Les heureuses décisions de Kent Nagano

Le maestro Nagano a notamment radicalement changé la disposition de ses musiciens pour ce Bruckner.
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Le maestro Nagano a notamment radicalement changé la disposition de ses musiciens pour ce Bruckner.

Pour ce concert, qui sera présenté vendredi à Toronto et repris samedi à Montréal, le fait majeur se signalait à l’attention des spectateurs avant même l’émission de la moindre note.

La disposition de l’orchestre sur scène avait radicalement changé, avec les contrebasses massées à gauche, les violoncelles dans leur axe et les cors déportés à droite. Ces questions de placement ne tiennent pas du pinaillage, car l’acoustique de la Maison symphonique est paresseuse dans les graves et l’édifice sonore brucknérien s’arc-boute sur les soubassements sonores. La construction harmonique obtenue grâce au rendement acoustique supérieur des contrebasses aurait été impossible dans la configuration habituelle et a servi grandement l’interprétation.

Chanter la musique

Le contraste avec la 7e Symphonie de Bruckner présentée en 2008 est frappant dès la manière de phraser le début de l’oeuvre. Kent Nagano a trouvé (un enregistrement réalisé à Munich en 2010 en témoigne) la manière de faire chanter les phrases de cette symphonie lyrique. Les deux premiers mouvements sont ainsi passés de 23 min-23 min 45 en 2008 à Wilfrid-Pelletier à 20 min 16-22 min 11 mercredi, et cela change tout.

Le Bruckner de mercredi cumulait un bel équilibre polyphonique, un engagement des cordes et une qualité remarquable des pupitres de cors (un massif groupe de « Tuben » wagnériens) et trombones, avec des dosages très justes.

Les résultats furent plus inégaux en matière de cohérence et de constance structurelles. Impeccable dans le mouvement lent et le Scherzo, la cohérence ne fut, hélas, pas totale dans les volets extrêmes car le retour au tempo de base perdait progressivement en intensité, enlisant l’avancée des mouvements.

En rentrant davantage encore dans le détail se posaient parfois des questions de construction dans la balance sonore. Ainsi la coda du 1er mouvement se construit sur une croissance à partir des basses et s’éclaire petit à petit. Or, la première chose qui émergeait dans la gradation était la trompette. Il faut dire que, placées au milieu devant le mur de la galerie, les trompettes, déjà peu discrètes dans la balance habituellement, ressortaient encore plus.

En première partie, l’exceptionnel violoniste Christian Tetzlaff jouait le Concerto pour violon de Berg. Était-il raisonnable de faire venir ce génie au faîte de son art en première partie d’un concert dont une symphonie de plus d’une heure semblait avoir concentré toute l’attention ? Le concerto fut à deux vitesses entre un soliste infiniment subtil et aérien et un orchestre balourd, épais, avec des nuances remontées d’un ou deux crans.

Enfin seul, Tetzlaff a livré toute l’étendue de son art dans l’extrait de la 1re Partita de Bach à la pulsation ailée et aux nuances inouïes.

Kent Nagano dirige Bruckner

Berg : Concerto à la mémoire d’un ange. Bruckner : Symphonie n° 7. Christian Tetzlaff (violon), Orchestre symphonique de Montréal, Kent Nagano. Maison symphonique de Montréal, le mercredi 11 avril 2018. Reprise samedi à 20 h.