«Daniel»: incarner l’avatar

Les membres de la formation: Benoit Poirier, Guillaume Chiasson, Yuki Berthiaume-Tremblay, Martin Blackburn et Philippe Hamelin
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Les membres de la formation: Benoit Poirier, Guillaume Chiasson, Yuki Berthiaume-Tremblay, Martin Blackburn et Philippe Hamelin

Après une période d’accalmie, le combo rock garage énigmatique Jesuslesfilles est de retour avec Daniel, un troisième disque à paraître vendredi. Concept prénom, paroles minimalistes et forte dose de distorsion… Pourquoi tout expliquer quand le rock’n’roll fait couler les choses de source ?

« Daniel, c’est pas une comédie musicale », spécifie Martin Blackburn, chanteur, guitariste et cofondateur du quintette Jesuslesfilles, qui publie vendredi son troisième album en carrière, dont l’intitulé est tout simplement un prénom masculin. « C’est pas non plus l’histoire de quelqu’un qu’on suit dans une chanson, après on passe à l’histoire de quelqu’un d’autre », ajoute-t-il.

Le groupe, rassemblé dans son local de répétition un mardi soir, semble s’être souvent fait poser la question portant sur l’origine de ce titre hommage. « Nous, on tombe amoureux de concepts, dit Blackburn, mi-sérieux. La signification est pas si importante. »

Ce n’est pas une personne, c’est quelque chose, parvient-on finalement à comprendre à travers les explications croisées de Yuki Berthiaume-Tremblay (chant, claviers), Philippe Hamelin (guitare), Guillaume Chiasson (basse), Benoit Poirier (batterie) et Martin Blackburn. « Je pense qu’on s’était dit qu’on essaierait de garder ça flou au début, explique Benoit Poirier. Mais finalement, chaque fois qu’on se fait poser la question, on répond de façon candide. »

Ce qu’on peut avancer avec certitude, c’est que ce Daniel-ci est un album ultrarapide (27 minutes pour 10 chansons) composé de chansons abrasives et urgentes, aux guitares crues et à la voix haut perchée, totalement dans la continuité de Une belle table (2010) et Le grain d’or (2014). À la différence que le groupe a pris un peu plus d’espace, et même si les pièces conservent leur côté nerveux d’origine, on s’est permis des nouveautés. La mélodie se fait plus pop. Le clavier a fait son apparition, amené par l’intégration de Berthiaume-Tremblay au groupe. Puis il y a l’ajout de nouveaux instruments, comme le saxophone ou le piano, dans certaines chansons.

Des guides spirituels

 

Daniel est une sorte d’essence, bref. Une entité créatrice qui aurait accompagné le groupe depuis ses débuts, incarnée, inévitablement, par certains Daniel… Mais pas seulement.

Au début du groupe, il y a près de dix ans, il y a eu le documentaire The Devil and Daniel Johnston, basé sur la vie et l’oeuvre du plus grand weirdo de la musique américaine. Ce film a inspiré à Martin Blackburn l’idée de fonder un groupe et d’en faire son activité principale. « En fait, je pense que Jesuslesfilles n’aurait pas existé sans ce documentaire-là. Ça m’a donné le goût d’y aller à fond. L’envol du band, ç’a été ça. »

Pour qui suit le groupe depuis quelques années, le second Daniel à tenir une place importante dans le coeur du quintette est facile à identifier : Balavoine. « Un jour, on montait à Toronto pis on s’était fait une playlist de karaoké pis on avait inclus la version de Marie-Denise Pelletier de Tous les cris les SOS, pour finalement se rendre compte que c’était une de ses chansons à lui, se rappelle Poirier. On trouvait ça attachant… »

Dose de mystère

 

Manifestement, Jesuslesfilles n’aime pas ce qui se prend trop au sérieux. Pas besoin de tout expliquer quand le rock sonne bien, pas vrai ? « Il y a tout le temps un côté comique dans Jesuslesfilles, en plus du côté plus lourd, précise Martin Blackburn. C’est pas sûr que tout le monde va comprendre la joke, mais nous oui. Pourquoi Daniel ? Parce que Daniel est partout… il y a eu Daniel Johnston, Daniel Balavoine… Daniel fait partie de nous autres. C’est un concept total. »

« C’est comme notre avatar », complète Benoit Poirier.

Cet amour pour l’inexpliqué, quasi dadaïste, s’étend aux textes, simplissimes mais toutefois colorés. « Quand j’écris, raconte Martin Blackburn, je veux le moins de rimes possible, puis créer le plus d’images possible. Pas des longs textes. Ça n’a pas toujours besoin d’avoir des mots à 100 $, une chanson. »

Daniel contient notamment une chanson intitulée Hôpital, qui commence par « Tu me demandais / que Jo est où ». Blackburn est visiblement content que l’on aborde spécifiquement cette faute de syntaxe. « Je trouve que c’est une super belle phrase ! Le fait qu’elle ne soit pas grammaticalement correcte, c’est ça qui fait que c’est bon. » Il faut lui donner raison : l’image est forte.

Daniel

Jesuslesfilles, Blow The Fuse Records. Le groupe donnera quelques concerts au Québec en mai, dont à l’Esco, à Montréal, le 24.

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