La carrière du musicien montréalais Geoffroy à un moment pivot

«La musique, c’est un
Photo: Annik MH de Carufel Le Devoir «La musique, c’est un "business" d’expérience, de contacts, et de logique», dit le chanteur Geoffroy, conscient du monde dans lequel il navigue. 

Il y a presque un an déjà que le musicien montréalais Geoffroy a lancé son premier disque complet, Coastline, une belle bulle indie-pop baignée d’électronique. Alors qu’il montera ce vendredi sur les planches d’un Club Soda comble dans le cadre de Montréal en lumière, le jeune homme de 30 ans réalise que sa carrière est arrivée à un moment pivot. « Je sens que maintenant, plus je vais travailler fort, plus ça va marcher. »

C’est pourtant en étant « un peu insouciant » que le musicien avait livré son premier album, et ses attentes étant modestes. « Je savais bien que j’avancerais lentement mais sûrement. Pour développer une carrière et vivre de ça à long terme, il faut que ce soit comme ça. Petit à petit. »

La réalité le rattrape ces jours-ci alors que celui qui a toujours mené une carrière en parallèle dans l’industrie musicale vient de laisser son emploi pour plonger tête première dans son projet musical, lancé en 2015 avec un premier EP. « J’ai choisi de faire les deux jusqu’au moment où je ne pourrais plus, et c’était une super bonne décision, à bien y penser. Ça m’a permis de prendre mon temps financièrement, de faire des contacts dans le milieu de la musique et de me créer un solide plan de rechange si la musique ne marchait pas. »

Sauf que là, ça marche, dit-il, parlant d’un « moment critique » où il sent plus que jamais un intérêt pour sa musique. Geoffroy a aussi une nouvelle équipe de gérance — celle qui a aidé à pousser Metric, Half Moon Run et Grimes à l’international — et vient de s’entendre avec son tourneur de rêve aux États-Unis. Le voilà passé de l’insouciance à la conscience de la croissance.

Le musicien, qui a énormément voyagé, souvent guitare à la main à jouer des reprises dans des restos et des bars, a réussi dans les derniers mois à attirer l’attention avec Coastline. La pièce Sleeping on My Own, par exemple, a été écoutée presque 6 millions de fois sur Spotify et l’album a été nommé sur la longue liste du Prix de musique Polaris.

« J’ai une “preuve de concept”, si tu veux, que la musique que je fais, que j’aime faire, peut plaire. Tant mieux si je continue d’en faire, et si je la mets en marché correctement, ça va marcher et pas juste ici. »

Gérer sa carrière

Geoffroy n’a pas l’attitude d’un fanfaron, mais il sait dans quel monde il navigue. C’est qu’en plus d’avoir lui-même travaillé dans l’industrie — au volet musique de Shutterstock et chez Analekta, par exemple —, celui qui a grandi dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce a aussi étudié en gestion à McGill en plus d’avoir effectué une maîtrise en gestion de la musique sur le campus de Valence du Berklee College of Music.

Et c’était intéressant ? « La musique, c’est un business d’expérience, de contacts, et de logique. Il y a une base, mais tu ne peux pas vraiment l’apprendre, dit-il, mi-figue mi-raisin. Je suis sorti de là avec les grands honneurs, mais je suis revenu ici et je voulais ouvrir un café. J’ai travaillé dans un café pendant un an et demi, et puis il y a eu toute l’histoire de La voix. »

C’est que oui, en 2014, le temps de quelques semaines, Geoffroy Sauvé a participé à la populaire émission de télévision, dont il ignorait alors l’ampleur et les manières, et de laquelle il est aujourd’hui bien heureux d’avoir été éliminé rapidement. Il reste que le guitariste — qui a chanté No Diggity de Dr Dre en audition — a profité d’un certain élan populaire, en plus de réaliser la possibilité d’un public.

De ses études, Geoffroy ressort quand même équipé de nouvelles expériences qui stimulent son sens des affaires. Le plus important pour lui : la cohérence. « Il faut que ton image, l’identité que tu développes à travers ta musique transparaisse tout autour, dans ta communication, sur ta page Facebook, ta page Soundcloud, visuellement. Dans la façon dont tu parles à ton public. »

Deuxième leçon : être patient quand vient le temps de choisir ses partenaires. « Il ne faut pas se laisser avoir par de grosses offres de majors et dire oui tout de suite… » Aussi, Geoffroy aime réviser les communiqués de presse, veut un catalogue de vidéoclips harmonieux… « Je suis un peu control freak à cause de mon background, mais ça fait en sorte que tout va dans la même direction. »

Geoffroy travaille déjà sur un nouvel album. Son mois de mars permettra de lancer la machine, et il y reviendra cet été après quelques semaines de tournée en Europe. « Le prochain album, je le prévois pour février 2019, avec des extraits qui commenceraient à la fin de l’été. » Oh, c’est précis un peu, non ? « Il faut voir un an d’avance si tu veux arriver à temps. La musique, c’est tellement une game d’horaire, il faut planifier la sortie de ton album à un moment opportun pour pouvoir être dans les festivals de l’année, et un moment opportun pour la tournée. » En bon gestionnaire, on peut penser qu’il saura gérer la croissance des prochains trimestres de sa carrière.

Geoffroy

Au Club Soda, ce vendredi 23 février, dans le cadre de Montréal en lumière