«Volume un»: dans le beau laboratoire d’O.G.B.

Dire que O.G.B. est un projet de cégep serait réducteur (mais pas faux). C’est surtout, pour ces apprentis professionnels de la musique, un sacré beau laboratoire. Musical, d’abord.
Photo: Frédéric Carle-Landry Dire que O.G.B. est un projet de cégep serait réducteur (mais pas faux). C’est surtout, pour ces apprentis professionnels de la musique, un sacré beau laboratoire. Musical, d’abord.

Oui, il fait gris et froid et moche, mais au moins, ça sent le printemps sur la scène musicale montréalaise. Humez donc le parfum de ces jeunes pousses perçant le sol, tirées vers le haut par l’espoir et la créativité ! Au nombre de premiers albums paraissant ces jours-ci, ajoutons celui d’O.G.B., jeune collectif hip-hop/jazz formé par des étudiants du programme musique du cégep Saint-Laurent — certains chauffent encore les bancs de l’établissement. Spécialisés en musique jazz et musique classique, ils sont unis par leur passion commune pour le hip-hop ; posons l’oreille sur le méritant Volume un, et les doigts sur le pouls d’une nouvelle génération de compositeurs et instrumentistes nourrie au rap.

Apparu fin mars sur Bandcamp, Volume un succède à un premier mini-album (Original Gros Bonnet) offert en février 2017, « un an après avoir donné nos premiers concerts », précise Vincent « GreenPiece » Favreau, claviériste. Le cadet du groupe : il vient d’avoir 21 ans et termine son DEC à Saint-Laurent, « où on nous apprend à jouer de tout. C’est un tremplin vers l’université, mais surtout une bonne place pour rencontrer des musiciens de bon niveau, puis tisser des liens ».

Dire que O.G.B. est un projet de cégep serait réducteur (mais pas faux). C’est surtout, pour ces apprentis professionnels de la musique, un sacré beau laboratoire. Musical, d’abord : « Tous, dans le groupe, sont des beatmakers », insiste le batteur Louis René, arrivé en retard au café où nous retrouvaient Vincent (le pianiste, pas Vincent Bolduc-Boulianne, bassiste, retenu le jour de l’entrevue), Samuel « Sambé » Brais-Germain (programmation/électronique) et le MC François Marceau, qui pilote en parallèle un projet avec Sambé sous le nom Franky Fade. Ne manquaient donc que l’autre Vincent, Arnaud Castonguay le saxophoniste, qui aime bien citer Coltrane dans ses solos, et John Henry Angrignon Atkins, dont les guitares embellissent si justement les dix nouvelles compositions de Volume un.

Tous des beatmakers, donc, ayant appris en dilettante les secrets des instruments numériques tout en traversant leur formation, en jazz et, dans le cas de Sambé et du bassiste, en musique classique. « On a tous une base de jazz. C’est notre grammaire », dit Louis. Sam enchaîne : « Tous écoutent du hip-hop, mais peu décident d’en jouer. En dehors de mes amis musiciens, je la sens aussi, cette vague rap, qui va jusqu’à teinter plein d’autres sortes de musique. Plus généralement, je sens un gros retour du groove, celui du jazz comme celui de la soul et du R B. » Les collègues opinent.

Profondément inspiré par la démarche du saxophoniste californien Kamasi Washington, du multi-instrumentiste et MC Terrace Martin et de Kendrick Lamar, O.G.B. a repoussé la notion du jam band pour explorer à sa manière ces frontières floues entre tout ce qui groove. Sur Pojanti, les accords de piano jazz viennent se fracasser sur un mur de basses trap ; sur Rebondir, le piano cubain s’assoit sur une rythmique rap chevauchée par la prosodie allègre de Franky Fade et du collaborateur FouKi. Sur l’enfumée Mind Ya, la rythmique hip-hop étouffée prend une couleur presque dub, formant un écrin moelleux pour le chant agile de K8A, « une amie du cégep », formée, elle, au chant jazz. Avec son envolée de choeurs, la finale de la très « West Coast » Heat fait un clin d’oeil à Harmony of Difference, le plus récent EP de Kamasi Washington qui, oh joie ! a annoncé plus tôt cette semaine la sortie en juin de son prochain album double, Heaven and Earth.


« Il y a un côté “faire de la musique pour la musique” à notre travail », dit le parolier Franky Fade, reconnaissant que O.G.B. reprenne à son compte les codes du rap et du jazz sans oser aborder les revendications que ces mouvements ont portées et portent encore : « On est issu d’un milieu qui ne connaît pas le sens de leur lutte. Je me sentirais mal d’être en train de faire de la revendication. On offre tout notre appui [aux rappeurs et jazzmen engagés], tout notre respect. Nous reconnaissons que nous abordons des styles afro-américains, et que c’est une chance qu’on a de pouvoir diffuser, à notre manière, cette musique-là. »

Cette manière, ils la décrivent comme « fraîche, accessible et colorée », à l’image de l’énergie d’un autre collectif rap, Brockhampton. « Ils ont eu une grosse influence sur notre manière de composer, avance Vincent. Y’a une étincelle chez eux, quelque chose qui attire l’attention, et surtout un bel esprit d’équipe, une belle collectivité dans l’assemblage de musiciens, compositeur, rappeurs, artistes visuels. Ça tient à leur approche très fraîche, percutante et efficace. Il y a beaucoup de personnalité dans leur son et aussi, ils rendent accessibles des éléments de compositions plus étranges — des progressions d’accords, par exemple —, comme on essaie de faire. »

O.G.B lancera sur scène Volume un samedi soir, au Ministère, 4521, boulevard Saint-Laurent.