Michel Sénéchal, le ténor de caractère, s’éteint

Michel Sénéchal lors de son passage à Montréal en 2013, invité par l’Institut canadien d’art vocal
Photo: Pedro Ruiz Le Devoir Michel Sénéchal lors de son passage à Montréal en 2013, invité par l’Institut canadien d’art vocal

Le ténor Michel Sénéchal, décédé dimanche à Eaubonne à l’âge de 91 ans, était une légende du chant français.

Michel Sénéchal sera pour l’éternité le chanteur qui a ressuscité le rôle de Platée, la grenouille de l’opéra éponyme de Jean-Philippe Rameau. C’était en 1956 au Festival d’Aix-en-Provence à la demande de son directeur, Gabriel Dussurget, et le ténor en avait parlé au Devoir en 2013 lorsqu’il était venu à Montréal partager son expérience à l’Institut canadien d’art vocal.

« Quand Dussurget a voulu monter Platée, il n’y avait pratiquement personne capable de chanter un ouvrage si difficile. Je me suis mis tout de suite au travail, mais la grande chef de chant Irène Aïtoff, qui m’avait pris en main, avait dit à Dussurget : “C’est trop difficile, il n’y arrivera pas.” Piqué au vif, je me suis dit : “Vous allez voir ce que vous allez voir.” J’ai travaillé Platée pendant un an : voilà mon secret. Et j’y suis arrivé ! »

Dussurget, le chef d’orchestre Hans Rosbaud et Michel Sénéchal firent revivre cet opéra. Ce fut un événement si marquant qu’il amena la résurrection de Rameau et de l’opéra baroque français. La renommée de Sénéchal franchit les frontières. « Ensuite, j’ai eu la chance de beaucoup chanter avec Karajan, qui avait une grande sympathie pour moi. Karajan était un chef très aidant. Avec Rosbaud et Karajan, les chanteurs avaient la sensation d’être présentés au public sur un plateau », nous disait le ténor lors de cette entrevue.

Un personnage sur scène

Michel Sénéchal incarna le répertoire français, mais atteint un rayonnement international surtout dans des rôles dits « de caractère », des personnages souvent à dimension comique en raison de sa très forte présence scénique. Karajan le distribua en entremetteur Goro dans sa fameuse Madama Butterfly avec Freni et Pavarotti et lui fit chanter Basilio dans les Noces de Figaro. À New York, il était incontournable en Monsieur Triquet d’Eugène Onéguine. Au Met, il a aussi chanté Frantz des Contes d’Hoffmann.

Michel Sénéchal est aussi inoubliable dans L’heure espagnole et L’enfant et les sortilèges de Ravel (version Maazel DG) qu’en Ménélas dans La belle Hélène d’Offenbach face à Felicity Lott sur la scène du Châtelet et en DVD. Et, en la matière, « inoubliable », est un synonyme de référence insurpassée.

En parallèle de sa carrière sur les scènes du monde entier, Michel Sénéchal a toujours enseigné le chant. « J’avais le don et la passion de la pédagogie. J’ai été directeur de l’école de chant de l’Opéra de Paris pendant 14 ans », nous confiait celui qui avait créé avec le chef d’orchestre Georges Prêtre l’association L’Art du chant français, destinée à « Défendre et à promouvoir le patrimoine musical et lyrique français ».