Le spectacle d’«entre-tounes» de Stéphane Papillon

Avec l’aide de Yann Perreau à la mise en scène ainsi que de Normand Daneau et de Rafaële Germain à la scénarisation, Stéphane Papillon se proclame donc conteur dans «Papillon Raconteur Rock».
Photo: Catherine Legault Le Devoir Avec l’aide de Yann Perreau à la mise en scène ainsi que de Normand Daneau et de Rafaële Germain à la scénarisation, Stéphane Papillon se proclame donc conteur dans «Papillon Raconteur Rock».

Le spectacle de contes humoristiques Papillon Raconteur Rock, c’est un peu — beaucoup — la faute au chanteur Antoine Gratton. « Antoine venait régulièrement me voir jouer et je savais très bien que ce que je faisais comme musique, c’est pas ce qu’il écoute », se souvient Stéphane Papillon, jeune retraité du rock québécois.

« J’avais fini par lui demander ce qu’il faisait là aussi souvent et il m’avait répondu : “Écoute, Papi, tes chansons, je m’en fous. Je viens pour entendre les niaiseries que tu dis entre les tounes, parce que ça me fait vraiment rire.” Il venait pour les entre-tounes ! Ça m’est resté dans la tête. »

Au point d’imaginer une soirée entière d’« entre-tounes » ? L’idée, d’apparence saugrenue, n’étonnera pas celui ou celle qui en a déjà bu une froide avec Papillon, prolixe et gentil bum ponctuant chacune de ses phrases d’expressions truculentes et d’anecdotes dignes d’une musicographie dont le CRTC interdirait la diffusion.

Avec l’aide de Yann Perreau à la mise en scène ainsi que de Normand Daneau et de Rafaële Germain à la scénarisation, Stéphane Papillon se proclame donc conteur dans Papillon Raconteur Rock, un récit (pas toujours) édifiant de son titubant trajet à travers les ruelles tout aussi glauques de l’underground que du showbiz québécois.

C’est comme du Fred Pellerin « mais moins tight » et où « personne ne gosse de bois », illustre dans une vidéo promotionnelle celui qui lançait aussi vendredi l’album Papillon Raconteur Rock, une collection de fragments de chansons polissonnes et de saynètes sonores se moquant des ambitions internationales de musiciens baragouinant à peine l’anglais, ou du snobisme d’une caste médiatico-artistique se plaisant à sanctifier des imposteurs.

Autre influence de Papillon, le conteur ? Fanfreluche, « mais assez stone pour vraiment rentrer dans le livre ».

Vie et mort du rock mainstream

Après avoir vécu pendant plusieurs années comme une « coquerelle rock » à Londres et à New York, Stéphane Papillon rentre au Québec en 2003, aimanté par le contrat de disques que lui déroule alors l’étiquette de l’ancien gérant d’Éric Lapointe (et ancien ministre péquiste), Yves-François Blanchet. Les arrangements édulcorés qui engluent le chanteur sur ce premier album intitulé Mal élevé (2003) déçoivent rapidement quiconque avait été foudroyé en salle par l’exubérance de la bête, conjuguant sur scène les déhanchements iguanesques d’un Iggy Pop et la parlure de « gars de bécyk » lettré d’un Lucien Francoeur.

« Non seulement cet album-là est weird au son, mais c’est peut-être la pochette la plus laide de l’histoire du rock », rigole le coupable, ne reculant jamais devant une occasion de se payer sa propre gueule.

« Disons qu’on essayait de faire du rock décapant, du Stooges, tout en tentant de s’assurer de jouer à la radio : le fameux compromis queb », poursuit-il, en évoquant la tentation pour la bienséance qui enjôlait à l’époque certains indociles, alors qu’il était toujours envisageable de gagner sa vie avec la musique, pour peu que l’on ne se peinture pas trop en marge.

« En 2003, c’était encore la radio, le grand décideur. Aujourd’hui, les gens se plaignent qu’il y a moins d’argent dans l’industrie, et c’est très vrai, mais c’est compensé à mes yeux par la liberté que ça permet », suggère celui qui, après avoir enregistré deux autres albums (eux véritablement décapants), quittera le micro quelque part en 2013, avant de se réinventer en gérant, producteur et agent de spectacles. Puis maintenant en une sorte de Boucar Diouf avec froc de cuir, qui vénérerait plus Elvis Presley ou Bon Scott que son grand-père.

Triste, Papillon, que le rock traverse présentement une crise historique, détrôné par le rap dans le coeur des adolescents de l’Occident et réduit dans l’imaginaire collectif à une série d’affligeants clichés ? Le vocable rock star n’est-il pas plus souvent employé pour décrire une boisson énergisante que pour désigner un chanteur émacié saucissonné dans un jean trop serré ?

« Disons que le rockeur qui vit en moi depuis 48 ans ne trouve pas son parti dans ce qui se passe au plan mainstream. Mais la mort du rock’n’roll mainstream, c’est peut-être pas si grave, parce que ça en a créé beaucoup, du caca, le rock mainstream. Et dès que je descends dans le sous-sol, j’en entends beaucoup, du vrai bon rock’n’roll crotté. La bonne musique ne s’est jamais trouvée tant que ça dans le mainstream, et c’est peut-être encore plus vrai aujourd’hui. »

Moman, laisse pas ton p’tit gars

Chronique d’un rêve de ti-cul se heurtant contre l’implacable mur de la réalité, Papillon Raconteur Rock aurait-il pu s’intituler Moman, laisse pas ton petit gars devenir une rock star, comme le beugle Éric Lapointe ? « Ben, ben non, on regrette rien nous autres ! » s’esclaffe celui dont le spectacle célèbre la naïveté belle et éternelle du musicien avalant dix heures d’asphalte pour brancher son ampli devant trois alcoolos apathiques, davantage qu’elle la ridiculise.

« La musique, c’est l’affaire la plus importante au monde », jure-t-il, sur un ton d’une gravité tranchant avec ses habituelles bouffonneries. « Je suis un émerveillé de musique. Ça arrive encore souvent que je tombe en amour avec des nouveau bands, pis que je vire fou. Dans ce temps-là, c’est comme si j’avais encore 15 ans. Je veux sortir dehors pis prendre un coup tellement je suis excité. »

Papillon Raconteur Rock (rodage)

Les 23 et 24 avril au Petit Champlain, à Québec. Le 8 mai au Ministère, à Montréal. En tournée partout au Québec.