Classica, un festival en pleine expansion

Christophe Huss Collaboration spéciale
Classica espère attirer cette année 70 000 spectateurs, ce qui en ferait la manifestation du genre la plus courue au pays.
Photo: Baptiste Grison Classica espère attirer cette année 70 000 spectateurs, ce qui en ferait la manifestation du genre la plus courue au pays.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Avec l’expansion de Classica, le festival qui s’étend sur la Rive-Sud démarre la saison musicale estivale qui, autour de la fête de la Saint-Jean, ravira les amateurs de répertoire ancien, avec Montréal baroque, cette véritable immersion musicale qui n’a rien perdu de son enthousiasme et de son inventivité, contrairement à plusieurs autres rendez-vous festivaliers.

Il reste heureusement des valeurs sûres : le Domaine Forget, qui fête ses 40 ans, Orford Musique, qui célèbre le Japon et accueillera notamment le pianiste Christian Blackshaw, et nos grands orchestres, l’OSM et le Métropolitain, fidèles au poste pour fournir quatre solides piliers artistiques à Lanaudière. Le festivalier pourra investir son temps libre dans l’évasion, au Bic ou en Outaouais, avec Musique et autres mondes et le Festival de musique de chambre, et, surtout, il ne manquera pas l’événement incontestable de l’été : La flûte enchantée de Mozart par Robert Lepage, au Festival d’opéra de Québec.

Grégoire Legendre, à Québec, et Marc Boucher, de Classica, méritent assurément de partager le titre de directeur artistique estival de l’année.

Classica

L’expansion du festival Classica est issue non pas de quelque folie des grandeurs, mais d’un vrai appel : « Les villes nous demandent de produire des concerts : nous sommes obligés de nous étendre et d’ajouter du contenu les semaines et les week-ends », nous confie Marc Boucher, créateur et directeur artistique de la manifestation.

Contrairement aux tendances de l’heure, l’éthique de Classica est loin de s’étioler ou de se diluer. L’éclectisme a toujours été dans l’ADN, la mission et les prétentions de ce festival, dont le titre « De Schubert aux Stones » englobe autant des concerts extérieurs gratuits, qui vont du rock symphonisé (hommage aux Stones le 2 juin et à Queen le 16 juin) aux prestations de jeunes musiciens classiques (le 3 juin), en passant par des concerts de musique classique.

C’est tout à l’honneur du travail de Marc Boucher, sur la Rive-Sud, de voir que c’est la partie classique qui se « muscle ». « Nous venons combler un manque : il y a une demande de musique classique en Montérégie. Mais pas seulement là : nous organisons aussi un pianothon dans le Vieux-Montréal à la demande du Centre Phi », constate le directeur artistique, qui rêve d’attirer enfin Yannick Nézet-Séguin en 2019 dans le cadre de la thématique « Des Bee Gees à Berlioz ».

Classica travaille déjà avec l’Orchestre Métropolitain, que le festival sollicite dans le cadre d’un projet consacré à André Mathieu piloté par le pianiste Jean-Philippe Sylvestre et enregistré par Atma. Ce sera le cas cette année le 31 mai à la paroisse Saint-Constant, où sera capté le concert dirigé par Alain Trudel. Jean-Philippe Sylvestre donnera deux autres concerts André Mathieu : de la musique de chambre le 3 juin et le Concerto de Québec le 12 juin.

Une nouvelle salle

Le budget 2017 reposait à 92,7 % sur des fonds privés. « Grâce à l’engagement du gouvernement provincial, nous tournerons autour de 15 % de fonds publics cette année ce qui reste inférieur à la moyenne, qui est de l’ordre de 30 à 36 % », constate Marc Boucher qui a su intéresser les commanditaires privés à la manifestation.

Le développement de Classica n’en est donc possiblement qu’à sa première étape, d’autant que Marc Boucher nous révèle qu’à terme, le Festival pourra compter sur une nouvelle salle, une église transformée en salle de concert sur le modèle de la salle Bourgie. « Une occasion se présente à Saint-Lambert avec une jauge de près de 900 places. Un mécène s’est engagé à hauteur de 5 millions de dollars avec comme priorité l’acoustique. Nous aurons un piano Erard qui est en train d’être restauré à Paris. »

Ce piano ancien servira dans un premier temps à un grand projet de mélodies de Massenet qui se fera au Domaine Forget, mais trouvera son ultime refuge dans la nouvelle salle de Saint-Lambert. « Notre priorité est cette salle de récital de 900 places sans compromis sur l’acoustique. Elle sera destinée aux concerts de piano, de musique de chambre et d’orchestre en formation réduite dans un horizon de trois à cinq ans. » Les personnes impliquées dans le projet ont rencontré Pierre Bourgie, qui a partagé son expérience. Soit dit en passant, une telle salle de 800-900 places est exactement ce qui manque au Montréal métropolitain.

Un grand absent

Si le beau temps est de la partie lors de la grande fin de semaine des 2 et 3 juin, Classica espère attirer cette année 70 000 spectateurs, ce qui en ferait la manifestation du genre la plus courue au pays.

La partie Schubert du programme mettra en vedette Russell Braun dans Le voyage d’hiver le 1er juin et la grande pianiste Alice Ader pour la Sonate D. 960 de Schubert le 3 juin, deux concerts qui se tiendront à la paroisse catholique de Saint-Lambert.

Classica pleurera en 2018 la perte inattendue d’un fidèle allié et ami, le défricheur de répertoires Jean-Claude Malgoire, décédé le mois dernier. Malgoire devait diriger en première nord-américaine l’oratorio La résurrection du Christ de Sigismund Neukomm. Le concert aura bien lieu le 5 juin à 19 h à Boucherville, sous la direction de Martin Dagenais. En raison de conflits d’horaires dans les répétitions de cette grande première en l’honneur de son ami, Marc Boucher sera hélas obligé de renoncer à chanter Golaud dans la représentation en version de concert de Pelléas et Mélisande de Debussy, le 8 juin, aux côtés de Guillaume Andrieux et Samatha Louis-Jean. Il sera remplacé par l’excellent Alain Buet.

Trois concerts

31 mai : Le retour d’André Mathieu avec Jean-Philippe Sylvestre, l’Orchestre Métropolitain et Alain Trudel. Paroisse de Saint-Constant.

3 juin : Schubert intime. Récital d’Alice Ader. Paroisse catholique de Saint-Lambert.

8 juin : Pelléas et Mélisande de Debussy en version de concert. Paroisse de Saint-Bruno-de-Montarville.

Classica

Du 25 mai au 16 juin 2018. Billetterie et renseignements : 450 912-0868