«Candide» loufoque

La soprano Gina Hanzlik
Photo: Tam Lan Truong La soprano Gina Hanzlik

Opéra McGill et l’orchestre de chambre McGill s’associent pour présenter Candide en l’honneur du centenaire de Leonard Bernstein (1918-1990).

Basée sur une nouvelle de Voltaire, l’histoire narre de manière plus que rocambolesque les péripéties de Candide parcourant un monde qu’il croit idéal avant de découvrir sa dure réalité. À propos de narration, celle-ci est omniprésente, mais Opéra McGill a choisi de ne surtitrer que le texte chanté, ce qui, vu la complexité des situations, ne facilite pas toujours les choses pour ceux dont l’anglais n’est pas la langue maternelle.

Les concepteurs du spectacle ont opté pour la version de 1973-1974, dite version de Chelsea, car créée au Chelsea Theatre de Brooklyn. Elle diffère de la mouture originale de 1956 par l’emploi d’un livret différent, signé Hugh Wheeler. Conçue en un bloc (malheureusement brisé par une pause, dans la présentation de McGill), elle diffère aussi de la version des années 1980, que Bernstein a anoblie et promue, et qui prend la forme d’une opérette en deux actes.

Le bon côté des choses

Dans un décor de forêt, Patrick Hansen crée un spectacle hautement fidèle au côté déjanté de l’oeuvre de Bernstein et qui rend maintes fois hommage à un autre « allumé », le cinéaste Mel Brooks, par exemple dans la scène (jouée au ralenti) de l’église jésuite de Montevideo lors de laquelle Maximilian meurt écrasé par le crucifix.

Parmi les moments forts, où Patrick Hansen s’est visiblement éclaté, on citera la scène de l’autodafé What a day for an Autodafé, le duo des moutons (magnifiques costumes) et la splendide scène de Cadix, où le surprenant contre-ténor James Brown fait un numéro irrésistible en Old Lady.

En préservant la candeur et la folie du projet, Hansen se place à l’opposé de la relecture vitriolée, en miroir sur notre propre monde, du metteur en scène canadien Robert Carsen, production qui a fait, il y a une dizaine d’années, le tour des grandes scènes européennes (Paris, Milan, Londres).

Musicalement, la production de McGill nous propose une version orchestralement minimaliste, qui ne choque vraiment que pendant l’ouverture. On s’y fait ensuite, d’autant que Boris Brott soutient attentivement les jeunes artistes.

La distribution d’Opéra McGill comporte 22 chanteurs pour un total de 64 rôles. Le bilan, une fois signalé le show de James Brown (que l’on jaugera, vocalement, dans un autre contexte), la solidité de la soprano Lindsay Gable dans ses divers rôles et l’engagement scénique très patent de Sophia Metcalf (2e mouton et groupe de l’inquisition), se résume à un nom, que nous avions déjà repéré : Gina Hanzlik. Cette soprano colorature est vraiment un talent très remarquable. Sans aller jusqu’à évoquer tout à fait le choc Philippe Sly sur cette scène il y a une dizaine d’années, on n’en est pas loin, d’autant que derrière la facilité des aigus, il y a autre chose : une matière vocale qui laisse augurer d’une évolution à terme de la voix lorsqu’on pense, par exemple, qu’une Hiromi Omura a aussi débuté comme colorature. Gina Hanzlik est bien davantage qu’une Olympia des Contes d’Hoffmann ou une Lakmé et elle est, à mes yeux, depuis l’émergence d’Hélène Guilmette, 2e au concours Reine Elisabeth en 2004, « la » grande colorature à sortir de l’un de nos centres de formation.

Candide

Opérette de Leonard Bernstein (1956) d’après Voltaire. Sébastien Comtois (Candide), Eric Epp (Voltaire/Pangloss), Gina Hanzlik (Cunégonde), Olivia Barnes (Paquette), Zainen Suzuki (Maximilian), James Brown (The Old Lady), Lindsay Gable (baronne, Don Issachar, gouverneur), etc. Orchestre de chambre McGill, Boris Brott. Mise en scène : Patrick Hansen. Décors : Vincent Lefèvre. Costumes : Ginette Grenier. Éclairages : Serge Filiatrault. Salle Pollack, vendredi 23 mars 2018. Reprise ce soir et dimanche à 14 h.