First Aid Kit au MTelus: libres à deux, c’est mieux

Johanna Söderberg, du groupe First Aid Kit
Photo: Michael Buckner / Getty Images North America / Agence France-Presse Johanna Söderberg, du groupe First Aid Kit

La semaine dernière, Emmylou Harris elle-même en personne est allée entendre et voir le duo First Aid Kit au mythique Ryman Auditorium de Nashville. Klara et Johanna Söderberg en ont été secouées des jours durant : une photo sur Twitter les montre avec leur enchanteresse, à la fois souriantes et tétanisées. « C’est juste trop », commentent les soeurs suédoises. Rêver d’Amérique est une chose. Avoir écrit en 2012 une (craquante) chanson intitulée Emmylou en l’honneur de leur héroïne, ça compte. Et que cette chanson ait contribué à les faire connaître hors de Stockholm, c’est même très important, mais ça ! La grande dame du country-roots, dans leur loge, la même qu’occupa la même Emmylou le soir où elle enregistra son Live at the Ryman, ça dépasse en coup de réel tous les rêves.

Que vouloir de plus ? Un MTelus plein à ras bord, six ans après leur premier spectacle en ville, à La Sala Rossa ? Même pas besoin de le souhaiter, c’est plein partout pour First Aid Kit depuis le début de cette tournée. Ça n’allait pas être différent ce mardi soir. Un triomphe ? Van William, le type de la première partie (très énergique, merci), n’a eu qu’à dire « First Aid Kit » et le plafond a vibré dangereusement.

Les soeurs Boulay, une octave plus haut

Le fait est que dès Rebel Heart, le premier titre du nouvel album et de la soirée, c’est gagné. C’était même gagné à leur arrivée sur scène. Et même avant, quand un battement de coeur a signalé qu’elles arrivaient. Des coeurs tournoient derrière elles. Toutes deux portent du rouge, c’est voulu. Pas mal toutes les nouvelles chansons de l’album Ruins parlent de ce qui se passe après une rupture amoureuse. Et pas mal de chansons des trois disques d’avant abordent le sujet sous différents angles. Les déclinaisons du discours amoureux sont infinies.

Ça a sans doute à voir avec leur succès : elles vivent ce que leurs fans vivent, et réciproquement. Ça et les harmonies. Aaaaah, ces harmonies ! Exaltants, ces timbres haut perchés. Les soeurs Boulay, une octave plus haut : ça doit être l’air suédois. Plus oxygéné. « I think we all should be kings of the world tonight », lance Johanna. L’ex-Métropolis exulte. Un solo de trombone vient agrémenter la rengaine country qui rappelle un peu Dolly Parton quand elle chantait avec Linda Ronstadt et… Emmylou. Postcard, la chanson d’ensuite, fait plus Emmylou, mais on est dans la même contrée.

La question identitaire

Ont-elles jamais chanté en suédois ? Elles baignent dans la musique country-folk depuis l’enfance, disait Johanna dans Le Devoir la semaine dernière. Il n’y a pas qu’ABBA dans les collections de disques, là-bas. Stay Gold a des accents de Buffy Sainte-Marie, on n’est pas loin du folk amérindien. Non, ça ne sonne pas emprunté. On sent bien que, pour elles, la question identitaire ne se pose pas en termes de nation. Pour ces 2000 personnes non plus. C’est beau, les harmonies, c’est beau, les mélodies, c’est beau, leur passion, leur Amérique est l’Amérique d’Emmylou : que vouloir de plus ? Affirmer leur volonté de vivre « sans avoir peur », voilà ce qu’elles veulent de plus. Elles sont en mission. « We have your back, ladies… » Acclamations.

C’est ça, leur question identitaire : pourrions-nous être ce que nous voulons être, sans contrainte ni harcèlement ? Elles prennent à témoin les soeurs Wilson, Ann et Nancy, celles de Heart (c’est le symbole du spectacle, après tout), et reprennent Crazy On You. Formidable chanson, encore et toujours. C’est presque trop haut pour Klara, ça donne la mesure de la puissance et du registre d’Ann Wilson. Ovation néanmoins, belle idée, bel effort.

Fireworks est une ballade triste (il en faut, c’est bon pour la santé), mais quand arrive Emmylou, la chanson, la joie des Söderberg remplit la place, et tout le monde chante avec elles. Leur inspiratrice, leur icône existe dans la vraie vie, elles en sont certaines maintenant. Tout est plus que jamais possible.