Englabörn & Variations, Jóhann Jóhannsson

Voilà un chant du cygne d’une beauté douloureuse. Peu avant sa mort subite, le 9 février dernier, le compositeur islandais Jóhann Jóhannsson avait achevé une relecture de son tout premier album, Englabörn (2002) — un versant approfondi de sa musique composée pour la pièce de théâtre du même nom de Hávar Sigurjónsson. Sur ce nouvel album double figurent les pièces originales rematricées et 11 réinterprétations d’artistes choisis et guidés par Jóhannsson, dont l’ensemble Theater of Voices (superbe Ég heyrði allt án þess að hlusta), le pianiste Víkingur Ólafsson et le duo A Winged Victory for the Sullen. Ces Variations forment un univers plus ample, plus aérien qui adoucit le tragique si minutieux de Jóhannsson, sans toutefois dénaturer ses paradoxes. Il faut écouter ceci comme un legs : Jóhannsson savait opposer, avec une clairvoyance exceptionnelle, ce qui fait l’inquiétude et l’espérance. Comme un orage qui gronderait sans éclater, sachant que la beauté se cache dans ses épais replis — et que nous le savons. Pareil talent nous manquera.

 

Ryuichi Sakamoto Rework - Jói & Karen

Englabörn & Variations

★★★★
Classique expérimental

Jóhann Jóhannsson, Deutsche Grammophon