La manière «pop-hip» de Mackjoffatt, un sport la nuit

À la différence de sa sœur Ariane, Jacques-Olivier Moffatt s’exprime en anglais à travers «The Digg».
Photo: Catherine Legault Le Devoir À la différence de sa sœur Ariane, Jacques-Olivier Moffatt s’exprime en anglais à travers «The Digg».

D’ordinaire, j’aurais relayé The Digg, le premier album de Mackjoffatt, au collègue le plus en phase avec le hip-hop. Je ne saurais pas distinguer Snoop Dogg de 50 Cent, même si l’on m’offrait beaucoup de cinquante sous pour faire semblant de savoir. Je ne suis pas hip. Pas trop hop non plus. Hip, hop et moi, ça fait trois. En clair : j’y pige que dalle. Alors pourquoi me suis-je entiché de Mackjoffatt et de sa sorte de hip-hop dès les premières mesures de Miles Away, le titre d’ouverture de son album autoproduit ? La curiosité d’entendre la musique du frère d’Ariane Moffatt justifiait l’intérêt, pas l’engouement. Six mois plus tard, alors qu’il va monter sur la scène du Lion d’Or, je pose la question à Jacques-Olivier Moffatt. Pourquoi je vous aime, ton album et toi ?

Rire de Mackjoffatt. « J’ai vraiment essayé de sortir le plus possible des clichés du genre. Je ne me considère pas comme un rappeur, je n’ai pas l’attitude, le mode de vie. J’ai aimé ce style de musique d’abord pour le flow des mots. J’ai grandi en faisant du sport, j’ai été coach, je me suis beaucoup impliqué dans le basket, et le hip-hop était souvent présent. Mais ça n’a pas fait de moi un hip-hoppeur pur et dur… » Son emploi, le jour, c’est professeur d’éducation physique au cégep. Il n’y a pas de hasard. « J’appelle ce que je fais du pop-hip. C’est vraiment plus axé sur la musicalité, les mélodies, l’échafaudage de structures plus pop. C’est joué avec de vrais musiciens, il y a peu d’échantillonnage. Je m’inspire beaucoup de bands comme The Roots : ils font du r’n’b, du soul, avec du hip-hop. »

Une fois lancé, le flot de paroles de Mackjoffatt est continu : « Quand j’allais voir des shows d’artistes hip-hop, j’étais tout le temps déçu. Je me retrouvais devant une scène où il y avait deux, trois, quatre, cinq, six gars avec des casquettes, qui rappaient et qu’on n’entendait presque pas. Et un DJ en arrière. Il manquait pour moi la sensation de la musique jouée sur place, il manquait des ambiances, des variations. Dans ma tête, Snoop Dogg et Pink Floyd, ça ne s’exclut pas mutuellement. Au contraire, ça me nourrit. Je proviens de Jean Leloup, tout autant. Et j’ai joué dans un band… » Le groupe en question : Mozaïq, pendant dix ans, une grande parenthèse reggae, ska. Jacques-Olivier y chantait, écrivait les textes. « C’était une aventure de chums d’adolescence, ça a forcément mené à une fin. Tu deviens adulte. J’ai eu deux enfants, être professeur procurait — et procure encore — une honnête vie à ma famille, mais assez rapidement, la musique m’a manqué. »

La famille du groove

Ça manquait d’autant qu’Ariane, elle, en faisait plus que jamais, tout en fondant sa propre famille. « Je pense qu’on est venus au monde avec du groove », rit Jacques-Olivier. « C’est dans notre ADN. La poussée de ma soeur a été essentielle pour que je fasse finalement mon album. Elle chante avec moi, crée des mélodies autour de mon flow, on a coécrit Sally-Rudy, elle joue des claviers : oui, c’est mon album, mais c’est aussi une affaire de famille. » À la différence d’Ariane, frérot s’exprime en anglais à travers The Digg. « Ça coulait plus naturellement pour moi, les mots sont venus tout seuls, je n’avais qu’à suivre le débit du flow. Mais j’ai très envie d’essayer ça en français pour le prochain. J’aime les phonèmes du hip-hop en anglais, mais le défi du groove en français est passionnant. J’enseigne dans un cégep francophone, je suis fier de ma langue. L’anglais, c’est une étape. Le pari suivant, c’est d’arriver au même flow en français. Je planche là-dessus en ce moment. »

Ce premier album existe parce qu’il y a eu financement participatif. La liste des souscripteurs est fournie. « Ce disque vit en partie grâce à vous ! », écrit Mackjoffatt. « Ça ne donne pas le goût d’arrêter, disons… » Grand éclat de rire (ça aussi, c’est de famille). « Je suis exactement là où je veux être. Prêt pour la suite, et surtout, prêt pour jouer en spectacle. Jouer pour vrai. Dans le groupe de musiciens qui sera au Lion d’Or avec moi, il y en a qui ont des emplois de jour, et d’autres qui vivent de leur musique : je trouve ça cohérent et parfait. Il y a autant de désir que de solidité. »

Difficile de ne pas vouloir plonger dans ces ambiances pour noctambules de ville, la dégaine souple de Miles Away, la sensualité trouble de Mercedez, la lévitante et arabisante Triple Wi-Fi. On peut marcher longtemps dans les rues et ruelles avec ça dans les oreilles. Et même courir. C’est bon pour s’entraîner. « Oui, acquiesce-t-il en riant encore. Je pense que c’est le prolongement naturel de mon cours de “gestion du stress par l’activité physique”. Ce n’est pas du sport extrême, cette musique, mais ça induit le mouvement. »

Mackjoffatt

En spectacle au Lion d’Or ce 1er mars à 20 h, en programme double avec Les Guerres d’l’amour.