Yannick Nézet-Séguin à la barre du Metropolitan Opera dès cet automne

Le chef Yannick Zénet-Séguin entrera en poste à la réputée institution de New York deux ans plus tôt que prévu.
Photo: Rose Callahan / Metropolitan Opera Le chef Yannick Zénet-Séguin entrera en poste à la réputée institution de New York deux ans plus tôt que prévu.
Le Metropolitan Opera de New York a pris le monde musical par surprise jeudi matin en annonçant que le chef québécois Yannick Nézet-Séguin deviendra son directeur musical dès septembre 2018, anticipant de deux ans la date prévue pour sa prise de fonction.

Yannick Nézet-Séguin a libéré quelques semaines de son calendrier des saisons 2018-2019 et 2019-2020 pour se plonger au plus vite dans ses nouvelles fonctions à New York. Il pourra ainsi diriger la saison prochaine non pas deux, mais trois opéras : Pelléas et Mélisande de Debussy, Dialogue des carmélites de Poulenc et une nouvelle production de La Traviata de Verdi mettant en vedette Diana Damrau.

Yannick Nézet-Séguin dirigera aussi deux concerts de l’Orchestre du Metropolitan Opera à Carnegie Hall. À partir de 2020, le chef québécois sera impliqué chaque année dans cinq productions.

L’annonce de cette arrivée permet au Met d’engranger un impressionnant don de 15 millions de dollars de la Fondation Neubauer. Yannick Nézet-Séguin est désormais le « Jeanette Lerman-Neubauer Music Director » du Metropolitan Opéra. Cet engagement anticipé du chef québécois est une bouée de sauvetage pour le Metropolitan Opera, qui a désespérément besoin de tourner la page au plus vite après le scandale autour de son directeur musical précédent, James Levine. Ce dernier avait été suspendu par l’institution après des allégations d’agression sur trois adolescents, entre les années 1960 et les années 1990.

Un sursaut attendu

Outre la présence accrue dans la fosse et sur la scène, l’arrivée anticipée de Yannick Nézet-Séguin a d’importantes conséquences pratiques. « En prenant le poste de directeur musical dès l’automne 2018, Yannick Nézet-Séguin aura la pleine responsabilité artistique de l’orchestre, du chœur et de l’administration musicale. Sa collaboration complète avec le directeur général Peter Gelb sur tous les autres sujets artistiques débutera aussi à ce moment-là », indique le communiqué.

L’analyse stratégique qui a présidé à cette anticipation est donc aussi limpide que juste : le changement de visage du Met ne pouvait pas attendre deux ans, sous peine d’un enlisement très risqué. La maladie, avant le scandale, a éloigné James Levine de l’avant-plan depuis maintenant près de sept ans.

Depuis la saison 2012-2013, l’image du Met est incarnée par Peter Gelb, un gestionnaire transformé en deus ex machina surexposé, mais dont le leadership et les résultats sont régulièrement contestés. Il lui est par exemple reproché d’avoir rempli les cinémas, avec les retransmissions Met Live in HD, mais d’avoir « vidé » la salle, avec un taux de remplissage oscillant désormais entre 70 % et 75 %.

La déclaration de la mécène Jeanette Lerman-Neubauer dit tout du plan de match : « Yannick se repose sur les qualités intemporelles qui ont mené le Met au sommet. Mais il ajoute un nouveau type d’énergie qui fait de l’opéra un choix attrayant pour un auditoire plus jeune et plus large. Nous sommes persuadés que son enthousiasme, son énergie et sa musicalité inspirée vont être un atout majeur pour le Metropolitan Opera et vont repousser les frontières de ce que le grand art lyrique peut accomplir. »

La première saison du directeur musical

La saison 2018-2019 sera ouverte par Samson et Dalila de Saint-Saëns dans une nouvelle mise en scène de Darko Tresnjak avec Roberto Alagna et Elina Garanca sous la direction de Mark Elder. Le Met présentera aussi le Marnie de Nico Muhly, d’après le film d’Alfred Hitchcock. La nouvelle Traviata sera mise en scène par Michael Mayer, alors que David McVicar signera une nouvelle production d’Adrienne Lecouvreur de Cilea.

2018-2019 sera peut-être la dernière occasion de voir le Ring de Wagner dans la mise en scène de Robert Lepage. Trois cycles seront proposés, dirigés par Philippe Jordan. Il n’est en effet un mystère pour personne que, lorsque Yannick Nézet-Séguin s’attaquera à sa première tétralogie, après 2020, ce sera dans une nouvelle production.

Parmi les événements attendus, on citera les débuts de Gustavo Dudamel dans Otello et ceux de Marie-Nicole Lemieux en Geneviève dans Pelléas et Mélisande en janvier 2019 et en Miss Quickly dans Falstaff en février.

Enfin, la série des dix retransmissions au cinéma débutera avec Aïda le 6 octobre, l’héroïne étant incarnée par Anna Netrebko. Les quatre nouvelles productions (Traviata, Marnie, Samson et Dalila et Adrienne Lecouvreur) seront diffusées. Nous verrons donc Yannick Nézet-Séguin dans Traviata, mais aussi dans Dialogue des carmélites. La Walkyrie, Carmen, La fille du régiment et La fanciulla del West complètent le menu.

Quelques minutes avant d’entrer en scène pour son concert à Philadelphie, Yannick Nézet-Séguin a rapidement confié au Devoir : « Depuis la signature du contrat en juin 2016, nous étions d’avis que c’était mieux si j’arrivais plus tôt. » Ce désir est devenu « besoin » des deux côtés « en avril dernier, au moment des répétitions du Vaisseau fantôme ». « Cela devenait de plus en plus frustrant de ne pas être suffisamment là », nous dit le chef, d’autant que « beaucoup d’auditions et de périodes probatoires sont nécessaires dans l’orchestre et qu’il faut un directeur musical pour guider le processus ». L’annonce du jour n’a rien à voir avec l’affaire Levine, mais « je suis la bonne nouvelle à l’interne, je suis vu comme leur “processus de guérison” : tout le monde est derrière moi ».

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