Préservez l’esprit Métropolitain!

Même s'il est peu connu, le chef d'orchestre Daniele Callegari méritait l'invitation du Métropolitain. 
Photo: Orchestre métropolitain du Grand Montréal Même s'il est peu connu, le chef d'orchestre Daniele Callegari méritait l'invitation du Métropolitain. 

Malgré l’absence d’oeuvre spectaculaire, la présence de deux solistes d’ici et d’un chef lyrique assez peu connu, le Métropolitain avait réussi à bien garnir la Maison symphonique, jeudi soir. Daniele Callegari méritait sur le papier cette invitation, lui qui avait réalisé un excellent travail en novembre 2013 dans Falstaff à l’Opéra de Montréal.

On pouvait donc espérer le voir célébrer la vocalité de Mozart et de son adorateur Tchaïkovski, tout en attendant avec sérénité la rencontre entre Yukari Cousineau, la Konzertmeisterin du Métropolitain et la nouvelle soliste vedette du Québec, l’altiste Marina Thibeault.

Ceci fut fait. Les plus beaux moments de la Symphonie concertante pour violon et alto de Mozart se nichaient dans un 2e mouvement où tout le monde chantait et s’écoutait tout en douceur et le cantabile de Tchaïkovski dans le Menuet et la Prière de la Suite Mozartiana a été rendu avec beaucoup de délicatesse.

Dans le thème et variations de Mozartiana, Yukari Cousineau, déjà à l’oeuvre dans la Symphonie concertante, s’est distinguée dans une variation digne de Paganini. Cela dit, en concert, le Finale de Mozartiana n’est pas très agréable à suivre, hachuré par des césures entre les variations, souvent nécessitées par les changements de pages.

Mozart, 24 heures après

Intéressante aussi, la confrontation — confraternelle, évidemment — OSM-OM dans Mozart sur la même scène à 24 heures d’intervalle. Il y avait même un point de comparaison direct : 40e symphonie d’un côté, 35e de l’autre, comparaison d’autant plus facile que l’OSM a été placé sur scène par Edo de Waart dans la configuration utilisée par le Métropolitain depuis des années, avec les contrebasses au fond.

Le concert de jeudi a confirmé que le placement des violoncelles par de Waart, excentré à droite, était une erreur. L’axe, la véritable colonne vertébrale sonore, contrebasses-cors-violoncelles de Yannick Nézet-Séguin, reprise par Daniele Callegari est autrement plus logique et efficace. Par ailleurs, la salle nécessite quatre contrebasses. Trois ne suffisent pas.

Du point de vue de l’interprétation, Callegari est un mozartien plus agissant que de Waart, instillant davantage de vie, de mordant, d’idées et de risques. Son 2e mouvement est un vrai Andante et le premier augure d’un Finale enlevé, ce qui advient effectivement. Contrairement à Christoph Campestrini, qui ménageait l’orchestre, Daniele Callegari pousse vraiment les musiciens. Le Métropolitain répond présent, notamment les bois dans Tchaïkovski et le percussionniste Vincent Séguin, que l’on remerciera de ne pas avoir pris des baguettes trop sèches dans le Finale de Mozart, évitant de lui donner un caractère pétaradant militariste que l’on entend parfois.

L’ADN d'un orchestre

Mais le fait de la soirée est tout autre. C’est, je pense, mon premier concert du Métropolitain lors duquel le chef ne s’adresse pas au public. Et cela m’a beaucoup manqué. Ce lien spécial n’est pas un détail superflu. Il fait partie de l’ADN du projet Métropolitain et de la relation de l’institution avec le public. Du coup, malgré ses qualités, c’était un concert froid et impersonnel, où quelque chose ne se passait pas.

Le Métropolitain aurait grand tort de se mettre à présenter des concerts ex cathedra, « institutionnels », semblables à d’autres, ailleurs. Il faut préserver un esprit. Il faut garder cette relation étroite avec le public et il faut le faire au point de choisir les chefs adéquats et d’inscrire dans leur contrat la nécessité de cette interrelation informelle.

Passion Mozart

Martin : Ouverture en hommage à Mozart. Mozart : Symphonie concertante pour violon et alto K. 364. Tchaïkovski : Suite « Mozartiana ». Mozart : Symphonie no 35, « Haffner ». Yukari Cousineau (violon), Marina Thibeault (alto), Orchestre Métropolitain, Daniele Callegari. Maison symphonique de Montréal, jeudi 22 février. Reprise, vendredi à Pierrefonds-Roxboro.