Scott Hamilton, saxophoniste au long cours

Scott Hamilton Quartet au INNtöne Jazzfestival 2013
Photo: Manfred Werner CC Scott Hamilton Quartet au INNtöne Jazzfestival 2013

Depuis très longtemps, il souffle. Et il sculpte. Cela fait des années et des années que Scott Hamilton, car c’est de lui qu’il s’agit, fait ce que Dexter Gordon, Stan Getz, Sonny Rollins et surtout Zoot Sims faisaient avant lui, soit élaguer et ciseler, peaufiner et confectionner. Quoi donc ? Le son. Avec Live at Pyatt Hall, qui vient de paraître sur l’excellente étiquette de Vancouver Cellar Live, il se pose en héritier direct de Zoot Sims, celui de If I’m Lucky paru sur étiquette Pablo au milieu des années 1970.

Avant de poursuivre, on va vous faire une confidence. Voilà, il se trouve que l’on a eu le bonheur d’être présent à plusieurs reprises en studio lorsque le World Saxophone Quartet était lié à l’étiquette montréalaise Justin Time. On a donc eu l’occasion de dialoguer avec Oliver Lake, Hamiett Bluiett, Arthur Blythe et David Murray. Un soir, entre deux prises, ce dernier exprima un regret.

En substance, Murray avançait que le combat mené dans les années 1950 et 1960 pour que le jazz soit enseigné avait eu, sur le saxophone, l’effet pervers suivant : ceux qui sortent des universités ont tous le même son. Alors qu’avant, lorsque le big band faisait office d’université, chacun s’employait à développer une personnalité, les vieux refusant avec raison de donner leur recette aux nouveaux venus pour mieux les obliger à sculpter. Pour faire court, on rappellera cette réplique de Dexter Gordon dans le film de Bertrand Tavernier Autour de minuit, une réplique écrite par le premier et non le second : « Le bonheur, c’est une Rico no 5 », du nom de la marque des anches favorites des souffleurs.

Aujourd’hui donc, voilà qu’Hamilton propose ce live enregistré avec le pianiste Rossano Sportiello et le contrebassiste J. J. Shakur. On insiste : il n’y a pas de batteur. Sportiello est de nationalité italienne. Shakur, originaire de Los Angeles, est le fils du pianiste Gerry Wiggins, avec lequel Hamilton a enregistré dans les années 1970. Les trois jouent ensemble depuis des années. En clair, ce trio est une définition de la cohésion musicale.

Le programme ? Des standards comme Three Little Words ou Old Fashioned Love côtoient des morceaux de bravoure du be-bop comme Tangerine ou Darn that Dream, ou des pièces venues des horizons brésilien et italien, comme Black Orpheus ou Nel Blu Dipinto Di Blu, plus connue sous le nom de Volare popularisée autrefois par Dean Martin.

Le résultat pourrait se résumer comme suit : Hamilton a mis en relief la substantielle moelle du son. Il a atteint la perfection. Chose certaine, il joue avec une assurance, une maîtrise remarquable. Sa sonorité est d’une pureté que les saxophonistes plus jeunes devraient méditer histoire de se distinguer les uns des autres et de mettre ainsi le jazz de conservatoire entre parenthèses. C’est dit.

 

Samedi soir, la brasserie Le Cheval blanc poursuit sa série intitulée Jazz sur mars, qui présente des concerts tous les samedis du présent mois. En fait de jazz, on devrait davantage parler de musique actuelle ou improvisée. Toujours est-il qu’à compter de 18 h, le Eyevin Trio va lancer un album consacré à la musique du méconnu Thomas Chapin, saxophoniste, flûtiste et compositeur américain versé en improvisations diverses. Le trio rassemble Aurélien Tomasi au saxophone, à la clarinette et à la flûte, Stéphane Diamantakiou à la contrebasse et Ivan Bamford à la batterie.

Les contributions sont volontaires. Pour en savoir plus sur la programmation, on peut aller à chevalblanc.com.

 

Au Dièse onze, la scène sera occupée par Susie Arioli, la chanteuse aussi douée que pétillante, à compter de 18 h 30 samedi. Ensuite, ce sera au tour du saxophoniste Benjamin Deschamps, qui propose une formation à l’architecture instrumentale rare puisqu’il n’y aura pas de pianiste mais un tromboniste en la personne de l’excellent Jean-Nicolas Trottier ainsi que Sébastien Pellerin à la contrebasse et Al Bourgeois à la batterie.

 

À la une du Downbeat du mois d’avril, le « nouveau » The Bad Plus. Après le départ du pianiste Ethan Iverson l’automne dernier, le contrebassiste Reid Anderson et le batteur Dave King ont engagé le pianiste Orrin Evans, jusqu’ici connu notamment pour son implication dans les aventures de l’étiquette Smoke Records. Outre The Bad Plus, on propose un portrait du vibraphoniste Jason Marsalis et les rubriques habituelles.

 

Il y a des lunes de cela, le trio formé par le pianiste Monty Alexander, le contrebassiste John Clayton et le batteur Jeff Hamilton avait épaté le monde du jazz en général et Oscar Peterson en particulier. Pour son retour, cette formation qui défend un style très chaleureux a été filmée récemment à Marciac, dans le sud de la France.