Victoire de LaF, collectif rap: des Francouvertes très… ouvertes!

Le collectif rap LaF
Photo: Jean-François LeBlanc / Francouvertes Le collectif rap LaF

« Êtes-vous survoltés ? » a demandé Klô Pelgag, laquelle ouvrait la soirée aux côtés de Tire le coyote : aux Francouvertes, les porte-parole déroulent le tapis rouge pour les finalistes, c’est une belle tradition. L’inénarrable Klô en a profité pour féliciter tous les participants à la 22e édition du concours, qualifiés affectueusement de « p’tits Xavier Dolan de la chanson ». Du lot, le jury et le public du Club Soda auront déterminé ce palmarès : le duo punk CRABE au troisième rang, l’auteure-compositrice-interprète Lou-Adriane Cassidy au second, et le collectif rap LaF au premier. Comment tout ça s’est goupillé ? Assez bizarrement.

Découvrir Lou-Adriane Cassidy

Survoltés ? On a connu des publics de finale plus électrisants. L’accueil pour Lou-Adriane Cassidy était pour le moins tiède, mais la jeune femme n’en avait cure : elle était prête. Ses chansons aussi. Ses accompagnateurs tout autant : on est dans les ligues majeures. C’est très au point, du Lou-Adriane Cassidy : les chansons, bien arrangées, suivent d’intéressants détours, avec de belles modulations servant des mélodies abouties. La fin du monde à tous les jours (coécrite avec Stéphanie Boulay), je l’entendais pour la première fois et je savais tout de suite que je m’en souviendrais.

Y a-t-il meilleur signe ? Lou-Adriane avait été remarquable à Granby, mais c’est peut-être seulement maintenant que l’on s’en rend compte. Les spectateurs, de chanson en chanson, le faisaient savoir plus bruyamment : plusieurs la découvraient, et découvraient qu’ils l’aiment. Elle, sa voix au timbre voilé, ses pickings de guitare électrique, ses textes sans filet ni filtre. Quand ça a viré résolument rock dans Respiration, les répits et les explosions ont alterné sans que l’on reprenne son souffle. Du cœur et du chien, Lou-Adriane Cassidy. J’ai hâte à l’album. Ça lui aura valu une très méritoire deuxième place : de toute évidence, elle a convaincu des gens.

LaF, du rap gagnant avec des cheveux (et des shorts)

L’évidence a frappé au moment de la présentation vidéo du collectif rap LaF : ce Club Soda du lundi soir de finale était rempli de leurs fans. Ça aura compté, au cumul des bulletins de vote. Rien ne les distinguait particulièrement, pourtant, c’était logorrhée incompréhensible, obligatoires bonds de plaque chauffante et autres gesticulations désarticulées. Et ça fonctionnait à plein. Les Bkay, Mantisse et Jah Maaz savent faire lever leur monde, et il était impossible de résister longtemps à leur attaque frontale.

Il était pareillement impossible de détacher le regard de Mantisse, un grand échalas à tignasse de métalleux et culottes courtes à la Angus Young d’AC/DC : pas exactement le rappeur type. D’où l’intérêt, sans doute. Et la musique derrière eux ? Un peu de soul, l’abc des battements et bourdonnements, mais franchement rien de mémorable. Je trouvais ça même assez piéton. Ce n’était pas moins l’allégresse au parterre. Pourquoi diable ? Je me le demande encore. Leur victoire, j’avoue, me laisse interloqué.

Du punk à saveur de CRABE

Les propositions étaient tellement distinctes qu’on imaginait mal un fidèle de CRABE apprécier vraiment LaF ou Adriane. Chose certaine, le punk vieille école de CRABE avait ses disciples : mosh pit devant la scène, on s’y bousculait joyeusement. Le chanteur et guitariste Mertin Höek et le batteur Gabriel Lapierre cherchaient à s’enterrer l’un l’autre, c’est ça le jeu. Il y a un côté grand-guignolesque à CRABE, c’est à la fois du punk pour vrai et du punk pour rire. Un duo de clowns qui aurait troqué les pouet pouet pour des bébelles à sérieux décibels. Et de drôles d’effets spéciaux.

Dans le genre, c’était indéniablement rentre-dedans. Mais encore ? Les gars sont plutôt sympas, des marrants pas du tout agressivement punks. Est-ce un défaut ou une qualité ? Ça dépend de l’orthodoxie de votre punk. Ça m’aura rendu l’ingestion moins difficile pour la rate. Leur dernière chanson avait quelque chose des Trois Accords, c’est dire. C’est peut-être aussi ce qui a causé leur (relative) dégringolade : on les croyait indélogeables depuis les soirées préliminaires. Le groupe existe depuis dix ans, tant pis si l’essai n’a pas été confirmé : les gaillards vont continuer à faire leur bruit.

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