Phantom Thread, Jonny Greenwood

Il vient un moment, dans Phantom Thread, où l’on constate avec un léger malaise que la musique ne s’arrête pratiquement jamais. Cet effet de plus en plus invasif et oppressant — au même titre que la relation entre Alma et Reynolds — montre tout le talent de Jonny Greenwood (Radiohead) pour exprimer l’étroitesse du lien narratif entre un film et sa musique. Cette quatrième collaboration du musicien britannique avec Paul Thomas Anderson, nommée aux prochains Oscar, exploite ainsi, beau paradoxe, le faste du Londres de l’après-guerre en même temps qu’une tension psychologique en pleine flambée. Aux pièces orchestrales (superbe House of Woodcock) répondent des expérimentations dissonantes où les instruments, surexploités, crient dans toute leur amplitude — ces cordes pincées, frappées, vibrées ! Déclinée en quatre versions, la pièce-titre évolue jusqu’à devenir tordue, ritournelle obsédante aussi réussie que l’angoissante The Hem. On a compris : entre folie, douceur et acharnement, il n’y a qu’un pas.

 

Jonny Greenwood - House of Woodcock

The Phantom Thread

★★★★
Bande originale de film

Jonny Greenwood, Nonesuch