Händel et Haydn: l’ode à la musique

Samedi, Bernard Labadie menait La Chapelle de Québec et Les Violons du Roy aux sommets dans Händel et Haydn.
Photo: Marc Giguère Photographie Samedi, Bernard Labadie menait La Chapelle de Québec et Les Violons du Roy aux sommets dans Händel et Haydn.

Quelle magnifique fin de semaine à la Maison symphonique de Montréal ! Vendredi, Yannick Nézet-Séguin et l’Orchestre Métropolitain donnaient de la 4e Symphonie de Tchaïkovski une interprétation à la fois exaltée et profonde, creusant l’interdiction de goûter au bonheur qu’exprime le compositeur dans cette oeuvre. Samedi, Bernard Labadie menait La Chapelle de Québec et Les Violons du Roy aux sommets dans Händel et Haydn.

Si je rapproche ces deux concerts, c’est parce que Nézet-Séguin et Labadie ont en commun d’avoir tous deux trouvé comment, dans leurs répertoires respectifs, tirer le meilleur parti de l’acoustique de la Maison symphonique. Faire sonner la musique de manière optimale. Le parallélisme était frappant. Vendredi, nous profitions d’une précieuse continuité et balance du spectre sonore (graves-aigus), les fréquences graves, parentes pauvres de cette salle, étant renforcées par la configuration contrebasses-cors-violoncelles choisie par Yannick Nézet-Séguin. Samedi, dans le cas des concerts choraux de La Chapelle de Québec et des Violons du Roy dirigés par Bernard Labadie, l’idée majeure est de disposer le choeur sur une ligne en léger arc de cercle juste derrière l’orchestre. Chanteurs et orchestre forment ainsi un « corps sonore ». Chose amusante : corps sonore se dit « Klangkörper » en allemand, et c’est un mot que j’avais noté, en passant, sur mon programme en entendant le Métropolitain, vendredi.

Tout cela ne tient aucunement du détail superflu, car cela conditionne l’impact de la musique. Or comme le travail musical de Bernard Labadie repose sur la précision et l’articulation, l’auditeur ne met pas longtemps à se rendre compte des bienfaits de la chose : « De l’harmonie, de la céleste harmonie prit forme l’univers », chante James Gilchrist dans sa première intervention de l’Ode à sainte Cécile. Et, oui, samedi, tout fonctionnait, tout s’imbriquait, harmoniquement.

Le concert était de toute évidence buriné à l’extrême, comme en témoignaient l’éloquence du « charge charge… » dans la cinquième section de Händel ou les superbes mises en valeur des bois dans le Benedictus de Haydn. Mercredi, tout ce beau monde s’était présenté devant la planète musicale par l’entremise de Medici.tv. Ce concert donné au Palais Montcalm de Québec peut être vu pendant trois mois gratuitement sur le site de ce portail Internet.

Les deux oeuvres choisies, Haydn surtout, sont de véritables « bonbons choraux » (le choeur y est très en vedette) et La Chapelle de Québec, qui se produira à Carnegie Hall au printemps 2019, s’y est glorieusement illustrée (éloquence, justesse, homogénéité), tout comme les deux solistes principaux, la radieuse et pure Lydia Teuscher et James Gilchrist, davantage dans son élément dans la narration haendélienne que dans Haydn. Leurs collègues, dans Haydn, étaient moins sollicités, mais tous à leur place.

Händel, Haydn et La Chapelle de Québec

Händel : «Ode for St. Cecilia’s Day». Haydn : «Messe en si bémol majeur». Lydia Teuscher (soprano), Sheila Dietrich (soprano II), Ally McHardy (mezzo), James Gilchrist (ténor), Tyler Duncan (baryton), David Roth (basse), La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, samedi 3 mars 2018. Même programme filmé à Québec le 28 février visible pendant 90 jours gratuitement sur Medici.tv.