À l’OSM, une saison 2018-2019 en quête d’un nouveau chef

La saison qui s’annonce sera l’avant-dernière du réputé chef Kent Nagano au sein de l’OSM.
Photo: Pedro Ruiz Le Deovir La saison qui s’annonce sera l’avant-dernière du réputé chef Kent Nagano au sein de l’OSM.

La 85e saison de l’Orchestre symphonique de Montréal sera l’avant-dernière de Kent Nagano. Marquée par une grande tournée européenne en mars 2019, elle propose aussi un renouvellement spectaculaire des chefs invités. Et pour cause : l’orchestre se cherche un directeur musical.

Évidemment, cette brochure annuelle allait être scrutée pour ce qu’elle nous dirait de la recherche de l’OSM en vue de la nouvelle direction musicale. Sans que l’un et l’autre soient liés, signalons tout d’abord une venue d’un calibre auquel nous ne sommes pas habitués : la première présence au pupitre de Michael Tilson Thomas, en mai.

À 73 ans, le disciple de Leonard Bernstein quittera l’Orchestre de San Francisco. Dans la même catégorie de notoriété, Christoph Eschenbach, un francophone, serait-il en point de mire des recruteurs malgré ses mandats mitigés à Paris, à Philadelphie et à Washington ? Peut-être qu’en faisant venir Eschenbach et Tilson Thomas, l’OSM cherche un « sage » pour une possible période transitoire 2020-2022 ?

Le temps de choisir

En effet, l’étalement de la venue des prospects dans la saison laisse à penser que l’Orchestre se laisse le temps dans le processus de sélection. En l’état, on voit difficilement une décision intervenir avant la fin de 2019. Cela entraînera possiblement une ou deux saisons de flottement après 2020.

Ce qui ressort du panel de chefs testés, c’est la largeur de l’éventail. Il y a une autorité morale évidente : David Robertson, très dans la ligne Kent Nagano. Malgré l’évolution de l’univers concurrentiel (OM-Yannick Nézet-Séguin), l’OSM poursuit aussi la piste du « profil intermédiaire » avec Juraj Valcuha et la veine française avec Alain Altinoglu (qui doit regretter d’avoir annulé ses débuts en avril 2016) et François-Xavier Roth.

Les deux grandes surprises sont de voir prise très au sérieux l’option « jeune chef ». Les trois prospects sont James Feddeck (33 ans), qui fit des débuts formidables en replaçant Jeffrey Tate en février 2017 ; Rafael Payare (38 ans), « le » Vénézuélien de l’heure, qui dépassera peut-être un jour Dudamel, qui prépara la voie et dont l’étoile pâlit, et David Afkham (35 ans), un Allemand d’une famille d’origine iranienne qui brûle les étapes.

Mais le coup de tonnerre est de voir que l’OSM étudie très sérieusement la piste féminine. Après Susanna Mälkki, testée à Lanaudière en juillet prochain, c’est la plus courue des jeunes « maestras » qui sera au pupitre les 15, 16 et 17 mai : Karina Canellakis, 36 ans, combine tout. Elle serait l’incarnation la plus absolue de l’électrochoc dont Le Devoir avait dessiné les contours. Ce terrain-là — et si l’OSM engageait une femme ? — a été défriché avec grand sérieux, et les venues de Mälkki et Canellakis seront attendues avec grande curiosité.

À mettre au calendrier

La saison débutera le 6 septembre, dans la foulée de la Virée classique, qui se tiendra cette année la fin de semaine de la fête du Travail, puisque Kent Nagano sera occupé à Salzbourg par l’opéra Les Bassarides à la mi-août. Le directeur musical dirigera Le sacre du printemps de Stravinski et le Boléro de Ravel.

Stravinski, Debussy, Berlioz, Saint-Saëns, Mozart et Wagner seront au menu de la tournée européenne du 11 au 23 mars 2019. Les villes visitées seront Vienne, Paris, Bruxelles et, en Allemagne, Berlin, Hambourg, Düsseldorf, Essen, Munich et Ratisbonne. S’ajoutera une tournée de la Côte-Nord au Nunavik en septembre 2018.

L’OSM renouvelle les formules de minifestivals au coeur de sa saison : une intégrale des Symphonies de Brahms avec Kent Nagano en février et un « rendez-vous Mozart » avec Hervé Niquet et Bernard Labadie en avril. Les solistes de la série « Les récitals » seront Leif Ove Andsnes, Anne-Sophie Mutter, Jean-Philippe Collard et Evgeny Kissin. Aucun orchestre étranger invité n’est annoncé pour l’instant, alors que Fred Pellerin revient au bercail pour le conte de Noël. Kent Nagano et Charles Richard-Hamelin enregistreront les deux concertos de Chopin pour Analekta en octobre.

Kent Nagano et les 7,5 millions de Québec

Le directeur musical de l’OSM avait réservé une très brève période d’échanges individuels avec les médias à l’issue de la conférence de presse. Le Devoir n’avait qu’une seule question, qu’il a pu développer avec le chef.

Vous avez eu une bonne surprise avec 7,5 millions de dollars du gouvernement tombés du ciel la semaine dernière : qu’allez-vous en faire ?

« Tombés du ciel ! Je ne dirais pas cela », nous dit Kent Nagano, qui s’avoue tout de même « profondément étonné de manière positive de la nouvelle ». « C’est une forme de reconnaissance pour notre travail à long terme. Nous avons dialogué avec le gouvernement pendant très longtemps. C’est un très gros geste, qui va plutôt à l’encontre de ce qu’on voit ailleurs. Une telle annonce est importante et symbolise une vraie volonté. […] Alors que faire de cet argent ? Il y a un grand intérêt du gouvernement en général d’explorer le futur et spécifiquement le numérique, d’intégrer le numérique dans notre façon de penser et de communiquer la profondeur de la musique classique. C’est un énorme exercice. »

L’argent pourrait-il être mis dans un équipement audiovisuel in situ permettant de capter et transmettre partout au Québec les concerts de l’OSM ?

« C’est une possibilité », répond Kent Nagano. « Nous n’avons pas eu de limitation à ce que nous pouvons faire. Nous sommes invités à réfléchir à la manière d’amener l’OSM plus loin par le numérique dans le XXIe siècle. »

L’enveloppe n’a donc pas été reçue pour un projet précis ?

« Non. Le gouvernement attend d’avoir des propositions de notre part et ce sera un dialogue actif. La première chose sera de consacrer une partie importante de cet investissement à mettre l’OSM sur la bonne voie du numérique. Je ne parle pas là d’un site Internet, de projeter des images ou de transmettre ce qu’on est déjà en train de faire, mais d’imaginer véritablement quelque chose de neuf. » Le chef n’était, jeudi, pas en mesure de nous donner d’échéancier précis pour ce projet.