Lise de la Salle: la virtuosité avant tout

Au Ladies’ Morning, Lise de la Salle a interprété les œuvres de Debussy, de Beethoven, de Ligeti et de Ravel.
Photo: Stéphane Gallois Au Ladies’ Morning, Lise de la Salle a interprété les œuvres de Debussy, de Beethoven, de Ligeti et de Ravel.

Sauf erreur, la pianiste française Lise de la Salle, 29 ans, venait dimanche pour la quatrième fois à Montréal mais la première fois au Ladies’ Morning Musical Club. Soliste de l’OSQ et de Yoav Talmi en avril 2011, elle avait donné deux récitals pour Pro Musica : l’un en novembre 2007 au théâtre Maisonneuve et l’autre en février 2012 à la Maison symphonique.

Il est donc très étonnant de l’avoir vue dimanche si mal jauger le contexte montréalais et prendre le micro pour déballer de telles banalités devant le public de loin le plus pointu et aguerri de la métropole. Seules les trois Études de Ligeti pouvaient justifier une mise en contexte. Mais au Ladies’ Morning les artistes ne parlent pas. Ils jouent. Et ce qu’ils ont à jouer, les auditeurs ont les repères pour les juger.

De ce point de vue, je crains pour elle que les réinvitations ne pleuvent pas sur la jeune Française, malgré sa solide prestation dénuée de toute magie. J’ai eu l’occasion d’entendre Lise de la Salle lorsqu’elle avait 15 ou 16 ans en Europe, puis à 19 ans ici. C’était très impressionnant. Voici des extraits du commentaire de son récital de 2007 : « Dans Schumann comme dans Beethoven, Lise de la Salle surprend par la qualité de sa sonorité, puissante et nourrie, avec une impressionnante main gauche. Mais ce que je retiens de la soirée, c’est cette 18e Sonate de Beethoven ferme et dessinée au burin, avec une netteté stupéfiante, et un minimum de pédale […], une vision ludique et vive dans un finale aux allures de feu follet. »

Mais où toute cette musicalité est-elle donc passée ? Cette sonorité qui semblait venir du centre de son être n’est plus, même si le piano résonne puissamment. Le « ludique et vif » dans Beethoven s’est transformé en « technique et cadré ». J’ai vu hier à l’oeuvre une formidable technicienne du piano qui n’est pas parvenue à me convaincre qu’elle tirait de ce piano une musique mémorable.

En fait, dans ses quelques propos insipides et inutiles, il y avait beaucoup d’indices. Lise de la Salle a dépeint Debussy comme une « musique sensorielle » et la Sonate n° 3 de Beethoven comme contenant déjà tout du Beethoven mature. Et ainsi furent joués Debussy, en touches impressionnistes, en moments retenus et scrutés, et l’Opus 2 n° 3 de Beethoven comme une sorte de pré-Appassionata, crispé par l’enjeu, où, contrairement à Schiff ou à Barenboïm, on n’oubliait pas, dans le 2e volet, que le piano est un instrument à marteaux.

Tout cela posait maintes questions, notamment sur la dimension du mouvement dans la musique de Debussy. D’ailleurs, Beethoven et Debussy : quelle épouvantable idée de juxtaposition stérile et perdante d’avance, quel que soit l’ordre choisi.

La seconde partie était meilleure : trois Ligeti impressionnants de maîtrise, avec les recherches sonores de la Lise de la Salle d’antan, et un titanesque accord final de la 13e Étude,puis un Gaspard de la nuit de Ravel solide et puissant, là aussi plus technique qu’évocateur, par rapport aux univers créés par Lucas Debargue il y a trois mois à la Maison symphonique.

Récital Lise de la Salle

Debussy : Les sons et les parfums tournent dans l’air du soir, Les fées sont exquises danseuses, La fille aux cheveux de lin, La danse de Puck, Danseuses de Delphes, Ce qu’a vu le vent d’ouest. Beethoven : Sonate opus 2 no 3. Ligeti : Études nos 4, 2 et 13. Ravel : Gaspard de la nuit. Salle Pollack, dimanche 25 février 2018.