Les Marmottes aplaties, des punks toujours sympathiques

Au-delà de leur nom absurde, Les Marmottes aplaties ont représenté une zone de liberté et de défoulement positif, pleine d’ironie.
Photo: Les Marmottes aplaties Au-delà de leur nom absurde, Les Marmottes aplaties ont représenté une zone de liberté et de défoulement positif, pleine d’ironie.

Écrasé officiellement sur le bord de l’autoroute du show-business en 2004, le groupe punk-rock québécois Les Marmottes aplaties semble avoir un faible pour la résurrection. Après être remontés sur scène en 2012 aux FrancoFolies, les colorés et décalés musiciens profitent du Record Store Day pour raviver une nouvelle fois les souvenirs fébriles d’adolescents devenus grisonnants en rééditant leurs trois albums en format vinyle.

Cette renaissance s’est entamée sur Facebook, où le guitariste Bruno Lamoureux, frappé « d’une bulle au cerveau », a publié sur la page du groupe un statut où il allait à la pêche. « Juste de même : est-ce que quelqu’un qui possède un label serait game de faire un reissue des disques des Marmottes ? » disait la note, qui citait ensuite une série de maisons de disques.

« C’était pensé spontanément, ce n’était pas prémédité », assure Lamoureux, graphiste de son métier actuel. « Et une couple de jours plus tard, Eli Bissonnette, de Dare to Care, nous a contactés pour nous dire qu’il voulait le faire ! J’étais content. »

Au-delà de leur nom absurde, Les Marmottes aplaties ont représenté — et semblent représenter encore pour leurs fans d’antan — une zone de liberté et de défoulement positif, pleine d’ironie trempée dans une agressivité quasi cinématographique. Le groupe, formé initialement de Bruno Lamoureux, Martin Lussier et Dany Beauregard, a lancé trois disques : le juvénile 1001 chansons pour agrémenter vos repas (1996), le mieux foutu Épisode sanglant (1999) et le bien ficelé Décadents (2002).

Photo: Roxane Arsenault Les Marmottes aplaties

« Il y a une magie qui reste de ce groupe-là, de cette époque-là », témoigne Félix B. Desfossés, journaliste spécialisé en histoire de la musique. « C’est peut-être une espèce de naïveté baveuse, c’est drôle à dire comme ça, mais c’est comme si avec les Marmottes on pouvait rire de tout sans que ce soit vraiment méchant. C’était tellement sympathique. »

Patrice Caron, vétéran de la scène musicale québécoise alternative, se souvient d’avoir écouté la première cassette — oui, oui — du groupe à la radio communautaire montréalaise CIBL, où il avait une émission consacrée à la musique underground. Il se souvient que Les Marmottes aplaties détonnaient dans le punk de l’époque. « Parce qu’ils n’étaient pas politiques pour deux cennes, ça faisait changement un peu », dit celui qui est responsable du GAMIQ et de la plateforme Papineau. « À l’époque, c’était beaucoup de la musique le poing levé, un peu fâchée, et eux sont arrivés avec une autre attitude. »

Bruno Lamoureux explique qu’il écoutait beaucoup de ces groupes engagés, et que s’il avait lui-même ses opinions, il ne se trouvait pas crédible pour revendiquer.

On faisait ça pour le fun. Et au début, on se faisait tellement dire qu’on n’était pas bons et que c’était n’importe quoi, qu’on a pris cette avenue-là et on l’a poussée à fond

Le musicien se rappelle une entrevue avec le journaliste Patrick Marsolais à Musique Plus, qui leur avait dit que c’était la première fois qu’il rencontrait un band qui disait lui-même qu’il était poche. « Il ne savait pas comment dealer avec ça. Il trouvait ça drôle, mais ça le déstabilisait. Pour nous, ça faisait juste alimenter toute la patente, c’était drôle. »

Dénominateur commun

Après des débuts plutôt confidentiels, Les Marmottes aplaties ont laissé des traces indélébiles dans plusieurs coeurs avec des titres forts comme Détruire, Bagnole, Boîte à lunch, Gagner et Caroline. « Quand je suis DJ, je fais encore jouer Gagner, c’est une de leurs meilleures chansons », ajoute Patrice Caron. Musique Plus a aussi aidé à faire connaître le groupe, en diffusant abondamment le clip de Détruire.

« Les Marmottes aplaties, ç’a été une espèce de dénominateur commun dans la jeunesse de bien du monde au Québec », croit Félix B. Desfossés, auteur du livre L’évolution du métal québécois, qui se souvient d’avoir vu le groupe en spectacle. « Oui, aujourd’hui, il y a de la nostalgie là-dedans, mais il faut aussi se rendre compte à quel point ç’a été des pionniers importants, finalement, dans notre industrie musicale, au même titre que Caféine, Les Secrétaires volantes et autres WD-40. »

Pour Desfossés, le groupe a d’ailleurs ouvert la voie aux Trois accords et à leur rock positif et humoristique. « Bagnole, quant à moi, c’est du Trois Accords quelques années avant le temps. Et quand Les Trois Accords sont arrivés, l’industrie était davantage prête à accueillir un groupe comme ça. »

Rééditions et numérique

Les trois disques des Marmottes ont donc été pressés en format vinyle, à 500 copies chacun, et seront disponibles dès samedi dans quelques disquaires indépendants. Un quatrième album numérique, intitulé Difficultés techniques, est aussi lancé. Il comprend de vieux morceaux inédits, des pistes live et des titres de démos rares, le tout accompagné d’un fanzine.

En 2004, quand le groupe a cessé ses activités en raison d’un conflit d’affaires avec sa maison de disque, les membres des Marmottes ont pu racheter les droits de l’ensemble de leurs chansons, ce qui permet aujourd’hui ces rééditions.

Depuis quelque temps, les disques étaient disponibles sur la plateforme numérique Bandcamp, mais la diffusion s’arrêtait là. « C’était pas dans la grosse machine de Apple, Spotify, Deezer, et tout ça, résume Bruno Lamoureux. Donc, là, tout est accessible dans ce réseau-là, et c’est super. C’est plate d’avoir un projet musical, artistique, et qu’à un moment donné ça disparaît complètement de la carte. »

Et avec l’équipe de Dare to Care, Les Marmottes aplaties profiteront aussi d’un travail pour l’édition, histoire, pourquoi pas, de placer une chanson dans une publicité ou un film. D’ailleurs, le court métrage Mutants, d’Alexandre Dostie, qui utilise la pièce Détruire, a été primé l’année dernière au gala des prix Écrans canadiens.

« C’est flatteur, 15 ans plus tard, de voir un réalisateur underground qui veut utiliser ta musique, dit Bruno Lamoureux. Avec le recul, on se rend compte qu’il n’y a pas eu beaucoup d’autres groupes qui ressemblaient aux Marmottes, et qu’on fait partie du paysage musical alternatif québécois. »

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