Gerald Finley, le noble art du chant

Gerald Finley, cette vedette internationale qui a débuté à Salzbourg et au Met, membre de l’Ordre du Canada et commandeur de l’Empire britannique pour services rendus à l’art lyrique, est né à Montréal.
Photo: Sim Canetty-Clarke Gerald Finley, cette vedette internationale qui a débuté à Salzbourg et au Met, membre de l’Ordre du Canada et commandeur de l’Empire britannique pour services rendus à l’art lyrique, est né à Montréal.

Le baryton-basse Gerald Finley sera en récital dimanche à 15 h au conservatoire, invité par la Société d’art vocal. L’occasion est rare d’entendre le plus en vue de tous les artistes lyriques canadiens.

Même si nous vibrons pour Marie-Nicole Lemieux, Karina Gauvin, Jean-François Lapointe, Michèle Losier, Philippe Sly, Frédéric Antoun, Marianne Fiset, Étienne Dupuis et j’en passe, il est incontournable de relever que le baryton Gerald Finley trône au panthéon des vedettes canadiennes de l’opéra depuis la retraite de Ben Heppner.

Gerald Finley a ainsi repris à Salzbourg, en 2017, le rôle-titre de l’opéra Lear d’Aribert Reimann créé en 1978 par Dietrich Fischer-Dieskau. C’est lui aussi qui se vit confier le rôle de Robert Oppenheimer dans Doctor Atomic de John Adams au Metropolitan Opera et à San Francisco. Plus proche de nous, Gerald Finley s’est retrouvé dans le « Top 10 » des meilleurs disques classiques 2017 choisis par Le Devoir, avec In the Stream of Life, des mélodies de Sibelius orchestrées par Rautavaara sur l’étiquette Chandos.

Ce que l’on sait moins, c’est que cette vedette internationale, qui a débuté à Salzbourg en 1991 et au Met en 1998, membre de l’Ordre du Canada depuis 2014 et qui porte, depuis 2017, le titre commandeur de l’Empire britannique pour ses services éminents rendus à l’art lyrique, est née à Montréal le 30 janvier 1960.

Horizon cinq ans

Le dernier passage de Gerald Finley dans la métropole est mémorable. La Société d’art vocal s’appelait encore Société musicale André-Turp. C’était en 2007 et le baryton avait fait assaut d’intelligence programmatique dans une seconde partie de récital consacrée aux mélodistes américains, révélant, serti entre des Songs de Charles Ives et de Samuel Barber, le ravageur cycle War Songs, composé en 1969 par Ned Rorem.

Il nous arrive cette fois avec une première partie entièrement consacrée à Goethe, autour de mélodies de Schubert et de Beethoven. « En seconde partie, après quatre mélodies de Tchaïkovski, qui sont des réponses à Goethe, je voulais aborder des mélodies de Rachmaninov. Elles sont souvent très courtes, ce qui les rend difficiles, car les choses se passent très vite. Fate est la réaction à la 5e Symphonie de Beethoven. Je la dédierais à Dmitri Hvorostovski, en fraternité musicale, car il me l’a fait découvrir, même si je n’ai jamais eu l’occasion de le lui dire. Nous finirons sur un ton plus léger avec Britten et des chants écossais. »

Même s’il va chanter Iago, dans Otello de Verdi, la saison prochaine à la Canadian Opera Company, nous voyons peu Gerald Finley au Canada, qu’il appelle « mon chez-moi spirituel ». « J’ai grand plaisir à revenir chanter au Canada et j’aimerais pouvoir ouvrir mon agenda aux propositions canadiennes. Mais la réalité est que la planification des maisons d’opéra en Europe et en Amérique du Nord s’opère quatre ou cinq ans à l’avance. Lorsque les invitations arrivent, je suis donc déjà pris la plupart du temps. »

À cela s’ajoute une incompréhension de sa nature artistique. Ne comptez pas l’entendre dans une tournée de promotion de son disque Sibelius-Rautavaara ! « C’est toujours une grande discussion avec les agences, les orchestres et moi-même. Souvent les orchestres disent que ce répertoire est “un peu inconnu” et qu’ils aimeraient un répertoire populaire. On me demande ainsi souvent de chanter Mahler ou des airs d’opéra italiens, alors qu’ils ne me sont pas particulièrement naturels. J’aime beaucoup Mahler, mais les Chants d’un compagnon errant et les Rückert-Lieder, par exemple, sont trop hauts pour ma voix. Entre les invitations trop tardives par rapport à la carrière que je mène et les demandes de répertoire incongrues, je suis peu présent et c’est frustrant. »

La mélodie aide à me recentrer, à retourner aux fondamentaux : la flexibilité, les couleurs, la clarté et l’histoire. J’ai besoin du récital pour la santé de ma voix.

