Au dépanneur avec Dave Chose

Les pièces de ce premier disque de Bilodeau, de son vrai nom de famille, naviguent entre folk, rock et grunge.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Les pièces de ce premier disque de Bilodeau, de son vrai nom de famille, naviguent entre folk, rock et grunge.

On entre dans l’univers musical du musicien Dave Chose comme on entre dans son dépanneur du coin. Il s’y brasse toutes sortes d’histoires croches, on y trouve de quoi boire, fumer et manger, et surtout on se sent un peu à la maison.

De son vrai nom de famille Bilodeau, Dave Chose, 26 ans, joue de la musique depuis longtemps mais n’a émergé du lot qu’il y a quelques mois. Étudiant en cinéma, membre d’un groupe folk-punk drôlement nommé Faudrait faire la vaisselle, il a séduit l’étiquette Bonsound (Milk Bone, Geoffroy, Les Deuxluxes) avec sa plume terre à terre et sa voix grave et vibrante.

Voici Dave Chose avec en poche un premier disque qui porte son nom, et dont les pièces plutôt chargées naviguent entre folk, rock et grunge. Elles révèlent un homme simple mais à fleur de peau, nostalgique de son enfance, et dont le parcours oscille entre la crise d’angoisse et l’amour-passion.

Ouvrons la porte de son album-dépanneur, bruit de clochette en prime, ding-e-ling. On y trouve de la bière 0,5 %, des Benson Gold, du thé glacé et de l’Orangina, de la pizza congelée, un briquet rose et même le livreur qui nous apporte tout ça.

Un esprit de communauté

« Le dépanneur c’est mon safe space ! rigole Dave Chose, déposant ses lunettes fumées en forme de coeur sur la table. »

Je suis quelqu’un de ben nostalgique dans la vie, et j’ai ben de la misère à me détacher de mon passé, de mon enfance, d’où je viens, de ce que j’ai vécu. Et le dépanneur, ça me rappelle beaucoup chez nous, mon village.

Si Bilodeau est né à L’Ascension-de-Notre-Seigneur, au Lac-Saint-Jean, il a passé les dernières années de sa vie dans le quartier montréalais Hochelaga-Maisonneuve, haut lieu du petit commerce alimentaire haut en couleur.
 

« Avec la madame qui se souvient de mon paquet de cigarettes et qui m’appelle par mon nom, c’est quelque chose de très rassurant finalement, dit le musicien. Il y a un esprit de communauté, et il y a une fragilité et une vulnérabilité chez ces beaux maganés qui me touchent énormément et qui m’inspirent de facto. »

En ce sens, côté paroles, Dave Chose fait penser à Louis-Philippe Gingras — qui signe d’ailleurs les arrangements de cordes du disque —, à Philippe Brach ou à Dédé Fortin. Souvent, l’objet banal côtoie l’émotion brute, avec une pointe d’humour. Comme dans Pizza congelée, par exemple : « Pizza congelée, s’te plaît / Fais-moé du bien / Amène-moé que’que part / Où je sentirai pu’ rien / Amène-moé que’que part / Où mes erreurs prennent fin / Amène-moé que’que part / Où ma démence s’éteint. »

« C’est ben deep, mais à la base, ça me fait rire quand même d’appeler une toune Pizza congelée, dit Dave Chose en souriant. Mais c’est une prière finalement. Et ce que je trouve intéressant de ma génération en ce moment, c’est qu’on ne sait plus trop à quoi se rattacher pour se recueillir. Quand j’étais petit, mon père me disait qu’il faisait son Je vous salue Marie avant de se coucher. Moi j’ai pas souvenir d’avoir fait ça. Et bizarrement, le genre de chose comme la pizza congelée, ça prend cette place-là dans ma vie. »

En équipe

Ce premier disque de Dave Chose n’est pas tissé d’un mince fil musical. L’oreille en a pour son argent, les pièces flirtant avec une large palette sonore, cumulant souvent plusieurs couches au fil des mesures. On peut y entendre le travail des deux musiciens et réalisateurs Nicolas Beaudoin et Benoît Bouchard, de Jonathan Bigras et d’invités comme Vincent Réhel, Alex McMahon et Dany Placard.

« C’est quand même un trip de mélomanes, cet album-là, dit le guitariste et pianiste. Et le côté folk a pris plus le bord que ce à quoi je m’attendais. »

Il donne l’exemple de la pièce Le grand départ, qui débute avec une ligne de guitare acoustique mais où les instruments s’invitent dans un grand crescendo que ne renierait pas un Louis-Jean Cormier. « On s’est payé des trips, pareil. C’est une toast avec ben du beurre de pinotte dessus, et même de la confiture, et même des petits bleuets et des petites bananes, rigole Chose. Je leur faisais confiance, mais ça me faisait peur un peu au début, parce que je n’avais jamais emprunté ces trails-là. »

Autre instrument et pas le moindre : sa voix, qui même dans le calme d’un café de la rue Ontario vibre dans l’espace. Sur le disque, Dave Chose la laisse traîner un peu, en harmonie avec son vocabulaire parlé.

« Au départ, quand j’ai commencé à chanter, je trouvais ça intimidant. Et un moment donné, tu arrives à te faire confiance. Et finalement tu comprends comment gérer et travailler cet instrument-là, mais il y a toujours une part de moi qui veut que ça reste quelque chose de très naturel, dans une volonté d’être moi-même. »

Si on lui avait dit il y a cinq ans qu’il arriverait à l’endroit où il est rendu en ce moment, Dave Chose aurait éclaté de rire. « C’est pas que je ne voulais pas faire ça, c’est que je ne pensais pas être capable, en fait. »

Ah bon ? Son talon d’Achille, c’était la scène, avoue-t-il. Pas capable d’y monter, étouffé par la peur. Et ce n’est que récemment, avec son ancien groupe, qu’il a surmonté ses craintes.

« Mais là, c’est comme une maladie, j’en ai besoin sans bon sens. On devient accro très rapidement, c’est un peu l’héroïne du monde artistique, on dirait. » Ça, par contre, ça ne se trouve pas au dépanneur. Quoique.

Le musicien au dépanneur

Ta bière habituelle ?

Quand j’ai déménagé dans Hochelaga, c’était la Vieux-Montréal, j’étais ben content de découvrir ça. Puis je suis revenu à la Pabst, avant de switcher à la Pilsner. Là, ces temps-ci, y’a la Miller qui vient de sortir, « The Champagne of Beers ». C’est le même prix que la Pabst et on dirait qu’on se fait accroire qu’elle est moins pire !

Quelle pizza congelée tu choisis ? J’aime bien la Ristorante, au « pollo ». Oui c’est au poulet, mais c’est écrit « pollo » sur la boîte !

Tu es plus Coke ou Sprite ? Hmm, plus Crush aux fraises. Je niaise pas, j’aime beaucoup ça, mais encore là c’est très enfant, très nostalgique comme désir.