Du Mozart en Zamboni avec «Hockey noir»

«Hockey noir» est dans une certaine mesure la continuation de l’«opéra bande dessinée» «Les aventures de Madame Merveille», créé par l’ECM + en 2011. 
Illustration: Kimberlyn Porter «Hockey noir» est dans une certaine mesure la continuation de l’«opéra bande dessinée» «Les aventures de Madame Merveille», créé par l’ECM + en 2011. 

Ensemble contemporain de Montréal (ECM +) présente, les 3 et 4 mai au Monument-National, Hockey noir, opéra de chambre illustré d’André Ristic et Cecil Castellucci baignant dans l’atmosphère des films noirs des années 1950.

« On a tout ce qu’il faut pour s’amuser ! » se réjouit Véronique Lacroix, directrice musicale de l’ECM +, qui arborera un gilet d’arbitre pour diriger, dans un décor de patinoire, la création mondiale de Hockey noir, opéra de 80 minutes qu’elle présentera ensuite à Toronto, les 10 et 11 mai, et en Belgique, fin novembre.

Un opéra dans le milieu du hockey, on peut s’étonner qu’il ait fallu attendre 2018 pour voir ça. Comme l’ambiance est du genre Philip Marlowe, un détective enquêtera dans les coulisses en marge « d’improbables séries éliminatoires » (on adore le clin d’oeil) entre les Quabs de Montréal et les Pine Needles de Toronto, ce qui permet au passage au livret de voguer entre les deux langues officielles. « L’aspect « populaire » de cet opéra ne réside pas seulement dans son thème sportif, souligne Véronique Lacroix, mais aussi dans l’utilisation du joual et du “franglais”, dont les sonorités rappellent celles des personnages excentriques qui peuplent l’univers de Michel Tremblay. »

Opéra illustré

Illustration: Kimberlyn Porter Un opéra dans le milieu du hockey, on peut s’étonner qu’il ait fallu attendre 2018 pour voir ça.

Dans cette faune, on croise Romanov, un mafieux qui tente de truquer les matchs en achetant des joueurs ; Madame Lasalle, compagne de Romanov qui rêve de prendre sa place ; Bigowsky, joueur des Quabs sous le joug de Romanov, qui se soustrait à son emprise en disparaissant et en se déguisant en femme, et Guy Lafeuille, joueur vedette. En voix hors champ, le détective Loiseau observe le manège de tout ce beau monde.

Hockey noir est dans une certaine mesure la continuation de l’« opéra bande dessinée » Les aventures de Madame Merveille, créé par l’ECM + en 2011. Le duo André Ristic et Cecil Castellucci a d’ailleurs été reconduit.

« Ce projet se distingue du précédent par plusieurs aspects, précise toutefois Véronique Lacroix. Les aventures de Madame Merveille comprenait quatre histoires illustrées par quatre dessinateurs. Ici, il n’y a qu’une histoire et une illustratrice. Par ailleurs, les créateurs cherchent à élargir le spectre de leurs recherches. Mais il est vrai qu’avec Madame Merveille nous avions l’impression d’avoir mis au monde presque un nouveau genre. »

Hockey noir procède de la volonté de poursuivre l’aventure. « Alors que l’image imprègne de plus en plus les spectacles et même les spectacles classiques, nous possédons en quelque sorte la clé du style opéra bande dessinée », remarque la directrice de l’ECM+.

Parce que le spectacle est amené à partir en tournée, il n’y aura qu’un écran, en fond de scène « en forme de H, pour hockey ». Les dessins de Kimberlyn Porter, une jeune illustratrice indépendante de Toronto passionnée des esthétiques des personnages des années 1950 et 1960 et utilisant principalement de l’acrylique et des matériaux de collage, seront animés par le Montréalais Serge Maheu. « Cette animation est un peu mécanique. On n’est pas du tout dans le numérique ; on reproduit l’esprit des années 1950. Cela va aussi avec l’histoire qu’on raconte et qui nous transporte dans le temps. »

Sur scène, quatre chanteurs et six instrumentistes de l’ECM + interagiront avec la trame visuelle des illustrations pour bondir de l’écran géant jusqu’à la patinoire scénique.

