Christian Zacharias: la musique, la vraie!

Il faut se précipiter à la Maison symphonique de Montréal samedi ou dimanche pour voir ce mage de la musique, le pianiste Christian Zacharias.
Photo: Felvgi Andrea Il faut se précipiter à la Maison symphonique de Montréal samedi ou dimanche pour voir ce mage de la musique, le pianiste Christian Zacharias.

Quel moment de musique précieux ! Il aura donc fallu 26 ans à l’OSM avant de réinviter l’un des trois plus grands pianistes mozarto-beethovéniens de la planète, Christian Zacharias. À l’époque, ou dans les années 2000, ils étaient encore cinq, puisque Alfred Brendel était en exercice et Ivan Moravec, encore de ce monde — lui, il fallait aller à Ottawa pour l’entendre.

Christian Zacharias est renversant dans le 1er Concerto de Beethoven. Il a l’érudition stylistique (phrasés, trilles, son) de Brendel, mais en version totalement débridée, intégrant les audaces et l’inventivité de Friedrich Gulda à son meilleur. C’est dire qu’en intérêt musical, on est au-dessus de Brendel, dont on faisait si grand cas.

Seuls Radu Lupu et András Schiff rivalisent désormais avec ce niveau de recréation musicale dans ce répertoire précis — jadis, Daniel Barenboïm, dans ses grands jours, aussi — alors que Martin Helmchen est possiblement le plus grand espoir de succession.

Il faut se précipiter samedi ou dimanche voir ce mage de la musique, qui renoue avec ce que faisaient Mozart ou Beethoven à l’époque, soit, çà et là, doubler une ligne de l’orchestre, voire inventer un bout de phrase.

À quoi servait Edo De Waart dans un programme que Zacharias, l’un des meilleurs solistes-chefs du monde, aurait dirigé au moins aussi bien que lui ? A-t-on à ce point trop d’argent à Montréal pour engager deux chefs par concert ? Au moins, De Waart a correctement fait son travail dans la partie Beethoven-Mozart, avec une approche stylistiquement juste, un travail sérieux et un questionnement sur la disposition de l’orchestre.

Je n’ai pas souvenir d’avoir vu auparavant à l’OSM les contrebasses en fond de scène, astuce trouvée par Yannick Nézet-Séguin dès 2011 pour faire un peu sonner les graves dans cette salle. Mais dans ce cas, il semble étrange et illogique de désaxer les violoncelles à droite, comme le fait De Waart, et de se priver ainsi d’une ossature centrale grave que permet le replacement des contrebasses.

Quelque part, Zipangu de Claude Vivier s’est trouvé ajouté à un programme, certes un peu court, regroupant ces sommets viennois. Sans être désobligeant pour le compositeur québécois, mais juste pour décrire le procédé employé vis-à-vis de la clientèle ayant acheté Beethoven et Mozart annoncés dans la brochure de saison, c’est comme si une crémerie servait de force un plat de harengs marinés à des clients venus consommer un sundae avec supplément cerise. Que ce soit dans une échoppe ou à un concert « Mozart et Beethoven », ne pourrait-on pas invoquer la logique du contexte ?

Zipangu peut être formidable avec des gens qui ne se sentent pas obligés de le jouer, de le diriger ou de l’écouter. Si vous avez été au concert, ou y allez, et êtes un peu curieux, cherchez sur les plateformes d’écoute en ligne l’enregistrement du Schoenberg Ensemble et Reinbert de Leeuw et comparez les textures et les espaces cosmiques de l’infinitésimal, avec la chose présentée par Richard Roberts (premier violon de l’ensemble) dirigée par Edo De Waart, que je ne décrirai pas afin de ne pas devenir trop désobligeant. Cette chose ne servait ni le public ni le compositeur puisque l’essence même de l’oeuvre, l’opposition entre « bruit coloré » et « harmoniques pures », n’était assurément pas traduite.

Mozart et Beethoven

Vivier : Zipangu. Beethoven : Concerto pour piano no 1. Mozart : Symphonie no 40. Christian Zacharias (piano), Orchestre symphonique de Montréal, Edo De Waart. Maison symphonique de Montréal, mercredi 21 février 2018. Reprises samedi soir et dimanche après midi.