  

Alors, oui, Gerald Finley espérerait pouvoir chanter ici les mélodies de Sibelius orchestrées par Rautavaara : « Elles sont exactement dans ma voix, elles sont poétiques, dramatiques, et l’art de la transparence chez Rautavaara, la beauté, la pureté du travail sont extraordinaires. »

Planifier des rôles

Comment prévoir le cheminement d’une voix ? Gerald Finley a pris la décision, il y a une douzaine d’années, de « laisser la maturité vocale s’installer paisiblement ». « Je me suis autorisé à me pencher sur Wagner, Puccini, Strauss et Verdi et j’ai repris des cours de chant pour voir comment la voix répondrait : une vraie évaluation physique et technique visant à déterminer ce que je pouvais me permettre afin d’évoluer. »

Sur ce, se sont présentées des occasions. Le Festival de Glyndebourne lui a proposé le rôle de Hans Sachs dans Les maîtres chanteurs de Wagner en 2011 et la Canadian Opera Company lui a confié Falstaff en 2014. « Ce furent les premiers défis et occasions pour éprouver le registre médian de ma voix de baryton-basse. Et cela s’est très bien passé. J’ai donc évolué vers Amfortas dans Parsifal, à Vienne, à Londres et à Berlin. Amfortas n’est pas un rôle long, mais il est large et intense. »

Désormais, Finley a le rôle de Scarpia, dans Tosca de Puccini, en ligne de mire, lui qui a quatre prises de rôle à son actif en 2017, « deux dans le vérisme italien, Anthanaël dans Thaïs de Massenet au Met, et le roi Lear d’Aribert Reimann à Salzbourg ». « Ce fut important pour jauger l’énergie et l’assise de ma voix. Tout se passe bien : je suis bien après les représentations, je ne sens pas le poids de l’âge et je prends beaucoup de plaisir. »

Les plans potentiels sont Simon Boccanegra et, peut-être, le Hollandais dans Le vaisseau fantôme de Wagner, « mais pas dans un grand théâtre ». « Je ne veux pas chanter que des rôles lourds. Il me faut équilibrer avec le concert », nous confie le baryton.

À ce titre, le récital est un exercice d’écologie vocale. « La mélodie aide à me recentrer, à retourner aux fondamentaux : la flexibilité, les couleurs, la clarté et l’histoire. J’ai besoin du récital pour la santé de ma voix », nous dit Gerald Finley, qui se réjouit de retourner bientôt en studio pour graver les Quatre chants sérieux de Brahms et le Chant du cygne de Schubert.

Concerts de la semaine

Jérémie Rhorer. On salue avec un enthousiasme quasi débordant la venue dans la métropole d’un surdoué de la jeune génération des chefs français, Jérémie Rhorer, à titre de chef invité de l’Orchestre symphonique de Montréal. Le Français est bien connu de nos meilleures chanteuses (Karina Gauvin, Julie Boulianne, etc.), qui ont eu la chance de côtoyer son tempérament flamboyant. Il vient diriger Du berceau à la tombe de Liszt, Polyeucte de Dukas et la 3e Symphonie de Saint-Saëns. Mercredi 9 mai à 20 h, jeudi 10 mai à 10 h 30 et à 20 h, à la Maison symphonique de Montréal.

Carmen à Québec. Près de dix ans après l’Operalia qui se tenait à Québec pour le 400e anniversaire de la ville, en septembre 2008, nous revoici avec deux protagonistes majeurs du concours de Placido Domingo : la mezzo Ketevan Kemoklidze et le ténor Thiago Arancam dans les rôles principaux de Carmen de Bizet à l’Opéra de Québec. Le jeune Mexicain Armando Piña sera Escamillo et Myriam Leblanc sera la Micaela que nous appelions de nos voeux. Intéressant, forcément, un an avant la Carmen de Montréal ! Samedi 12 mai à 19 h, le mardi 15 mai, le jeudi 17 mai et le samedi 19 mai à 20 h, au Grand Théâtre à Québec

Gerald Finley

Mélodies de Beethoven, Schubert, Rachmaninov, Tchaïkovski. Concert hors série de la Société d’art vocal. Conservatoire de musique de Montréal, dimanche 6 mai à 15 h.