La poésie stellaire de «Svadba»

«Svadba» est portée par une équipe de chanteuses homogène, crédible et très complice.
Photo: Yves Renaud «Svadba» est portée par une équipe de chanteuses homogène, crédible et très complice.

« J’arrose tes mains d’étoiles », chante une protagoniste à Milica, la mariée, lors de la cinquième des sept scènes de Svadba (Mariage) d’Ana Sokolovic. Cette parenthèse calme, à la fois sensuelle et pudique est l’un des moments marquants d’une oeuvre qui pourrait n’être qu’un tour de force mais qui parvient à atteindre la plus fine poésie.

Il faut pourtant se rendre compte qu’avant d’être un spectacle, le matériau de Svadba est une composition hors normes : une partition d’une heure pour six voix féminines a cappella ! Tenir la route avec cette prémisse tient de la gageure. Avant donc de parler de l’opéra de chambre tel que nous l’avons vu à l’Espace GO, il convient d’expliquer pourquoi Svadba, en faisant face à de tels défis, fonctionne si bien.

La clé du succès est l’instinct d’Ana Sokolovic dans la gestion des rythmes et du temps. La compositrice sait parfaitement à quel moment miser sur le registre comique ou jouer sur des chuchotements ou d’autres formes de production sonore afin de « détendre l’atmosphère ». La musique est donc théâtrale par elle-même, ce qui explique au passage que Svadba peut être présenté en version non scénique.

Par ailleurs, la dimension a cappella n’est pas stricte. Les ponctuations de la percussion sont discrètes mais régulières et les chanteuses elles-mêmes utilisent çà et là des bruits non vocaux, dans la scène de la teinte des cheveux ou celle de l’endormissement. Sokolovic jubile à jouer avec le texte ou les syllabes. Elle fait aussi preuve d’une gourmandise dans la palette expressive, propension qui passe presque inaperçue, tant elle est intégrée au théâtre.

Musicalement cadrée par Dáirine ní Mheadhra, qui a commandé l’oeuvre et en a assuré toutes les représentations, la production montréalaise de Svadba est portée par une équipe de chanteuses homogène, crédible et très complice. Personne ne traîne, personne ne détonne. Myriam Leblanc rayonne en mariée et son solo final laisse augurer, comme nous l’avons écrit précédemment, d’heureux lendemains. Nous avons ici une véritable alter ego de Marianne Fiset.

Le spectacle de Martine Beaulne, dans de sobres et élégants décors de Laurence Mongeau, met astucieusement l’accent sur le symbole du voile. La scène de la toilette est admirablement gérée, et celle de la demande en mariage, avec les mezzo-sopranos qui imitent les gars du village, est truculente. Le splendide lever du jour éclairé par Anne-Catherine Simard-Deraspe égale la simplicité et l’efficacité des costumes colorés des amies de la mariée.

Tout cela marche donc fort bien, sauf les surtitres, trop hauts et spartiates, qui permettent davantage, en se dévissant le cou, de deviner que de suivre ce qui se passe.

Svadba

Opéra de chambre en sept tableaux d’Ana Sokolovic. Avec Myriam Leblanc (Milica), Suzanne Rigden (Danica), Chelsea Rus (Lena), Rose Naggar-Tremblay (Zora), Caroline Gélinas (Nada) et Rachèle Tremblay (Ljubica). Carol-Anne Fraser (percussions). Direction musicale : Dáirine ní Mheadhra. Mise en scène : Martine Beaulne. Décors : Laurence Mongeau. Costumes : Oleksandra Lykova. Éclairages : Anne-Catherine Simard-Desraspe. Espace GO, samedi 24 mars. Reprises les 26, 27, 29, 30 et 31 mars.