Sortir du paradigme du festival en été

Le chanteur Étienne Fletcher
Photo: Louis Laliberté Le chanteur Étienne Fletcher

Pendant quatre jours d’été à Baie-Saint-Paul, le petit mais bouillant festival Le Festif ! anime Charlevoix avec des dizaines de spectacles permettant aux gens du coin de découvrir plusieurs artistes. Et pour ne pas que ces braises soient complètement éteintes par l’hiver, l’événement organise pendant la saison froide un concours, le Cabaret Festif ! de la relève, dont la finale se tient samedi.

« Ce qu’on entendait beaucoup, c’est : “Pourquoi il n’y a pas un Festif ! l’été, l’hiver, à l’année ?” » dit Anne-Marie Dufour, cofondatrice du festival et coordonnatrice de son volet concours. « Évidemment, on ne peut pas tenir quatre festivals par année, mais le Cabaret nous permet de garder cette vibe de découverte vivante à l’année. »

En ce sens, le travail de la bande du Festif ! est à l’image de celui de plusieurs diffuseurs un peu partout au Québec, trop souvent restreints à la belle saison. « Par rapport à la culture, toutes les régions se posent cette question-là, tout le temps », assure Anne-Marie Dufour.

Chacun a sa réponse, ses tentatives, qu’elles passent par des ligues d’improvisation, des soirées thématiques ou des concours.

« Nous, c’est ce qu’on a trouvé pour l’instant, mais je te dirais qu’on se casse la tête à longueur d’année à ce sujet-là, dit Dufour. La réalité, c’est qu’en région, ce n’est pas vrai qu’on peut attirer 200 personnes chaque mercredi soir pour un spectacle. »

Laboratoire sur quatre soirs

Le Cabaret Festif ! de la relève, qui en est cette année à sa 8e édition, se déroule sur quatre soirs, trois pour la première ronde en plus d’un soir de finale. Et les organisateurs essaient d’aller un peu plus loin, en poussant de petits événements autour du concours, en fin de soirée par exemple. « Ça devient une mentalité, les gens savent que le Festif ! va leur amener des artistes nouveaux », explique Dufour.

Douze groupes ont profité des trois soirs de la première ronde pour se faire voir par le public local. Dans la salle, il y a des habitués du festival estival, mais aussi toutes sortes de personnes qui ont surtout en commun d’être des mélomanes. « C’est ma tante autant que le touriste, autant que le jeune du secondaire qui tripe et qui se développe des passions. C’est vraiment hétéroclite. »

Et dans le lot des concours musicaux québécois, le Cabaret Festif ! de la relève se démarque en tentant le moins possible d’en être un, ou du moins d’être le moins rigide possible. Anne-Marie Dufour croit que c’est souvent ce qui déplaît aux artistes dans ce genre d’événement.

« Il y a parfois des temps alloués, des structures précises, ou il faut que ce soit exactement les mêmes chansons jouées en qualifications et en finale, explique Dufour. Nous, on dit aux artistes qu’ils ont quatre chansons. Après ça, si elles durent 10 minutes ou 2 minutes, c’est libre à eux. S’ils veulent jouer de nouvelles chansons, ou amener de nouveaux musiciens, il n’y a vraiment pas de problème. On veut que ce soit un laboratoire. »

Tout de même, le Cabaret Festif ! offre de belles récompenses, en argent (un total de 15 000 $) et en offres de spectacles. « Mais l’artiste n’a pas à se le faire répéter sans cesse et à le ressentir quand il joue sur scène », d’ajouter Dufour.

La finale de samedi, qui rassemblera les formations Les Monsieurs, Natation, É-T-É et Étienne Fletcher, se déroulera à l’hôtel Le Germain. Les qualifications ont toutefois eu lieu à la Maison Otis, une auberge de Baie-Saint-Paul qui renaît cette année et qui loge une salle de spectacle dans son sous-sol.

Le retour de cette salle est une excellente nouvelle pour l’équipe du Festif ! et pour la scène culturelle de la région. « Ils ont accepté de tout faire pour que les travaux soient finis pour le Cabaret, c’est vraiment super. Et après ça, on va faire des spectacles là au Festif !. On ne va pas nécessairement s’occuper de la programmation de l’endroit, mais on va quand même le louer le plus souvent possible pour faire des shows. »