Le pacifisme fait des morts au combat

Le pianiste Olivier Godin
Photo: Pierre Étienne Bergeron Le pianiste Olivier Godin

Quelle louable intention, quel curieux apanage, quelle décevante soirée ! Le sujet était titillant. L’exposition Napoléon, art et vie de cour au palais impérial, un concert Napoléon militaire, mais une seule oeuvre, vraiment, pour justifier le titre et cimenter ce concept : le Septuor opus 114 de l’Autrichien Johann Nepomuk Hummel.

Pas d’oeuvre française, pas de Beethoven, pas de Druschetzky, ce compositeur timbalier militaire qui écrivit beaucoup pour les vents. La dédicace du Septuor op. 74 de Hummel à Marie-Louise d’Autriche faisait office de sceau napoléonien, sauf qu’en 1816 l’empereur était déjà en exil et que cette oeuvre est bien pacifique, tout comme le Quintette K. 452 de Mozart.

Olivier Godin, qui a, semble-t-il, proposé ce programme, a probablement voulu apparier des oeuvres de dispositifs voisins. Mais le calcul a dérapé. La partie « pacifiste » (K. 452 de Mozart et Opus 74 de Hummel) nous assénait une première moitié de concert plombante, d’une durée d’une heure et vingt minutes !

Avec le niveau parfois fort douteux de la prestation, les rangs déjà fort dégarnis se sont désertifiés après la pause alors même qu’arrivaient enfin le plat principal et l’objet du concert : le Septuor militaire. Ainsi, dans la travée gauche de la corbeille, où j’étais assis, de la quinzaine ou vingtaine de mélomanes en première moitié, nous restâmes deux !

Persister

Pourtant, il suffisait de regarder le programme pour persister un peu et imaginer que l’on avait probablement touché le fond dans la 1re moitié, puisque le hautboïste et le corniste avaient fini leur besogne. À vrai dire, ils ne furent pas si épouvantables que ça dans l’Opus 74 de Hummel, mais, franchement, le Quintette de Mozart, et notamment le 1er mouvement, n’avait rien à faire sur une scène de concert.

Certes, le cor naturel est un instrument très difficile. Pourtant, Pierre-Antoine Tremblay et Louis-Pierre Bergeron, ici même le 30 janvier dans le concert De Graupner à Mozart avec Les Idées heureuses, ont prouvé qu’il était possible d’y briller plutôt que de se battre contre une matière rétive comme l’a fait Xavier Fortin jeudi soir. Quant à l’hautboïste Matthew Jennejohn, je ne l’ai jamais entendu aussi mauvais en dix ans.

Il restait dans Mozart l’excellent clarinettiste Stéphane Fontaine (il a confirmé son talent dans le Septuor militaire) et, au magnifique piano Érard de la salle Bourgie, Olivier Godin, qui a assimilé et débité en une soirée son quota de doubles croches de l’année 2018 au complet — car dans le genre « trop de notes », Hummel n’a comme équivalent que le jeune Mendelssohn.

Hormis le fait que de l’exposition Napoléon on songeait surtout au trousseau de l’arracheur de dents et que la téméraire programmation mozartienne mettait en péril à la fois le concept, l’équilibre du concert et notre patience, la redécouverte des oeuvres de Hummel et de l’inspiration de ce compositeur volubile fut fort plaisante.

On l’écoutera désormais chez soi dans le couplage des deux Septuors par l’excellent et prolifique Dieter Klöcker, un découvreur de référence depuis trois décennies au moins, cité dans une notice qui n’a pas pris soin d’orthographier correctement le nom de cette sommité mondiale.

Napoléon militaire

Mozart : Quintette pour piano, hautbois, clarinette, cor et basson en mi bémol majeur, K. 452. Hummel : Septuor en ré mineur pour piano, flûte, hautbois, cor, alto, violoncelle et contrebasse, op. 74. Septuor en do majeur pour piano, flûte, violon, clarinette, violoncelle, trompette et contrebasse, « Militaire », op. 114. Julie Triquet (violon et alto), Amanda Keesmaat (violoncelle), Nicolas Lessard (contrebasse), Mika Putterman (flûte), Matthew Jennejohn (hautbois), Stéphane Fontaine (clarinette), Mary Chalk (basson), Alexis Basque (trompette), Xavier Fortin (cor) et Olivier Godin (piano). Salle Bourgie, jeudi 15 mars 2018.