Mozart en filigrane

Six musiciens seulement : un quatuor, des percussions et un clavier électronique. « La musique est vraiment bien ficelée, se réjouit Véronique Lacroix. André Ristic est Monténégrin par son père et Polonais par sa mère : il a beaucoup de rythme dans le sang et une imagination fertile pour faire des miracles avec des moyens limités. » Avec le clavier électronique, « il va chercher les sirènes, l’orgue, la Zamboni, les sifflets et les cris de la foule », se délecte d’avance la directrice de l’ECM +, qui ajoute aussitôt : « et son traitement vocal respecte la tradition de Mozart ».

L’aspect "populaire" de cet opéra ne réside pas seulement dans son thème sportif, mais aussi dans l’utilisation du joual et du “franglais”, dont les sonorités rappellent celles des personnages excentriques de l’univers de Michel Tremblay

Surprenante prémisse. Car le traitement mozartien, on en était loin dans Les aventures de Madame Merveille. « À l’époque, se souvient Véronique Lacroix, André Ristic avait écrit la musique et avait enlevé les portées ! Il nous restait les grandes lignes. Je les ai fait remettre pour les chanteurs ! Dans Hockey noir, on sent sa rythmique, mais il est revenu à quelque chose de plus personnel. De plus en plus, il se laisse aller à un plaisir de la mélodie et de l’harmonie très riche. »

Ainsi ces « improbables séries éliminatoires », et leur aspect à la fois dramatique et comique, ont fait perler chez Ristic sa fascination pour Mozart, dont il témoignera non par des citations ou collages, mais par de fines allusions. « Des formes de citations de vocalises en doubles croches et une allusion à l’Air du catalogue de Don Giovanni dans l’énumération des buts du joueur de hockey », par exemple. On remarque aussi que Bigowsky, le joueur des Quabs, est une voix féminine et qu’il se travestit en femme, comme Cherubino dans Les noces de Figaro. Par ailleurs, « le personnage caractériel de Madame Lasalle est conçu comme une véritable Reine de la nuit, sans les suraigus de colorature, mais taillé sur mesure pour la voix de la mezzo Marie-Annick Béliveau ».

Comme dans Mozart, promet Véronique Lacroix, « on oscillera entre le sérieux et le tragique, et la fin, à l’image de celle de Don Giovanni, où le chaud et le froid se côtoient de très près, sera une vraie surprise ». « André Ristic est très habile dans la façon de s’inspirer d’un grand maître », conclut la directrice de l’ECM +.

On dirait qu’il va y avoir plus de suspense au Monument-National la semaine prochaine que pendant la saison écoulée du Canadien !

Concerts de la semaine

Nicolas Ellis. Le nouveau collaborateur artistique de l’Orchestre Métropolitain pour les deux saisons à venir, Nicolas Ellis, sera le chef d’un concert spectaculaire dimanche après-midi animé par le scientifique Martin Carli de l’émission Génial ! de Télé-Québec. Le jeune chef dirigera Les planètes de Holst, partition qui n’est pas toujours de tout repos sur le plan rythmique. On aura hâte de revoir ce surdoué dans les passages spectaculaires, tels que le belliqueux Mars ou le fabuleux Saturne. Dimanche 29 avril à 15 h, à la Maison symphonique de Montréal. Matinées scolaires les 30 avril et 1er mai au théâtre Outremont (complet).

Lorenzo Coppola. L’espiègle et brillant clarinettiste Lorenzo Coppola revient chez Arion. Il oeuvrera cette fois en tant que chef dans un programme intitulé Du sérieux et du comique chez Mozart et Haydn. La soirée comprend trois airs de Mozart chantés par Andréanne Brisson-Paquin, la Symphonie no 76 de Haydn et le 3e Concerto pour cor de Mozart, dans lequel nous retrouverons le corniste québécois Pierre-Antoine Tremblay, qui oeuvre dans les plus grands ensembles européens. Mardi 1er mai à 19 h, vendredi 4 mai à 20 h, samedi 5 mai à 16 h, dimanche 6 mai à 14 h, à la salle Bourgie.

Hockey noir, l’opéra

Oeuvre d’André Ristic sur un livret de Cecil Castellucci. Illustrations : Kimberlyn Porter. Avec Pascale Beaudin, Marie-Annick Béliveau, Michiel Schrey, Pierre-Étienne Bergeron, l’ECM +. Direction : Véronique Lacroix. Mise en scène : Marie-Josée Chartier. Scénographie et costumes : Cheryl Lalonde. Éclairages : Martin Sirois. Design de projections : Serge Maheu. Les jeudi 3 et vendredi 4 mai à 19 h 30 au Monument-National.