David Myles au Gesù: le rock’n’roll a encore grandi

Oui, le rock’n’roll a encore grandi de quelques centimètres grâce à ce gars dynamique, sympathique et télescopique.
Photo: Mat Dunlap Oui, le rock’n’roll a encore grandi de quelques centimètres grâce à ce gars dynamique, sympathique et télescopique.

« Je ne veux pas être le seul à danser ce soir », prévient très sérieusement David Myles en allumant un petit fil d’ampoules enroulé autour de son micro. Rires. « C’est notre budget de production… » Et c’est parti pour la première salve de triolets frénétiques : Look At Me. Les épaules du grand échalas lui sautent comme si les épaules étaient des entités accrochées à son grand corps filiforme. C’est drôle : nos pieds font pareil, tout partout dans le Gesù. Il y a plein de petites bêtes qui remuent sans qu’on leur demande. J’ai moi-même des doigts qui ne répondent plus qu’au beat. « The beat ! The beat ! The beat ! », comme s’écriait un prêcheur horrifié dans un film d’actualités des années 1950.

La deuxième chanson, Cry Cry Cry, se meut en rockabilly, mais piqué dans l’arrière-train, comme si Johnny Cash avait piétiné un nid de guêpes. Et puis ça ralentit, le temps d’un country un brin doo-wop : c’est bien, on ne tiendrait pas longtemps à ce train. Mais c’est pour repartir en rave-up étourdissant, entre bluegrass et rockabilly : Drive Right Trough ne s’attarde nulle part, c’est le cas de le dire.

David Myles, qui m’a jeté par terre la première fois que j’ai entendu Real Love, son plus récent album, est encore plus épatant sur scène. Un marrant, un joyeux homme, qui manie l’ironie comme un lasso. Il a tout pour plaire chez nous : le natif de Fredericton parle un français franchement fluide, même qu’il vient d’enregistrer en français, à Montréal (avec le concours de François Lafontaine), les chansons de son son prochain album. Il nous en offre des primeurs, vous pensez bien. Dont L’amour, l’une des chansons écrites en collaboration avec Gaëlle et Caracol. Le grand efflanqué nous en flanque de bien belles : la suivante, Lucky Me, fait un peu Springsteen dans le genre, période Fire. C’est un compliment. Voulu.

Le country hillbilly

Oui, le rock’n’roll a encore grandi de quelques centimètres grâce à ce gars dynamique, sympathique et télescopique. C’est beaucoup sa découverte du country hillbilly qui fait la différence. C’est la potion magique dans son potage. Tout peut être rock’n’roll quand il y a du country hillbilly dans l’équation. Ainsi nous offre-t-il Gotta Get Up, soul à la base, mais avec ce qu’il faut de guitare twangy : ça devient tout naturellement du rock’n’soul. Le country hillbilly dans la culture musicale de David Myle, comprend-on plus clairement ce samedi soir au Gesù, c’est le liant, le fil conducteur, le référent universel. « I’m a tall skinny guy with glasses », précise-t-il, comme si le country constituait le chaînon manquant, ce qui rend cool et rock’n’roll un grand maigre binoclard. On savait ça depuis Buddy Holly.

Tout devient possible. Dans une séquence guitares acoustiques-contrebasse (le batteur José Major est là en musicien d’appoint, et s’éclipse pour un moment), David va jusqu’à s’offrir Sweet Dreams. Oui, celle de Don Gibson, qu’immortalisa Patsy Cline : il faut le chaud timbre de baryton du chanteur pour que ce soit possible. Et une crédibilité de crooner country : c’est le cas.

Toutes qualités admises, j’avoue que je reste un peu sur mon appétit : à deux titres de la fin du spectacle (avant le rappel), personne n’a encore dansé. On a eu les extrémités mobiles au début, pas tellement ensuite. David Myles rattrape le coup — il était temps — avec la trépidante Night and Day, celle qui lance l’album Real Love au grand galop. Et les gens sont debout, et les corps complets sont saisis par la fièvre annoncée. La première chanson du rappel est une douce ballade acoustique (fort belle au demeurant, splendides harmonies). La deuxième est donnée sans amplification pour les voix : c’est vraiment bon à prendre et à entonner, mais la promesse de jamboree dansant n’a pas été vraiment été remplie. Ce sera pour la prochaine fois : David Myles reviendra. Et nous sortirons épuisés, pas seulement contents.