Demi-finales des 22es Francouvertes, soir 1: cocktails musicaux

Le choc des univers musicaux a peut-être profité au duo punk CRABE qui clôturait la soirée.
Photo: Jean-François Leblanc Le choc des univers musicaux a peut-être profité au duo punk CRABE qui clôturait la soirée.

Pas plein le Lion d’Or hier soir, mais applaudissons tout de même les assoiffés de découvertes musicales qui ont fait honneur aux trois premiers demi-finalistes de ces 22es Francouvertes. Car après le vent, la pluie et le verglas, ça prenait de valeureux mélomanes pour se risquer à mettre le nez dehors. Le courage du public-jury, dont le vote, rappelons-le, compte pour la moitié de la note totale allouée au palmarès, fut récompensé par une affiche savoureuse : le rap clownesque de Jay Scøtt et Smitty Bacalley, la chanson rock profonde de Laura Babin et le art-punk dadaïste du duo CRABE. Goûtons.

Passée la mise en bouche servie par l’ex-concurrente Rosie Valland, qui foulait la scène après un an de silence pour nous présenter trois nouvelles compositions, les rappeurs débonnaires ont les premiers pris la scène d’assaut. Des trois formations, Scøtt et Bacalley, accompagnés de leurs complices ST (au micro lui aussi) et LIAM (aux commandes des instrumentaux), paraissait la moins expérimentée, la plus nerveuse aussi, l’un n’allant probablement pas sans l’autre.

Or, le côté joyeusement brouillon de leur tour de scène (dangereux à l’occasion, quand Bacalley a failli se fendre la gueule sur un moniteur après avoir trébuché sur un pied de micro !), semblait presque dans le ton de leur rap gavé d’humour. Surtout, leur esprit léger ne rime pas forcément avec un texte facile – débile, ça oui, comme dans Problèmes, tiré de l’improbable et grivois album de Noël de leur projet Les drogues fortes.

On sentait le travail d’écriture dans la logorrhée de syllabes décochées frénétiquement par Smitty Bacalley, le MC le plus habile de la soirée. Même leurs « instrus » se démarquent : s’inscrivant dans les tendances de l’heure, ils colorent leurs musiques trap pour l’extirper des atmosphères souvent glauques qu’elles véhiculent, et s’aventurent aussi du côté du house et du dancehall. La formule fait mouche puisque la dernière chanson qu’ils nous ont offerte, Personne, trône en ce moment au sommet du palmarès francophone de CISM 89,3FM.

Laura Babin nous a ensuite ramenés sur terre. Sobrement accompagnée d’un batteur et d’un bassiste (tous deux impeccables), la Rimouskoise a, sauf erreur, fait le pari d’offrir majoritairement des chansons nouvelles. L’assurance tranquille, Laura Babin. Deux mini-albums derrière elle (Tranquillement, 2014, et Water Buffalo, 2016), plusieurs concerts, un univers poétique qui marie la tradition chansonnière au rock anglo-saxon, avec une touche de sophistication dans son jeu de guitare étudié. Une voix qui nous happe, aussi, surtout lorsqu’elle déploie sa force dans un registre plus aigu. Capable de sortir des refrains pop et des riffs de guitares fracassants, puis de nous entraîner dans un spleen plus précieux. Le répertoire présenté hier n’était pas d’égale qualité, certaines mélodies nous semblant moins mémorables, mais la prestation avait du charisme.

Le choc des univers musicaux a peut-être profité au duo punk CRABE qui clôturait la soirée. Lui bénéficiait d’une expérience certaine : dix ans de métier, une poignée d’albums et de mini-albums (le plus récent, Le Temps F33L, lancé en 2016), et cette étrange manière de donner corps au punk, à coup de changements de tempo et d’effets de pédales à guitare.

Puis il y a les costumes de sorciers du Dollarama, la bande sonore en introduction pastichant un message vidéo de la nébuleuse de hackers Anonymous… « J’espère que vous avez aimé notre petite présentation très cégep en spectacle », badinait le chanteur et guitariste Mertin Höek, côté cour. À l’autre extrémité de la scène, le batteur Gabriel Lapierre, son jeu brut et nerveux et ses effets sonores aléatoires.

Ça bûchait, mesdames et messieurs, et c’est exactement ce dont nous avions besoin, transis que nous étions toujours par cette vilaine humidité hivernale. Viscéral et absurde, avec des titres de chansons comme Le Sydney pastel comme un schéma (de l’album Anti-vague, 2014), de petites déflagrations rock qui décongèlent comme une minute dans le micro-ondes. Verdict du public et du jury spécialisé : c’est bel et bien CRABE qui détient la position de tête du palmarès préliminaire, suivi de Laura Babin, puis de Jay Scøtt et Smitty Bacalley.

Pluie, pas pluie, on retourne ce soir au Lion d’Or pour la deuxième demi-finale. Au programme, les concerts de Lou-Adriane Cassidy, Gabriel Bouchard et Sam Faye et D-Track.