dvsn à Montréal en lumière: un mardi soir en toute intimité

Dvsn fait le pont entre le R & B suintant et pétillant des années 1990 et les dernières tendances en pop urbaine.
Photo: Paras Griffin Getty images / Agence France-Presse Dvsn fait le pont entre le R & B suintant et pétillant des années 1990 et les dernières tendances en pop urbaine.

C’est comme si la fête de la Saint-Valentin était arrivée avec deux semaines de retard, mais juste à temps pour le festival Montréal en lumière : avec ses chansons R & B torrides et cajoleuses, le duo dvsn a hier soir jeté un charme sur ses fans venus entendre pour une première fois en concert les chansons nouvelles du second disque Morning After, paru l’automne dernier. En faisant le pont entre le R & B suintant et pétillant des années 1990 et les dernières tendances en pop urbaine, la paire de musiciens témoigne éloquemment du dynamisme qui caractérise la nouvelle scène musicale torontoise.

Pas complet, mais pas loin de l’être, le parterre de la grande salle de la rue Sainte-Catherine autrefois baptisée Métropolis irradiait. C’est l’effet que procurent les chansons suaves de dvsn, petites bombes sensuelles et joyeuses, certes parfois plus tristes comme sur ce dernier album abordant la rupture amoureuse, mais jamais aussi tragiques que celles de The Weeknd à qui on comparera le duo d’abord en raison de leurs origines torontoises et de leur filiation avec le rappeur Drake.

Sur les coups de 22 h, la salle s’est assombrie, laissant à voir un écran géant plaqué au centre de la scène qui suffira pour décor. Dvsn est un duo, nous n’en verrons pourtant que la moitié vocale, Daniel Daley ; son acolyte, le compositeur-producteur Paul Jefferies (alias Nineteen85) demeurera dans l’ombre. Côté jardin, trois choristes se tiennent discrètes, mais soulignent de leurs timbres la touche soul-gospel du répertoire du duo, autrement plus effacé sur les deux albums. Deux disques remarquables par la touche du producteur Nineteen95, une touche atmosphérique, minimaliste sans être aussi clinique que peut l’être Rhye, pour comparer avec un autre Torontois en vogue.

Le concert de la tournée Morning After, leur première tournée en tête d’affiche, débute comme l’album, avec les rutilantes basses et les craquements de caisse claire de Run Away. Ça se calme ensuite très vite, entre autres avec la roucoulante Nuh Time/Tek Time, dialogue sur l’oreiller dévoilé sans pudeur. Malgré le son pas toujours net au parterre, on note rapidement que la voix de Daley n’est pas truquée : agile, scintillante sans être spectaculaire, très juste avec ce falsetto dont il use abondamment. Cette musique, dans sa nature même, relève de l’intime, mais sa présence scénique et sa voix assurée offre un bon spectacle.

Bon, cependant statique. Sans musiciens sur scène autre que le trio de choristes laissées en retrait, avec pour seule attraction les mouvements de Daley, dvsn tente de compenser avec des scènes filmées qui assurent la transition entre les chansons. Le concert offre peu de momentum, parce que leur musique tend à se blottir sous les couvertures : si la chaloupée Mood renvoie au son de la fin des années 1970, les P.O.V. et sa rythmique posée, l’excellente Can’t Wait et ses coups de basse presque house servie au milieu du concert ou la volatile Hallucinations évoquent les années 1990 fertiles en R & B – on y reconnaît tantôt la touche de Maxwell (d’ailleurs cité dans la chanson P.O.V.), le style souriant d'Usher, voire le sérieux dans la conquête amoureuse d’un Ginuwine, vedettes de l’époque ayant marqué Daley et Jeffries.

Ainsi, après une bonne demi-heure de chansons moelleuses et passionnées, Daley a invité une de ses choristes (Shantel May) à pousser deux chansons (une reprise, une originale), histoire de changer de rythme et de veston. Peu après, le chanteur a repris le devant de la scène du MTelus pour enchaîner des succès R & B d’hier et d’aujourd’hui – dont Hold On I’m Coming Home, l’une des chansons les plus pop de Drake à laquelle participe dvsn. Le duo a alors atteint son altitude maximale, ne lui restait plus qu’à nous faire atterrir doucement jusqu’à la fin de ce trop court concert en enchaînant d’autres grooves romantiques.

Les Montréalais ont fait un bel accueil à ces Torontois, qui concluent ce soir, chez eux, la portion nord-américaine de leur tournée, avant de s’envoler pour l’Europe. Le duo conforte ainsi la nouvelle réputation musicale de la Ville Reine ; il y a d’abord eu Drake parti à la conquête du marché hip-hop américain, suivi de près par le chanteur néo-R & B The Weeknd. À l’évidence, il ne s’agissait que de la pointe d’un iceberg rap-R & B puisqu’il faut désormais compter sur le talent de tous les collègues, le duo Majid Jordan, Roy Woods, Partynextdoor, et maintenant dvsn.