La boxe s’invite à l’Opéra de Montréal pour sa saison 2018-2019

L’Opéra de Montréal s’intéressera au sort d’Emile Griffith, boxeur des années 1960, avec le spectacle «Champion».
Photo: Scott Suchman Welsh National Opera L’Opéra de Montréal s’intéressera au sort d’Emile Griffith, boxeur des années 1960, avec le spectacle «Champion».

Avec Champion, un opéra du musicien de jazz Terence Blanchard, l’Opéra de Montréal fera une incursion dans l’univers de la boxe lors de sa saison 2018-2019.

Dans les années 1970, les mélomanes d’Amsterdam ont assisté médusés à la tenue d’un match de soccer dans la salle du Concertgebouw de leur ville. Les Montréalais verront en janvier prochain un opéra se dérouler dans une arène de boxe.

Plus personne ne recule devant rien pour décloisonner l’art lyrique. Après les rêves de JFK, l’Opéra de Montréal s’intéressera au sort d’Emile Griffith, boxeur des années 1960 qui a inspiré un opéra au trompettiste de jazz Terence Blanchard.

Griffith fut un humain triplement marqué par la vie : orphelin, boxeur ayant tué dans le ring l’un de ses adversaires, homosexuel dans un milieu qui ne l’admettait pas. Champion a été créé en 2013 par l’Opéra de Saint Louis et, en 2016, dans une version révisée par l’Opera Parallèle de San Francisco.

L’Opéra de Montréal affiche un courage certain en persistant à promouvoir ainsi la création, mais prend un triple risque en choisissant un univers (le sport) si éloigné des considérations premières du « coeur de cible » l’année suivant un projet, JFK, qui n’a pas convaincu par ses qualités littéraires et musicales, en puisant encore dans le même type d’esthétique d’opéra américain et en remettant sur le tapis le sujet de l’homosexualité comme interdit et tabou sociétal, largement abordé en 2016 avec Les Feluettes.

« Champion est une oeuvre qui nous fascine. C’est une histoire inhabituelle à l’opéra, mais nous voulons montrer que l’opéra peut conter toutes sortes d’histoires et peut rassembler toutes sortes de publics pour une expérience émotionnelle et intellectuelle unique », se justifie Patrick Corrigan, directeur général de l’Opéra de Montréal interrogé à ce sujet par Le Devoir. Sans « défendre une cause », M. Corrigan considère que « l’opéra peut transcender les frontières intellectuelles et culturelles et se rendre au coeur » et qu’il est « le lieu pour vivre et explorer la diversité ».

Produit du terroir

Après 18 mois en poste, Patrick Corrigan voit l’Opéra de Montréal « pas à pas arriver à trouver son potentiel », par exemple en trouvant de nouveaux lieux de diffusion. Après Svadba d’Ana Sokolovic à l’Espace Go cette saison, la nouvelle scène investie l’an prochain sera le Théâtre Centaur, avec Twenty-Seven, un opéra de chambre de Ricky Ian Gordon et Royce Vavrek.

Patrick Corrigan se réjouit de trouver à Montréal « un appétit curieux et aventureux » qui a valu à JFK un taux de remplissage de 69 %, conforme aux prévisions. Le directeur voit ainsi l’Opéra de Montréal « comme un produit du terroir, où des artistes de disciplines diverses ont quelque chose de puissant à amener à l’opéra ».

À ce titre, l’autre temps fort de la saison sera, en mai 2019, Carmen mis en scène par Charles Binamé, avec une surprenante distribution : Krista da Silva (Carmen), Antoine Bélanger (Don José) et Christopher Dunham (Escamillo), France Bellemare se voyant attribué le rôle de Micaëla. Le défi sera imposant pour Krista da Silva, préférée à au moins trois Carmen de classe mondiale formées à Montréal : Marie-Nicole Lemieux, Michèle Losier et Mireille Lebel. Aux yeux du directeur, Patrick Corrigan, Michel Beaulac et Charles Binamé ont choisi en Krista da Silva « la parfaite Carmen pour une réinterprétation ». Il nous prévient : « Cette approche va être plus théâtrale que de coutume, un peu comme une compagnie de chanteurs-acteurs. Elle aura un impact qu’on espère unique. »

La saison qui s’ouvrira avec Rigoletto de Verdi verra aussi le retour de l’opéra allemand, avec L’or du Rhin de Wagner dans une production du Minnesota Opera. Acte isolé ou première étape d’une tétralogie à venir ? « Ce serait formidable de faire les quatre opéras, mais on présente celui-là cette année », nous dit Patrick Corrigan, évasif mais plein d’espoir.