Victoire festejo pour El Son Sonó en finale des Syli d’Or

L'orchestre cumbia-festejo-fusion El Son Sonó, lors de la demi-finale, au Balattou
Photo: Syli d'or L'orchestre cumbia-festejo-fusion El Son Sonó, lors de la demi-finale, au Balattou

Jeudi soir, la colorée finale de la 12e édition des Syli d’Or, le concours-vitrine des musiques traditionnelles et mondiales organisé par le Festival international des Nuits d’Afrique, a permis de couronner le jeune orchestre cumbia-festejo-fusion El Son Sonó, mené avec aplomb et des sourires larges comme la scène du Théâtre Fairmount par le duo soeur-frère Élodie et Tito. Comme pour les deux autres formations finalistes, l’orchestre de Kenzow et le duo TokaTaNoka, El Son Sonó s’assure d’une case dans la programmation du prochain Festival, dont la 32e édition se tiendra en juillet à Montréal.

Cette première place du concours a été chaudement disputée entre les lauréats et TokaTaNoka, duo mettant expertement en valeur la tradition musicale du Pays basque qui a ouvert la soirée, non sans peine. Kenzow, Burkinabé arrivé à Montréal il y a deux ans, avait rameuté son public ; idem pour El Son Sonó, arrivé avec ses supporteurs. Le percussionniste Olivier Buissière et sa collègue accordéoniste et chanteuse Maider Martineau semblaient un peu plus seuls, mais pas moins motivés : malgré le chahut au fond de la salle, ils ont offert une impeccable performance avec un répertoire constitué de danses folkloriques et de compositions originales.

Formation classique dans la tradition musicale basque, le duo percussions-accordéon se nomme le trikitixa, qui à son tour a donné son nom à l’accordéon diatonique devenu emblématique de la musique basque – son apparence et sa sonorité sont en tous points identiques à l’accordéon « à pitons » de notre terroir, l’univers de ces deux musiciens nous paraissait alors aussi familier qu’une veillée autour du poêle.

Martineau s’est installée à Montréal pour poursuivre ses études universitaires en musique alors que Buissière, aussi batteur, évolue en parallèle sur la scène jazz québécoise. Sur le plan de la technique et de l’interprétation, nous avions là les meilleurs instrumentistes de la soirée. Le jeu à l’accordéon de Martineau était admirablement fluide et complexe alors que Buissière faisait des miracles avec un simple pandero, un tambourin basque. La majorité des chansons présentées étaient instrumentales, mais Martineau s’est aussi révélée être une chanteuse à la voix juste et perçante, assez pour faire momentanément taire les bavards près du bar. À revoir.

Malgré un parterre prêt à danser, l’orchestre du chanteur et guitariste Kenzow a eu plus de mal à assurer. Ils étaient sept sur scène, et donnaient parfois l’impression de jouer dans des orchestres différents, impression rehaussée par la direction musicale encore mal définie de l’auteur-compositeur-interprète : mélange de pop, d’afro-pop et de roots reggae à l’africaine, interprété avec plein de bonne volonté, mais sans assurance. Cependant, les deux chansons soukouss, qui mettaient en valeur la section rythmique (soulignons ici l’entrain du bassiste, qui élevait le jeu de ses collègues), sont parvenues à faire grimper la température et à nous convaincre qu’en persistant, Kenzow saura présenter un concert mieux rodé.

El Son Sonó a aussi proposé un tour de chant parfois brouillon, mais joyeusement brouillon, et nettement plus cohérent dans ses explorations musicales. Ancrés dans l’héritage péruvien de leurs parents, Élodie (chant et percussions) et Tito (chant et guitare) n’ont pas mis de temps avant de faire danser le public — dont le vote comptait pour 40 % de la note totale, la balance étant entre les mains d’un jury spécialisé.

Ballade traditionnelle en introduction, avant de viser dans le mille avec une cumbia entraînante à souhait, rehaussée par le son des cuivres. Arrivés au festejo — la forme afro-péruvienne traditionnelle, brute et explosive, avec ses polyrythmes et ses chants à répondre —, nous avions déjà le sentiment que pour eux, le Syli d’Or était dans la poche.