Forum RIDEAU: davantage de flexibilité et de confiance pour le hip-hop

Sauf quelques exceptions, les artistes hip-hop peuvent être engagés quelques semaines en amont d’un spectacle, ce qui est assez différent des habitudes dans d’autres genres musicaux, où des ententes peuvent se faire presque des années à l’avance.
Photo: Francis Vachon Le Devoir Sauf quelques exceptions, les artistes hip-hop peuvent être engagés quelques semaines en amont d’un spectacle, ce qui est assez différent des habitudes dans d’autres genres musicaux, où des ententes peuvent se faire presque des années à l’avance.

La nécessité de développer les marchés négligés par plusieurs salles de spectacles, comme le hip-hop et la musique issue de la diversité culturelle, a trouvé écho à Québec lundi, lors du Forum annuel de RIDEAU, le Réseau indépendant des diffuseurs d’événements artistiques unis. Avec comme clé du succès la nécessité pour les lieux culturels de faire preuve de flexibilité et de faire confiance au public.

« La clé, c’est de faire confiance », a lancé Stéphanie Poitras, diffuseuse pour le Service culturel de Val-d’Or, qui a ajouté à sa programmation des concerts de rap dans les deux dernières années. Confiance en des acteurs de l’industrie hip-hop qui lui ont permis des premiers pas plus stables, mais confiance dans les amateurs de hip-hop, aussi.

« Des fois, on a une image négative de ce public, affirme la jeune femme de 32 ans. On dit que ça va être sale, qu’ils vont tout briser, qu’il va y avoir une émeute. Ç’a l’air gros, mais je l’entends. On a souvent peur du public et des artistes. Il faut passer par-dessus ça. » Mme Poitras a plutôt découvert une foule fière, festive, unie.

Si les diffuseurs veulent rajeunir et renouveler leur public, ils doivent le cerner beaucoup mieux, estime Steve Jolin, patron de l’étiquette de disque de rap 7ième Ciel, de Rouyn-Noranda. Dans des salles plus officielles, parfois régies par des autorités municipales, il peut par exemple être impossible de prendre un verre pendant un spectacle.

Pour rejoindre le public amateur de rap, « il faut lui donner un petit peu les conditions dans lesquelles il écoute de la musique, chez lui ou entre amis. Pas obligé de fumer des joints, mais il y a moyen de rendre l’affaire plus agréable », lance Steve Jolin sourire en coin. D’autant, souligne Mme Poitras, que les revenus issus du bar peuvent compenser des ventes plus faibles ou des prix plus bas.

Sauf quelques exceptions, pour des rappeurs plus populaires, les artistes hip-hop peuvent par ailleurs être engagés quelques semaines en amont d’un spectacle, ce qui est assez différent des habitudes dans d’autres genres musicaux, où des ententes peuvent se faire presque des années à l’avance. À Val-d’Or, Stéphanie Poitras a dû en quelque sorte se forcer à prendre des risques, et ouvrir sa programmation à des artistes méconnus, ou moins « naturels ». Le truc, selon Steve Jolin, est de garder des dates ouvertes, à des moments de l’année où le jeune public cherche à décrocher. « Même si ce n’est pas dans la programmation officielle, c’est pas grave, de toute façon les jeunes n’iraient pas la regarder », ajoute-t-il

Inclusion de la diversité

En après-midi, après avoir largement parlé de leur parcours, des artisans de la diversité culturelle ont aussi lancé quelques pistes pour intéresser les salles de spectacles, ainsi que le public québécois. « Il n’y a pas de solution facile, il faut travailler », a lancé Liette Gauthier, agente culturelle pour la Ville de Montréal depuis 1994 et qui a beaucoup oeuvré pour les musiques de partout dans le monde. Parmi ses pistes de solutions, elle propose que des salles de spectacles se regroupent pour mettre en lumière certains talents, afin d’intéresser les Québécois.

La lumière passe encore beaucoup par les médias, selon la chanteuse Mamselle Ruiz, qui soulignait l’impact important qu’a eu pour sa carrière le fait d’avoir été choisie parmi les Révélations Radio-Canada en 2013. « Ça m’a carrément mise sur la carte au Canada. Pendant un an, on a accès à la diffusion radio, télé et Web, on peut rentrer dans la maison des gens pendant un an. C’était un cadeau extraordinaire. »

À l’inverse du hip-hop, déjà connu et aimé d’un large public, les différentes propositions artistiques issues des communautés culturelles pourraient demander du travail de médiation, croit le chorégraphe Roger Sinha. « Il faut les faire participer dans ce qu’on fait, dans une approche réaliste. Apprendre quelque chose au public non initié » permettrait de les attirer en salle. Une approche qu’appuie aussi l’homme de théâtre et « minorité audible » Kevin McCoy, qui en a vu les bénéfices pour sa pièce NORGE, avant laquelle il avait discuté avec des cégépiens, mettant la table pour un public ayant besoin de guides.

Diffuser les arts de la scène sur grand écran

Est-ce que le monde québécois des arts de la scène pourrait suivre l’exemple du Metropolitan Opera et diffuser des productions culturelles sur grand écran partout dans la province ? Une étude dévoilée au Forum RIDEAU et menée pour le compte de la Place des Arts montre en tout cas que l’appétit des Québécois pour ce genre de diffusion est présent. L’étude, qui a sondé 15 000 personnes à ce sujet, a révélé que 65 % du public aimerait voir des oeuvres scéniques rediffusées sur un écran de cinéma ou dans une salle de spectacle. Le MET, pionnier en la matière, propose depuis plus de dix ans cette approche, et est aujourd’hui ancré dans 2000 salles dans 70 pays.

L’étude montre par ailleurs que la demande est pratiquement égale à Montréal qu’ailleurs sur le territoire, et que le public serait davantage intéressé par des productions locales, à grand déploiement, qui ne font pas de tournée et dont les billets sont dispendieux — l’OSM, le Cirque du Soleil, des comédies musicales… Pourtant, la majorité des diffuseurs s’est montrée peu réceptive à ce genre d’approche, mentionnant entre autres que ce n’était pas une priorité, ces lieux devant déjà jongler avec un public vieillissant et une situation économique difficile. L’étude recommande de mettre sur pied un projet-pilote qui permettrait d’alimenter les discussions sur cette méthode de diffusion de la culture.