Le magnétisme de Maxim Rysanov

Maxim Rysanov
Photo: Laszlo Emmer Maxim Rysanov

Avec un artiste de la trempe de Maxim Rysanov, altiste ukrainien formé à Londres qui se reconvertit à la direction d’orchestre, je m’attendais certes à un très beau concert, mais rien ne me préparait à un choc pareil.

Tout d’abord, Maxim Rysanov a confirmé son excellence en tant que soliste. Il tire de son Guadagnini de 1780 des sonorités intenses rondes, jamais ligneuses ou effilochées dans les pianos. Nous sommes au fait de cette classe musicale à travers tous les disques parus depuis plus de dix ans chez BIS et Onyx.

En tant que soliste, Rysanov a joué l’Andante cantabile de Tchaïkovski et surtout une oeuvre surprenante d’une compositrice bulgare de 38 ans, Dobrinka Tabakova, qui a étudié avec lui à Londres et lui a dédié plusieurs partitions. Celle proposée jeudi est une composition néo-baroque fort distrayante, troussée avec beaucoup de verve, d’inventivité, d’humour et de talent mélodique. Mélisande McNabney au clavecin s’est jointe à I Musici et semblait bien s’amuser de cet « à la manière de… ».

Par rapport à la version avec l’Orchestre de la Radio Télévision espagnole que Rysanov a postée sur YouTube, c’est peu dire que les effectifs réduits d’I Musici et le tonus des musiciens, ainsi que la complicité établie avec chacun d’entre eux, ont conféré un relief totalement différent à l’oeuvre, plus mobile, plus poétique, plus pétillante à Montréal.

Plongée en apnée

Dans les compositions où il oeuvre en soliste, Rysanov est un vrai chef : sans cinéma ou gestes inutiles, il établit des yeux, ou du bout de l’archet, les contacts nécessaires pour assurer cohésion et implication de tous. Cela ne nous préparait toutefois pas à la plongée en apnée dans des Variations sur un thème de Frank Bridge, d’un éblouissement sensoriel et émotionnel équivalant au Concerto en ré de Stravinski par Leonardo García Alarcón et Les Violons du Roy ou aux Variations Enigma d’Elgar par Yannick Nézet-Séguin et le Métropolitain en tournée.

Nous y avons découvert des violons II arrachant leurs pizzicatos dans la Marche, une Aria italiana poussant les violons I à bout dans un moment de folie, un Wiener Walz sur la corde raide, un Moto perpetuo bruissant comme un essaim d’abeilles et, en apothéose, un triptyque final (Marche funèbre, Chant, Fugue et Finale) sorti d’un autre monde, celui de La nuit transfigurée de Schoenberg, parfois flottant et irisé (Chant), souvent d’une densité harmonique étouffante (Marche).

Que Maxim Rysanov revienne vite et qu’on lui donne un grand concert. Il est une pépite musicale à creuser et à entretenir pour I Musici, comme Lorenzo Coppola l’est pour Arion.

L’alto dans toute sa splendeur

Tchaïkovski : Andante cantabile (version alto et cordes). Dobrinka Tabakova : Suite dans un style ancien, pour alto, clavecin et cordes. Britten : Variations sur un thème de Frank Bridge. I Musici, Maxim Rysanov. Salle Bourgie, jeudi 17 mai 2018 (concert du matin).