Il comprend aussi le splendide concert Brahms viennois de 1972 avec Leonard Bernstein au piano, une vraie rareté qui n’avait fait surface que furtivement en microsillon chez Columbia en 1977 et en CD uniquement au Japon en 2011.

Je le thésaurisais : il est désormais accessible facilement à tous.

Christa Ludwig

★★★★ 1/2

The Complete Recitals on Warner Classics. 11 CD 0190295690205