Le groupe de musique Perdrix présente son premier album

Perdrix croit que tous les ingrédients de la gibelotte traditionnelle québécoise sont représentés dans son œuvre composite.
Photo: Marie-France Coallier Le Devoir Perdrix croit que tous les ingrédients de la gibelotte traditionnelle québécoise sont représentés dans son œuvre composite.

Ils sont six drôles d’oiseaux qui font, de manière totalement collaborative, de la musique humoristique difficile à catégoriser. Ça donne un joyeux mélange au sein duquel chaque chanson est un témoignage déjanté des absurdités du quotidien, sur fond de rock-prog-disco-garage. Rencontre avec le groupe Perdrix au lendemain de la sortie de son premier album, Rock poutine.

« Dans l’ère dans laquelle on vit, tout passe par le “meme”», analyse Agathe Dupéré, bassiste et l’une des trois chanteuses du sextuor hochelaguien Perdrix, lorsqu’on lui demande de quelle façon l’angle d’attaque que le groupe a choisi — des paroles décalées dans lesquelles la catharsis passe par les banalités du quotidien — peut avoir un pouvoir subversif. « Toutes les informations du monde sont véhiculées à travers l’humour Internet pour tourner à peu près tout en ridicule, poursuit la jeune musicienne. Nous, on veut prendre le chemin inverse : on passe par l’humour pour remettre certaines choses en question. »

Il est vrai que, de prime abord, les dix chansons pop-rock sur Rock poutine ne semblent pas aborder des sujets très existentiels : on y parle de constater l’insignifiance d’une fille qui se place quelque part « entre 8 et 12 sur l’échelle de Reitmans », de dire bye-bye à son hymen, de chercher une personne (homme, femme ou genre neutre) pour financer l’achat de graines de sésame ou encore de potentiels sentiments amoureux pour un zombie.

« L’humour nous laisse une certaine liberté dans ce qu’on fait, ajoute Mariève Harel-Michon, l’une des chanteuses. Dans Rengaines de fille moyenne, c’est vrai que les couplets ont l’air juste un peu niaiseux : une fille se trouve un peu laide, ordinaire. Mais derrière ça, ça parle d’un sentiment général qu’ont les gens de se trouver jamais assez… Ça part d’une certaine pression de performance. Avec Dans ta face, on aborde le tabou de la sexualité féminine. Ce qu’on fait est toujours dans un but de décomplexer… »

La proposition est séduisante, mais la voie de l’humour ne risque-t-elle pas d’être une prison ? C’est un risque, avouent les membres de Perdrix. « Mais on ne se laisse pas trop intimider par ça », précise Mariève Harel-Michon.

« On ne monte pas non plus aux barricades, renchérit Mélanie Harel-Michon, soeur de Mariève et également interprète. On le voit surtout comme une façon de déplacer un contexte. On explore des thématiques différemment. Il ne faut pas non plus trop le prendre au pied de la lettre ».

Guillaume Mansour, guitariste, établit un parallèle avec les Trois Accords, un groupe aujourd’hui respecté qui a d’abord été considéré comme « niaiseux » à ses débuts. « Quand tu te mets à écouter plus loin, tu te rends compte que c’est bien plus qu’un band de jokes. Dans notre cas, c’est peut-être la même malédiction, dans le sens où on est d’abord un band qui va faire rire. Mais il faut laisser le temps aux gens de se lancer dans l’écoute des chansons, de se rendre compte qu’en fait on parle de se faire “ghoster” par quelqu’un qui aime mal. Mais la première fois, effectivement, on entend juste une toune disco qui parle d’un mort-vivant. »

Rock gras

Le collectif, qui dit tout faire en complète et totale collaboration paritaire, applique cette omniprésence de l’allégorique à tous les détails de sa création. Jusque dans la pochette du disque, qui reproduit le visuel d’un napperon de casse-croûte, clin d’oeil à son titre alimentaire. « On aimait beaucoup l’analogie de la poutine, parce que c’est quelque chose de super simple à faire, dit Alexandre McGraw, guitariste. Il y a seulement trois ingrédients. Mais c’est facile de rater et de faire une mauvaise poutine ! »

Perdrix croit que tous les ingrédients de la gibelotte traditionnelle québécoise sont représentés dans son oeuvre composite. « On assume complètement notre côté cheesy, dans notre amour des refrains accrocheurs, précise Mansour. On a notre côté gras, sale et croquant : l’aspect très grunge et rock. Pis on a un côté très psychédélique, qui pourrait être la sauce, le liant dans tout ça. »

Cette métaphore culinaire, quoiqu’un peu absurde (c’est le style de la maison), fait étrangement beaucoup de sens, sortie des bouches des membres de Perdrix.

« À plusieurs reprises, on s’est fait dire que notre musique allait dans tous les sens, se rappelle Mansour. À un moment donné, quand on joue ensemble, ça donne ça : quelque chose de très disparate. On s’est dit qu’au lieu d’essayer d’être moins n’importe quoi, on l’a juste assumé. On est un ramassis d’affaires, pis c’est beau. »

Rock poutine

Perdrix, Indépendant