À la rencontre de «M. Chandler»

«M. Chandler», par M. Chandler: cet album pas ordinaire, expérience pareille à nulle autre, ne peut pas se résumer à une simple collaboration entre Ian Kelly et le Magneto Trio. Ça ne peut pas non plus exister sous la signature Magneto Trio featuring Ian Kelly.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir «M. Chandler», par M. Chandler: cet album pas ordinaire, expérience pareille à nulle autre, ne peut pas se résumer à une simple collaboration entre Ian Kelly et le Magneto Trio. Ça ne peut pas non plus exister sous la signature Magneto Trio featuring Ian Kelly.

« T'as même pas posé LA question, j’avoue que je suis un peu déçu… » se lamente Rick Haworth, non moins pince-sans-rire parce qu’il est as guitariste. « J’avais la réponse toute prête. » Ah ben oui, c’est vrai. Le nom. Pourquoi M. Chandler ? « Tu veux la vraie réponse ou la réponse du jour ? » Mario Légaré, Sylvain Clavette, Rick et Ian Kelly pouffent d’un grand rire groupé dans la loge de la salle Jean-Pierre-Houde du centre culturel Vanier, à Châteauguay. Je comprends que c’est un nom surgi de nulle part et qu’à chaque entrevue, Rick a pour ambition d’inventer une anecdote extravagante quant à son origine.

M. Chandler, par M. Chandler. Cet album pas ordinaire, expérience pareille à nulle autre, ne peut pas se résumer à une simple collaboration entre Ian Kelly et le Magneto Trio. Ça ne peut pas non plus exister sous la signature Magneto Trio featuring Ian Kelly, d’autant que les textes d’Ian Kelly sont tous en français — une première pour lui. Ce disque est une création sans équivalent, un nouvel être vivant, qui méritait un nom en soi. Pourquoi M. Chandler ? Pourquoi pas !

Rick dénonce Ian : « C’est lui le coupable ! » Ian Kelly rigole sous sa casquette : « On était à Sainte-Thérèse pour une présentation de programmation. Deux chansons par artiste, pour donner une idée. J’étais en coulisse quand le tour du Magneto Trio est venu. Je me suis mis à chanter sur leur musique instrumentale. Spontanément. » Mario Légaré en place une de son cru : « C’est ça, dis donc qu’il manquait de quoi ! »

Vétérans excités comme des enfants

Franche rigolade. On a cette drôle d’impression d’avoir affaire en même temps à des vétérans et à un groupe de grands enfants surexcités. Les six albums de Kelly, les deux Magneto, sans compter la pleine rangée de discothèque que rempliraient les joyeux travaux de messieurs Légaré, Haworth et Clavette, ensemble, séparément et au service d’autrui (d’Octobre au Flybin Band de Michel Rivard), ça fait beaucoup de musique. Et pourtant, rien de semblable n’avait été tenté par aucun de ces boulimiques.

« Au début, je pensais chanter des mélodies sur vos tounes existantes, avoue Ian aux compères, qui s’en étonnent. Une fois qu’ils sont arrivés avec leur stock dans mon studio à Morin-Heights, Rick a dit : “J’ai un riff…” et c’est parti de là. » Le Rick en question sourit, goguenard : « Le premier jour, y a trois tounes qui sont sorties… » Mario : « Ça a été presque instantané. » Sylvain : « Nous autres, on a jammé comme on jamme, Ian s’est greffé tout naturellement… »

Et M. Chandler s’est mis à exister. « En quatre rencontres, on avait quinze chansons », calcule Ian. « C’est le projet le moins prémédité de ma vie », se réjouit Rick Haworth. S’il aime jouer, trouver des riffs et des sons de guitare, se réécouter l’embête. Mario et Sylvain sont pareils, et Ian aussi : à leur degré d’expertise, ils trouvent leur bonheur dans ce qui se passe en jouant. « Je pense qu’on est meilleurs quand on pense pas trop », déduit Mario. Sylvain : « Quand on joue, entre Mario et moi, c’est quasiment de la télépathie. Mieux que ça : on devine là où l’autre va aller. »

Pour Ian, l’aventure a commencé vingt ans plus tôt. « Quand j’étais le gars de ménage au Spectrum et qu’il y avait les enregistrements de l’émission Studio TV5, vous étiez le house band. Je cirais le plancher pendant que vous répétiez, et je vous écoutais, vous aviez déjà votre souplesse, votre manière de jouer ensemble, de créer des ambiances. » Le mot est lâché : ambiances. « C’est vraiment ça le trip du Magneto Trio, souligne Rick. On s’est donné le droit de planer comme on aime. Et là, on a voulu voir si ça pouvait donner des chansons. »

Des accompagnateurs n’accompagnant pas

N’y avait-il pas le risque de redevenir des accompagnateurs dès qu’Ian s’en mêlerait ? « Fallait en être conscients, acquiesce Rick. La tendance à glisser dans notre peau de sidemans est tellement forte ! » Quand on écoute, on mesure : tout le défi consistait à résister à la flybinisation du Magneto Trio. « Avec Ian, de préciser Sylvain, notre travail c’était justement de rester en avant avec lui. Glisser dans le rôle de sidemans, c’est notre zone de confort, et notre intention avec M. Chandler, c’est assumer notre position. » Rick renchérit : « Le pire, c’est prendre la pose pour les sessions de photos, c’est comme un toucher de la prostate. » Tout le monde rit très fort. « Je n’en suis pas encore là », nuance Ian. « T’es ben chanceux », lui lance Mario.

Dans le livret, le dessin du personnage de Mr. Chandler fait très Humpty Dumpty, mais en caleçon blanc. Ce n’est pas un hasard. « Ça va être beau en T-shirt », s’exclame Rick. Ian en rajoute : « C’est avec le merch [les produits dérivés] qu’on va faire de l’argent ! » Fou rire collectif, les gars s’écroulent les uns sur les autres. Mario porte le coup de grâce : « On est comme les Grateful Dead et on n’a même pas besoin de drogue… »

 

M. Chandler - Vieillir à mort

M. Chandler

M. Chandler, Sunset Hill / Outside