La puissance de l’OSM avec Lionel Bringuier en direct sur le Web

Le chef français Lionel Bringuier
Photo: Fidelio Arts Le chef français Lionel Bringuier

Exercice inédit : parler d’un concert dont les lecteurs pourront juger sur pièces en direct ce jeudi soir à 20 h sur Medici.tv et le site de l’Orchestre symphonique de Montréal. C’est la première fois que Kent Nagano confie l’OSM à un chef invité face aux caméras dans un concert classique. C’est à Lionel Bringuier que revient cet honneur. À 31 ans, le chef français a déjà un carnet de route impressionnant, puisqu’il a émergé dans la très jeune vingtaine, étroitement associé à l’Orchestre de Los Angeles, avant de prendre, en 2014, la direction musicale de l’Orchestre de la Tonhalle de Zurich, qu’il quittera en 2019, remplacé par Paavo Järvi.

Le chef que nous avons vu à l’oeuvre mardi soir est un excellent technicien. Il prend un vrai plaisir à la mise en place de Métaboles, dont la juxtaposition avec L’Oiseau de feu (cf. le traitement des flûtes dans Flamboyant) est assez astucieuse.

L’imaginaire au-delà des notes

Dans toutes les oeuvres purement symphoniques (Moussorgski, Dutilleux, Stravinski) se dégage une évidence : Lionel Bringuier aime faire sonner une masse sonore orchestrale dans sa plénitude. Chaque spectateur pourra le constater jeudi soir, ne serait-ce qu’à entendre la manière dont sont amenés les crescendo et dont s’épanouissent les derniers accords de Métaboles et de L’Oiseau de feu. J’ai moi-même hâte de revoir la fin de Métaboles, dont la dernière note est, pourtant, une double croche abrupte, Dutilleux demandant aux percussions d’« étouffer » leur note. Je me demande comment concilier aussi bien respiration et sécheresse.

Ce qui m’a manqué, par contre, dans Moussorgski ou Stravinski, c’est l’imaginaire au-delà du texte, la narration par les timbres et les couleurs, la hargne des attaques dans Une nuit sur le mont Chauve, les coups d’archet incisifs façon Svetlanov ou Denève dans le finalede L’Oiseau de feu. Avec Bringuier, tout m’est apparu très attendu, comme une « recette de cuisine musicale » bien suivie et, à vrai dire, je me suis un peu ennuyé.

Celui qui a surpris, par contre, c’est Jan Lisiecki, complètement déchaîné dans son 2e Concerto de Chopin, notamment un 1er mouvement hargneux et un finale très rapide encadrant un superbe larghetto, équilibré, lui, et rêveur. Grand coup de chapeau à Lionel Bringuier, accompagnateur, car avec son introduction cravachée, il a très bien anticipé ces étranges tumultes du pianiste.

En prélude de ce concert, l’OSM a rendu un émouvant hommage à Jacqueline Desmarais en ajoutant la Prière à la Notre-Dame de la Suite gothique de l’Alsacien Léon Boëllmann, joué par Jean-Willy Kunz à l’orgue Pierre-Béique offert par la mécène.

L’Oiseau de feu de Stravinski

Moussorgski : Une nuit sur le mont Chauve. Chopin : Concerto pour piano no 2. Dutilleux : Métaboles. Stravinski : L’Oiseau de feu (suite, 1919). Jan Lisiecki (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Lionel Bringuier. Mardi 6 mars 2018. Reprise ce jeudi à 10 h 30 (sans Dutilleux) et à 20 h. Diffusion en direct à 20 h sur Medici.tv et osm.ca. Concert disponible gratuitement ensuite pendant 90 jours.